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Monsieur Guéant : l'escorteur de la Marine

ven 10/02/2012 - 10:51
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Si ce n’est pas une provocation délibérée, cela y ressemble à s’y méprendre. Depuis le week-dernier, la polémique politique déclenchée par les récents propos du ministre de l’Intérieur Claude Guéant ne faiblit pas. Samedi 04 février, ce dernier avait fait un discours devant un parterre de militants de l’UNI ou « Union nationale interuniversitaire » ; une organisation étudiante droitière dont certains anciens membres militent à l’UMP, alors que d’autres se retrouvent au Front national ou dans sa branche jeunesse (FNJ). A cette occasion, Monsieur Guéant évoqua l’idée que « toutes les civilisations ne se valent pas », avant d’appeler à « protéger notre civilisation ».

Certes, afin de justifier son propos, Claude Guéant se réfère à des valeurs a priori positives : « la liberté, l’égalité et la fraternité », principes consacrés par la Révolution française, ou la défense « de l’humanité », termes plus vagues. Dans son discours, il leur oppose des concepts a priori négatifs : « la tyrannie, la minorité de la femme, la haine sociale ou ethnique ». Ce faisant, il culturalise cependant des phénomènes politiques, faisant ainsi apparaître une situation politique concrète - la tyrannie - comme une constante « culturelle ». Or, la tyrannie est le résultat de facteurs politiques qui, malheureusement, peut apparaître dans chaque pays du monde : la France (pour la dernière fois) sous le régime de Vichy, l’Espagne sous Franco, la Syrie sous Bacher Al-Assad…

Le président de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), Arno Klarsfeld, a été encore plus explicite dans la démarche. Ainsi il défia l’opposition par ces mots : « Si (elle) veut faire campagne sur le fait que le racisme ou les talibans valent la culture française ou britannique, qu’ils le fassent. » Ce faisant, ce proche de Nicolas Sarkozy compare des choses totalement incomparables : le racisme est un phénomène qui peut exister dans toute société (et mérite d’être combattu partout), y compris française et britannique. Les talibans, loin d’être « une culture », constituent une milice et un mouvement politico-idéologique.

Par ces mélanges et ces confusions, des représentants de la droite gouvernementale insinuent que, de par son niveau « culturel », notre société vaudrait intrinsèquement mieux ou davantage que d’autres. Ceci alors que, dans chaque pays - et donc dans son Histoire, dans ses productions culturelles, dans le développement de ses idées politiques - le meilleur a souvent côtoyé le pire. La France a produit à la fois 1789, l’OAS, Jean-Paul Sartre et le FN ; l’Allemagne a connu Bertolt Brecht et Adolf Hitler ; l’Irak a connu l’une des premières civilisations du monde et la dictature sanguinaire de Saddam Hussein. Personne ne peut se réclamer du « tout », pris pour un bloc monolithique, pour l’opposer à un autre.

Certes, les affirmations de Claude Guéant ne font pas de lui un nazi : pour ces derniers, « la race » déterminait tout et se fondait sur le sang. Le propos de Claude Guéant permet plusieurs lectures. Une interprétation assimilationniste -  « les Autres pourront et devront évoluer vers notre modèle, supérieur » - est possible. Mais aussi une autre lecture, qui reconnaîtrait derrière l’affirmation du ministre (« Les cultures ne se valent pas »)  une autre, inexprimable en tant que telle par un membre du gouvernement, mais présent dans l’espace public. Celle qu’exprimait Jean-Marie Le Pen en 1996 : « Je crois à l’inégalité des races. » Claude Guéant n’a pas utilisé ces termes. Mais il sait ou espère qu’il sera applaudi par des gens plus proches, eux, de cette dernière logique.

Ce n’est pas pour la première fois que Claude Guéant adresse des signaux à cette frange-là de l’opinion publique. Le 27 novembre 2011, il avait ainsi affirmé textuellement, dans une émission radio : « Moi aussi, je trouve que c’est trop. » Le terme « trop » se référait, alors, au nombre d’immigrés vivant en situation régulière sur le territoire français ou y entrant. Le mot « aussi », lui, se référait aux opinions exprimées par Marine Le Pen, puisque c’était sur un propos de la président du FN que le ministre était interrogé en ce moment précis.

Dans ce contexte, il est d’autant plus grave qu’un président de la République en exercice confirme, personnellement, l’apparente dérive de son ministre. Nicolas Sarkozy a ainsi déclaré, en début de semaine, qu’il « ne comprenait pas » la polémique déclenchée par les propos de son ministre, et qu’il s’agissait de propos « de bon sens ».

Il est grand temps, enfin, de couper court à cette dérive droitière. Et d’arrêter la surenchère raciste entre la droite gouvernementale et le Front national qui attend son heure, embusqué.