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Présidentielle J - 4 : où en est-on ?

mer 18/04/2007 - 02:00
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A quelques jours du premier tour de la Présidentielle 2007, les militants d’ISA livrent leurs analyses sur la campagne des forces d’extrême droite, sur les réactions qu’elle suscite chez les autres candidats et sur les réactions syndicales. Nous tentons également de répondre à la question qui hante tous les anti-fascistes : dans quelle configuration serons-nous au soir du 22 avril ?

1- La campagne de Le Pen :

La nouveauté par rapport à celle de 2002 est sa volonté de lisser son image agressive par la mise en avant de sa fille Marine, plus "soft" et plus médiatique, ce qui s’accompagne de quelques rabotages programmatiques notamment sur les questions de société : pas d’annulation du PACS, pas de suppression de la loi Veil sur l’avortement, simplement un référendum en fin de mandature. Sur les questions économiques et sociales sa campagne fait le grand écart entre des aspects ultra-libéraux (vers la fin de l’impôt sur le revenu... et des 35 h , dénonciation des syndicats) et un nationalisme toujours plus affirmé (dernières déclarations au Parisien sur l’euro "monnaie d’occupation") .

Pour le reste, pas de grands changements : le thème de l’immigration est martelé, le soutien à des revendications corporatistes (automobilistes, buralistes, viticulteurs, marins-pêcheurs) est toujours en bonne place. Mais deux inflexions importantes : le thème de l’insécurité ne fait plus sa une, sans doute parce que le FN pense qu’il fait d’abord le jeu de Sarkozy ; a contrario la question de la Nation (voir la polémique sur les origines hongroises de Sarkozy), de la place de la France dans le monde, de l’ augmentation du budget militaire, ont pris une place importante dans plusieurs grands discours (ex : discours de Valmy). Cette affirmation d’un nationalisme agressif n’a, curieusement, fait l’objet que de peu de commentaires des autres forces politiques.

Enfin, et c’est sans doute le plus important, Le Pen martèle que sur l’essentiel de son programme, il a gagné la bataille des idées puisque Sarkozy et parfois même Royal reprendraient plusieurs de ses thématiques à leur compte.

Dans la dernière semaine, le candidat frontiste a durci son discours : remise en cause de la reconnaissance par Chirac de la responsabilité de l’Etat dans la déportation des Juifs sous le régime de Pétain, légitimation de la volonté de l’Iran de se doter de l’arme nucléaire, attaques contre Sarkozy "un des chefs de la racaille politicienne" ... tout en distillant l’idée que l’on peut discuter avec lui, ce qui sous entend que toute négociation n’est pas impossible entre les deux tours.

2- La campagne de Villiers :

C’est le "Monsieur plus" de l’extrême droite : son discours est plus radical, plus islamophobe, plus protectionniste. Coincé entre Le Pen et Sarkozy, il pense qu’un discours plus dur va lui permettre de s’ouvrir un espace politique. Mais, sans appareil militant, sans autre base que sa "vitrine" vendéenne, il est plus que probable que ce positionnement ne sera pas suffisant et même lui sera fatal.

3- La campagne de la Droite dure :

La campagne de Sarkozy, fortement imprégné des "idées" des néo-conservateurs américains (cf. ses élucubrations sur la primauté de la génétique) vise à récupérer, pour s’assurer la victoire, une partie de l’électorat qui a voté FN en 2002 en lui envoyant un message clair : je suis le seul à pouvoir réaliser une partie du programme frontiste en particulier sur l’immigration et la sécurité (reste à savoir quelle est la proportion de cet électorat qui acceptera de voter pour un pro américain forcené...). De ce point de vue, Le Pen a malheureusement raison de dire qu’il a gagné la bataille des idées, même si cela lui coûte sa place pour le deuxième tour.

4- La campagne de la Droite molle :

François Bayrou se démarque de la "droitisation" de la campagne de Sarkozy ; en même temps, il essaye d’enfiler les habits gaullistes de "l’homme providentiel" contre "les partis du système" espérant ainsi gagner sur tous les tableaux : récupérer une partie de la droite effrayée par l’aspect aventureux de la rupture sarkoziste, mordre sur une fraction significative de l’électorat socialiste déboussolé qui serait tenté par le "vote utile" puissance 2... et pourquoi pas aussi récupérer une frange lepéniste viscéralement anti Sarkozy.

