Aller au contenu principal

Meeting de Jean-Marie Le Pen à Paris le 15 avril : des larmes et de la sueur

mar 17/04/2007 - 02:00
defaut
Des larmes et de la sueur : c’est ce que semble promettre, en matière sociale, le candidat du Front national à l’élection présidentielle. Dans son discours tenu lors du meeting parisien de sa campagne électorale, dimanche 15 avril au Palais des sports de la Porte de Versailles, devant environ 4.000 personnes, Jean-Marie Le Pen s’en est pris à l’ensemble des acquis sociaux des 30 dernières années, les rendant tous entièrement responsables de la « décadence » française et du déclin de la nation, il a énuméré : « Le giscardisme a préparé le terrain pour le socialisme de Mitterrand et le socialisme de Chirac... Les 39 heures payées 40 et la retraite à 60 ans votées sous Mitterrand... La semaine de 35 heures sans perte de salaire votée sous Jospin... » La droite au pouvoir, elle, aura le grand tort de n’avoir rien fait pour revenir en arrière sur cette évolution en matière sociale. Jacques Chirac, lui, serait en outre coupable d’avoir « ramené Mitterrand au pouvoir en faisant voter contre Giscard, et Jospin par la dissolution ratée (de 1997) alors qu’il disposait d’une majorité pour gouverner ». L’ensemble des difficultés sociales serait lié par ailleurs au niveau trop élevé de la fiscalité, « la courbe du chômage a suivi celle des prélèvements obligatoires et de l’endettement de l’Etat ». Pour une fois, Le Pen n’aurait d’ailleurs rien à redire sur une immixtion de l’Union européenne dans la politique nationale ... dans la mesure où il se plaint que la limite de l’endettement de l’Etat (fixée à 60 % du PIB par le traité de Maastricht) ne serait « plus respectée et depuis longtemps, le « laxisme » primant en matière de dépenses publiques ».

C’est sur une tonalité bien réactionnaire et revancharde, en matière sociale, que le chef du FN conclut ainsi sa campagne de 2007. On aperçoit la rupture du discours en matière d’avantages sociaux, quand on sait que Bruno Mégret (alors délégué général du FN, exclu depuis lors) s’était efforcé de déclarer en 1992 après que le premier ministre de l’époque Edith Cresson eut pointé du doigt le programme anti-social du parti d’extrême droite : « Le Front national n’est pas hostile à la Sécurité sociale. (...) Nous ne sommes pas contre la cinquième semaine de congés ou la semaine des 39 heures. Nous refusons simplement la démagogie de la gauche selon laquelle on peut, au plein milieu d’une crise économique et d’une guerre économique internationale, toujours travailler moins en gagnant plus. Nous ne sommes pas contre la retraite à 60 ans... » C’était l’époque du tournant « national-social » du FN, qui avait alors déclaré qu’il n’était plus hostile désormais aux conquêtes sociales dans leur principe, mais qu’il entendait les réserver aux seuls nationaux français au nom de la « Préférence nationale ».

Chez Jean-Marie Le Pen, en ce moment, ce n’est pas tout à fait le même son de cloche. Evidemment, il continue à se faire le héraut de la « Préférence nationale », et c’est lors de ses diatribes contre l’immigration et contre le regroupement familial qu’il est (de loin) le plus fortement applaudi par son public parisien.

Sur au moins deux sujets, la tonalité du discours de Le Pen ressemble d’ailleurs étrangement à celle du programme de Nicolas Sarkozy. Sur l’école, le dirigeant d’extrême droite s’est plaint dans son discours parisien que « depuis 1968, on fait preuve de démagogie en faisant croire que l’élève est l’égal du maître, on abaisse le mérite, on dévalorise les diplômes ». Surtout sur le premier point, c’est quasiment du Sarkozy dans le texte. Jean-Marie Le Pen ne cite-t-il pas, d’ailleurs, l’école comme un thème sur lequel une entente entre l’UMP et l’extrême droite serait possible, alors même qu’elles sont opposées « sur l’Europe et l’immigration » ? (Lire ’Le Monde’ du 13 avril 2007 :" Il [JMLP] n’ouvre pas moins des portes en affirmant que " sur d’autres sujets comme l’école, la réforme fiscale, la réforme des retraites, il doit y avoir des points possibles d’accord et de convergence " entre UMP et FN. Ceci alors même que Le Pen a fustigé auparavant les "candidats européistes et immigrationnistes".

Un second sujet sur lequel on perçoit bien l’ébauche d’une convergence, c’est la durée du travail. Jean-Marie Le Pen prend, devant son public parisien, l’engagement « de restaurer la liberté du travail, en permettant de fixer librement sa durée hebdomadaire, mensuelle et sur la vie ». Nicolas Sarkozy réclame, lui aussi, la « liberté individuelle » (du salarié, restant subordonné à son employeur) en la matière, tout en affirmant qu’il s’agirait pour lui de laisser (de faire) « travailler plus pour gagner plus ».

Néanmoins, sur d’autres points, Jean-Marie Le Pen n’a pas arrêté, à son meeting parisien comme tout au long de ces derniers jours de la campagne, de « taper » sur Nicolas Sarkozy. Après avoir rappelé les origines de Sarkozy (la nationalité hongroise de son père) et considéré que « ça ne le qualifiait pas à représenter la nation française », le dirigeant d’extrême droite qualifia le candidat de l’UMP de « l’un des chefs de la racaille politicienne » et d’«  ami de trente ans de Chirac ». Cela après avoir rendu ce dernier largement responsable du « déclin » et de la « décadence » de la nation française. Nicolas Sarkozy s’est néanmoins publiquement « réjoui » de ces attaques, notamment sur son origine familiale, en prétendant que « cela démontrait qu’il y a une différence » entre les deux hommes et leur conception de la nation. Mais dans son discours dimanche dernier à Chateauneuf-du-Pape, Nicolas Sarkozy s’adressait de nouveau largement au public du FN, incluant dans la « majorité silencieuse » qu’il comptait représenter « ceux qui ont voté NON [au référendum sur le traité constitutionnel], ceux qui ont voté Le Pen en 2002 » et se présentant lui-même quasiment en victime du Politiquement Correct. En réalité, ce qu’il y a derrière ces attaques ad hominem de Le Pen à l’encontre de Nicolas Sarkozy, à un moment où des accords possibles entre droite et extrême droite sont en train de se préciser, c’est la tentative du chef du FN de ne pas se laisser marginaliser. En effet, alors que Nicolas Sarkozy rêve « de faire avec le FN ce que François Mitterrand avait fait avec le Parti Communiste », Jean-Marie Le Pen cherche à prouver qu’il subsiste un espace politique propre à lui, et qu’il refuse de recevoir « le baiser mortel ».

Par ailleurs, 500 contre-manifestants, à l’appel entre autres de Ras-l’front, de syndicats SUD et CNT, du MRAP, d’ISA et d’autres associations, ont protesté contre le meeting lepéniste à la Porte de Versailles. Hélas, l’arc des forces politiques et syndicales ayant appelé à cette mobilisation n’était pas aussi large que dans plusieurs villes de province, ces dernières semaines. On observe en général, dans la période la plus récente, que la nécessaire mobilisation contre l’extrême droite reste un peu « à la traîne », bon nombre de militants considérant actuellement que la lutte politique contre Nicolas Sarkozy devrait primer sur celle contre Jean-Marie Le Pen.

Espérons qu’il n’y ait pas de réveil douloureux, rappelant la nécessité de ne pas relâcher dans la lutte contre l’extrême droite quand on veut stopper la droite extrême.