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Ministère de l’immigration et de l’Identité nationale : Hortefeux déjà secoué...

ven 01/06/2007 - 02:00
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A l’issue du Conseil des ministres du 30 mai ont été précisés les périmètres d’intervention des différents ministères. Le ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du codéveloppement sera chargé de préparer et de mettre en oeuvre l’action du Gouvernement en matière d’immigration, d’asile, d’intégration des populations immigrées, de promotion de l’identité nationale et de codéveloppement, il est installé au 101 rue de Grenelle dans le 7ème arrondissement de Paris. Ce ministère est inédit. Il n’a pas encore de site Internet dédié, contrairement aux autres ministères. Il y a fort à parier qu’il n’en aura pas avant les législatives. Donc, peu d’infos sur ses attributions réelles sauf à dire que ce ministère est important, M. Hortefeux étant le n°6 du gouvernement.

Un ministère sous forme de mirador ?

La création d’un ministère de l’Immigration et de l’identité nationale a été l’un des engagements forts de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy et a suscité de nombreuses critiques. Elle vise à mettre de la "cohérence" dans la politique d’immigration et regroupe des compétences qui étaient jusque-là éclatées entre plusieurs ministères. Les visas et l’asile dépendaient en effet des Affaires étrangères, les titres de séjour de la direction des libertés publiques du ministère de l’Intérieur, l’accueil et les naturalisations du ministère de l’Emploi, l’acquisition de la nationalité par mariage de la Justice. Lors de ses premières sorties, Brice Hortefeux a affiché sa volonté de traiter la question de l’immigration avec "fermeté et humanisme". Chargé de mettre en oeuvre la politique d’"immigration choisie" promue par la loi du 24 juillet 2006, il doit notamment définir des plafonds annuels d’entrées par catégorie, durcir les conditions du regroupement familial et remédier le cas échéant par l’immigration aux besoins de main d’oeuvre dans certains secteurs. C’est donc vers la constitution d’un ministère de la surveillance et du contrôle de la population immigrée que s’oriente le gouvernement, vers la construction d’un mirador colossal veillant sur les barbelés gardant les frontières...

Le ministère de la honte

Face au tollé provoqué par la création de son ministère, Brice Hortefeux se veut apaisant : Le 30 mai, il s’est entretenu avec Jacques Toubon, le président de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration (CNHI), et les membres du comité d’histoire de la Cité. Parmi eux : les huit chercheurs qui viennent d’annoncer leur démission pour protester contre l’instauration inacceptable d’un ministère associant les mots "immigration" et "identité nationale".

Dans un entretien à Libération, Gérard Noiriel, l’un de ces historiens, rappelait récemment que cette juxtaposition avait été diffusée en France par le Front national. Il soulignait le "rôle majeur des mots - plus que des idées ou des arguments - dans la construction des stéréotypes sur l’immigration", ajoutant que "ce label associant immigration et identité nationale charrie des représentations négatives". Les démissionnaires, comme l’a indiqué Patrick Weil, ont demandé que ce titre soit modifié.

De son côté, Brice Hortefeux a rétorqué que l’ambition du nouveau ministère était d’être "le ministère du vivre ensemble", mais en choisissant avec qui, ce qu’il ne déclare pas encore. Selon l’historien Patrick Weil, spécialiste des questions d’immigration,"l’association de l’immigration et de l’identité nationale est inacceptable. C’est une honte. Au moment où tant de gens se rallient en trouvant formidable de faire partie d’un gouvernement moderne, il faut rappeler qu’il y a quelque chose qui n’a rien de moderne et au contraire effrayant dans la création de cette administration".

Nationalisme, méfiance... !

Extraits de la lettre des démissionnaires du CNHI :"Le rapprochement des deux termes s’inscrit dans la trame d’un discours stigmatisant l’immigration et dans la tradition d’un nationalisme fondé sur la méfiance et l’hostilité aux étrangers dans les moments de crise. Là où le pari de la CNHI était celui du rassemblement tourné vers l’avenir autour d’une histoire commune que tous étaient susceptibles de s’approprier, ce ministère menace au contraire d’installer la division et une polarisation dont l’histoire a montré les ravages. Il n’est pas dans le rôle d’un Etat démocratique de définir l’identité. Associer « immigration » et « identité nationale » dans un ministère n’a jamais eu de précédent dans notre République : c’est, par un acte fondateur de cette présidence, inscrire l’immigration comme « problème » pour la France et les Français dans leur être même."

Les autres signataires du texte sont Nancy Green, Gérard Noiriel, Patrick Simon, Vincent Viet, Marie-Christine Volovitch-Tavarès, Marie-Claude Blanc-Chaléard, Geneviève Dreyfus-Armand.

10 associations et syndicats réagissent ensemble

AMNESTY International, CIMADE, La Ligue des Droits de l’Homme, le Syndicat des avocats de France, le Syndicat de la Magistrature et le MRAP ont adressé une lettre ouverte à Brice Hortefeux. L’objet de cette lettre : la France est déjà régulièrement condamnée par la Cour européenne des droits de l’Homme parce qu’elle ne respecte pas ses obligations en matière de droit à des recours suspensifs. En effet, la France continue de violer de façon délibérée et répétée la Convention européenne, en s’empressant de renvoyer les demandeurs d’asile d’où ils viennent avant qu’ils ne passent devant le juge -parfois avant même leur placement en zone d’attente (à la suite de contrôles dits "passerelles")-, en éloignant des étrangers malades ou ceux invoquant des menaces, avant toute décision juridictionnelle. Alors qu’il n’a pas encore agi véritablement, ce ministère provoque déjà des réactions très fortes d’opposition et de craintes. Le mouvement syndical et associatif se doit d’être très attentif quant aux actions qui seront entreprises ces prochains jours par cette administration au service des idées xénophobes et racistes et qui ne manquera pas de stigmatiser encore davantage les étrangers. Les premières lois de ce ministère, qui doivent être annoncées dès juillet, nécessiteront des ripostes massives et des résistances organisées.

Cabinet de Brice HORTEFEUX Conseiller auprès du ministre : M. Patrick STEFANINI, conseiller d’Etat Directeur du cabinet : M. Thierry COUDERT, administrateur civil hors classe Directeur adjoint du cabinet : M. Guillaume LARRIVE, maître des requêtes au Conseil d’Etat Chef de cabinet : M. Stéphane ROUVE, administrateur civil Chef adjoint de cabinet : M. Thibault de La HAYE JOUSSELIN Conseiller technique : M. Geoffroy DIDIER

A consulter :
 

Brice Hortefeux a pris une leçon d’histoire