5- La campagne de Ségolène Royal :

S’il est patent que le PS et sa candidate ne peuvent pas être suspectés de proximité avec les idées du Front National, il n’en reste pas moins que sa campagne a fait une large part à des thématiques qui sont autant de mauvaises réponses à "l’air du temps" ambiant : les notions " d’ordre juste " la référence au " drapeau français " à arborer dans les foyers, la référence à la possibilité de l’encadrement militaire pour les jeunes délinquants sont autant de signes d’une campagne à forte connotation nationalo-chevènementiste qui ne vont pas dans le sens d’un affrontement net avec les thèses sécuritaires, chauvines et nationalistes de Le Pen et des dérives sans rivage d’un Sarkozy.

6 - La campagne des Verts , du PC et de " la gauche de la gauche " :

Leur campagne, au delà des nuances et divergences entre chaque candidat(e), est, par les thèmes et les réponses apportées, aux antipodes de la politique frontiste . C’est à mettre à leur crédit, quoique chacun pense de la pertinence de la campagne des uns ou des autres. Il faut quand même regretter, de notre point de vue de militants anti-fascistes, que la nécessaire bataille (pas seulement sur le plan électoral) contre le FN n’ait pas toujours trouvé l’écho qu’il méritait chez tous ces candidats et dans toutes les organisations qu’ils représentent : si, en province (Lille, Nice) des appels à manifester devant les meetings lepénistes ont été très unitaires et larges, il n’en a pas été de même à Paris le 15/04, certains organisateurs préférant une manifestation de militants à une manifestation populaire. Cela dit, les priorités électorales sont une chose, mais elles ne dispensent pas de l’action sur le terrain à chaque fois que cela s’avère utile pour dénoncer Le Pen et ses idées.

7 - Les réactions syndicales :

Un progrès depuis 2002 : plusieurs fédérations, confédérations ou unions syndicales (notamment CGT, CFDT, Solidaires) ont publié des articles, des communiqués voire des dossiers dans leur presse pour alerter contre la tentation du vote lepéniste (et aussi sarkoziste) chez les salariés. C’est une bonne chose dont nous nous félicitons. Un bémol néanmoins : ces prises de positions sont, la plupart du temps, consultables sur les sites internet ou dans les revues syndicales. Trop rarement, à notre connaissance , des tracts syndicaux abordant ces questions sont distribués. Face aux enjeux actuels et à la diffusion large des idées d’extrême droite dans les couches populaires, il est fondamental que les syndicats s’attellent à une propagande de masse et sur le long terme contre des idées déjà bien enracinées et qui, quel que soit le résultat du 6 mai au soir, ne reflueront pas magiquement.

8- 2002-2007, l’histoire se répètera t-elle en farce ?

Les pronostics sont toujours aléatoires d’autant que des évènements de dernière heure peuvent toujours faire bouger les lignes. Remarquons néanmoins plusieurs choses : le score élevé dans tous les sondages de Sarkozy (+ de 10 points supérieur à celui de Chirac au premier tour de 2002) ne peut s’expliquer par le bilan de l’UMP au pouvoir ! Il y a donc bien un transfert de votes d’ électeurs lepénistes qui ont succombé à la tentation du vote utile ; cela n’est pas seulement dû à la "drague" du candidat ex ministre de l’intérieur ; c’est aussi le traumatisme du deuxième tour de 2002 pour l’électorat frontiste : beaucoup ont été persuadé que jamais, dans les conditions actuelles, Le Pen n’arriverait au pouvoir ; une partie en a déduit qu’il valait mieux "assurer" avec Sarkozy. Une autre fraction de cet électorat lepéniste de 2002 devrait se porter sur Sarkozy car appréciant vraiment le programme antisocial et sécuritaire (que l’on pourrait presque qualifier de "pétaino-américanophile". C’est entre autre ce "danger" de transfert qui motive le changement de ton du candidat du FN dans les derniers dix jours : ramener les moutons au bercail frontiste pour être "qualifié" et pouvoir négocier en position de force après les élections : tel est son challenge. Rien n’est moins sûr qu’il y parviendra. Mais la partie est serrée comme de l’autre côté entre la candidate PS du "vote utile" et le candidat UDF du "vote super utile... pour le deuxième tour" .

En tout état de cause, tous les anti-fascistes se réjouiront si Le Pen n’est pas "qualifié pour la finale", mais nous devrons dire en même temps que rien n’est réglé. La farce peut même être indigeste ! : D’abord sur le plan électoral, rien ne dit que ceux qui auront voté "utile Sarkozy" ne revoterons pas FN... aux législatives et aux municipales de 2008 ; ensuite, tant que les politiques sociales mises en œuvre ne changeront pas radicalement, le terreau pour le vote à l’extrême droite sera fertile. Quel que soit le résultat du second tour, et compte tenu du programme sarkozyste, tout autant antisocial et anti syndical que celui de Le Pen, notre combat après le 6 Mai restera d’actualité !

Le 18 Avril 2007