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FN : Hésitations vis-à-vis de Sarkozy et surenchère anti syndicales

ven 17/08/2007 - 02:00
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Jean-Marie Le Pen souffle le chaud et le froid. Alors que pendant la campagne électorale du printemps 2007, le chef du FN raillait les origines hongroises du candidat du camp conservateur, il loue désormais la démarche « équilibrée » et « bien informée » du nouveau président Nicolas Sarkozy. Le 7 août 2007, il attribue à la politique du chef de l’Etat un caractère plutôt positif, Sarkozy tiendrait selon lui « un certain nombre de ses promesses électorales ».

En réalité, qu’y a-t-il à comprendre sur le fond ? Ce revirement annonce t-il les prémisses d’un changement stratégique vis-à-vis de la droite sarkozyste ou est-ce seulement une énième manœuvre tactique ? L’avenir le dira. Ces dernières années, Jean-Marie Le Pen restait braqué contre Jacques Chirac qu’il avait choisi comme adversaire personnel, ayant consacré une large part de sa pré-campagne électorale de 2001/02 à des attaques ad hominem contre lui. Ce dernier était traité de « prince du mensonge », « professeur du mensonge » et « menteur professionnel » pour avoir nié sa prétendue rencontre avec Le Pen (dont Charles Pasqua se targuait d’avoir été le médiateur) entre les deux tours de l’élection présidentiel de 1988. Maintenant que son adversaire "préféré" a quitté la scène politique, Le Pen ne sait pas encore quelle stratégie adopter vis-à-vis d’une droite qui est sortie triomphante des dernières élections et qui semble regonflée en bloc autour de son nouveau champion Nicolas Sarkozy. D’autant plus que ce dernier a réussi à « piquer » une majorité de ses anciens électeurs à Jean-Marie Le Pen, à la présidentielle et aux élections législatives de juin 2007.

Par contre, en ce qui concerne le social, la presse d’extrême droite, elle, étale des nuances qui révèlent une tentative difficile de repositionnement face à la nouvelle donne.

Minute , hebdomadaire situé sur une position-charnière entre le FN et la droite classique, tente d’infléchir à droite la politique du nouveau gouvernement. Ainsi, dans son numéro du 4 juillet, Annick de Roscoät, présidente du CNI (Centre national des indépendants, vieux parti charnière entre la droite et l’extrême droite ) demande une « ouverture à droite », à la place de celle pratiquée par Sarkozy et Fillon vis-à-vis d’anciens membres du Parti socialiste. Certain(e)s politicien(ne)s de la majorité sont soutenus par Minute, tel Patrick Devedjian (pour avoir insulté Anne-Marie Comparini, vielle bête noire de l’extrême droite ayant fait chuter son allié Charles Millon au conseil régional de Lyon en 1999) ou la ministre de l’économie Christine Lagarde (pour avoir préféré l’appellation « Madame LE ministre » à « Madame LA ministre »).

En revanche, National Hebdo , hebdomadaire dont le FN détient 40 % des parts, a adopté une autre stratégie. Il préfère plutôt « taper » sur le gouvernement et le nouveau président (traité de « sarkophage » qui « bouffe tout sur son passage », et caricaturé avec une tête rouge aux dents longues et pointues). En continuant d’attiser le racisme, la xénophobie et de se servir des frustrations sociales, NH écrit, dans son numéro du 5 juillet, : « Sur l’immigration, Brice Hortefeux (...) a déjà été sommé par les patrons du CAC 40, les puissants sponsors de Nicolas Sarkozy, d’accueillir encore plus d’immigrés. Ce qu’il a évidemment accepté ; pourquoi payer décemment un travailleur français, alors que pour le même prix, on peut s’offrir deux Polonais, cinq Roumains ou quarante Maliens ? » Présentation qui est évidemment fausse, puisque le nouveau ministre de l’immigration et de l’identité nationale n’est disposé à accueillir des immigrants « légaux » que dans la mesure où ils détiennent des qualifications très élevées ou rares sur le marché du travail.

Surenchère anti-grèves et anti-syndicale

Cependant, sur un sujet au moins, les deux « lignes » stratégiques se retrouvent. L’ensemble de la presse d’extrême droite est bien d’accord pour dire qu’en matière de restriction du droit de grève, le gouvernement actuel ne va pas assez loin. Le numéro du 25 juillet 2007 de ‘Minute’ est ainsi intitulé : « Rien n’est réglé dans les transports.» Sarkozy fait le service minimum ». Au lieu de restreindre puissamment le droit de grève dans les entreprises de transport, le président de la République aurait présenté « un bijou de la méthode sarkozyenne : dur à l’extérieur, vide à l’intérieur ». Même position pour ‘National Hebdo’, qui choisit à son tour le titre suivant : « Le système Sarkozy : Esbroufe maximum, réformes minimum » (NH du 02 août 2007). Le journal consacre un éditorial au sujet, dont voici la conclusion : « La réalité est que seuls comptent, d’une côté, l’illusion qu’une réforme a été menée, et de l’autre le poids des syndicats qui se mesure à leur représentativité, réelle ou supposée. » L’auteur de l’éditorial profite de l’occasion pour reprocher aux syndicats leur opposition à l’obligation, nouvellement introduite par la loi (définitivement adoptée ce même 02 août) sur le service minimum, faite aux salariés d’une entreprise de transport de se déclarer individuellement gréviste ou non gréviste 48 heures à l’avance. Si les syndicats critiquent (avec raison) le fait qu’un salarié, ne fournissant pas la déclaration exigée, ou faisant grève quand même malgré une première déclaration contraire, sera sanctionné . Cela démontre pour NH que les syndicalistes sont opposés à « la probité, la rectitude et le respect de la parole donnée ». En réalité ce que veut la totalité de la presse d’extrême droite, c’est bien évidemment la possibilité d’une réquisition des personnels par la force et la contrainte, en cas de grève.

‘Minute’ est, par ailleurs, mécontente de la prétendue faiblesse des suppression de postes dans les services publics. Dans son numéro du 08 août, le journal imprime ainsi une caricature sur laquelle on lit : « Le gouvernement supprime moitié moins de postes de fonctionnaires que promis. » On voit Sarkozy et Fillon dans un ballon portant l’inscription « La Rupture », mais qui ne décolle pas, lesté par des sacs de sable sur lesquels il est écrit « Dette ». Commentaire mis dans la bouche d’un Fillon à l’air désabusé : « On n’est pas prêt de décoller ! » Ce qu’aurait souhaité le journal, c’est, à l’évidence, bien davantage d’enseignants, d’infirmières et de cheminots (mais probablement pas de policier...) en moins à la rentrée.