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Le FN contre les droits des salariés et les syndicats

mar 06/07/2010 - 17:29
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Le parti Lepéniste est par nature farouchement opposé au syndicalisme et aux droits fondamentaux des salariés. Cependant, pour mieux tromper les salariés, dans les années 1990, à l’époque où Mégret était encore numéro 2 du F.N., ce parti a tenté de promouvoir des « syndicats » FN dans la Police, chez les gardiens de prison, et dans les transports publics, notamment à Lyon. Les réactions syndicales et les jugements des tribunaux qui ont suivi ont heureusement bloqué ces velléités.

Le FN veut « simplifier » le code du travail

Le FN ne dit pas tout aux salarié-e-s. Dans son programme, il préconise la simplification du Code du travail (vieux serpent de mer qui revient aussi, de façon récurrente, dans certains discours patronaux ou de représentants de la droite classique). Simplification non pas en faveur des salarié-e-s, mais pour « libérer le travail des entreprises de l'étatisme », dit le FN. Et laisser place nette aux négociations de branche.

Outre les attaques portées contre les syndicats et la défense d'un système corporatiste « de branche », source en soi d'inégalités entre les salarié-e-s dès lors qu’il n’y aurait plus de socle minimum de droits et de garanties assurés par la loi, le FN vise à casser le socle fondateur du droit du travail. Il ne dit pas précisément sur quels points une simplification s'impose. Mais on peut s'attendre, à l’évidence, à ce que le droit du licenciement, les règles relatives au salaire minimum garanti, à la formation professionnelle, aux droits des travailleurs-euses privé-e-s d'emploi seraient transférés aux branches. Ainsi, il n’y aurait plus de protection générale : chaque salarié-e devra se référer à des accords collectifs de branche  minima.

A noter aussi que le Front National, dans son programme ou ses interventions publiques, ne parle que rarement des conditions de travail, de la santé et la sécurité des salarié-e-s. Ou alors, quand il le fait et s’érige de façon démagogique en « meilleur défenseur des travailleurs français », il concentre le tir sur le seul problème de la sécurité ; et présente ce dernier uniquement par le prisme des menaces extérieures. Ainsi le FN a-t-il tenté, depuis la fin des années 1990 et jusqu’à récemment (au printemps 2010), de s’adresser aux travailleurs-euses des transports publics sous l’angle de la « sécurité », qui serait menacée par les habitants des quartiers populaires ou des banlieues. A l’occasion, le FN a pris appui, pour diffuser son discours, sur des incidents réels. Simplement, à chaque fois, il « oublie » de préciser que le problème essentiel provient des réductions de personnel effectuées par les directions d’entreprise : un conducteur-une conductrice de bus seul-e à bord du véhicule, est autrement plus exposé-e à tout type  d’agressions qu’accompagné-e d’un-e collègue dans son travail. Le FN, quant à lui, préfère l’agitation pour présenter les habitants des quartiers populaires (surtout la partie d’entre eux et elles qui est d’origine immigrée) comme « dangereux par nature ».

Nous rappelons que le mouvement syndical s'est toujours battu pour un Code du travail unique, défenseur des droits collectifs des salarié-e-s, contre les inégalités de branche et l'individualisation des droits, pour la protection de droits minimaux contre les licenciements, les accidents du travail, et pour rappeler les obligations de l'employeur en matière de risques liés aux conditions de travail.

Le programme du FN, contrairement aux idées qu'il voudrait diffuser auprès des salariés, c'est l'allégeance aux besoins des entreprises, cassant le peu de droits collectifs acquis de haute lutte, au profit d’une « régulation » qui ramène chaque salarié à son entreprise ou à sa branche professionnelle. C'est aussi la préférence aux patrons, à la libéralisation du travail. Et la marche au pas... Comme le rappelait Jean-Marie Le Pen dans son discours au conseil national du F.N le 13 février 2010 : « Notre conception de la société réinstaurera le primat du travail et de l’effort sur l’oisiveté et l’hédonisme

Le FN contre les syndicats et la représentation du personnel, pour le corporatisme

Pour le FN, comme il l'écrit lui-même dans la partie de son programme concernant les « acteurs économiques », les syndicats de salariés seraient  « archaïques et non représentatifs » ; ils feraient partie de ces maux qui « asphyxient l’entreprise française ».

Sur ce point, le FN reprend une vieille vision patronale : l'entreprise française ne serait pas compétitive, au niveau mondial, en partie à cause des résistances syndicales à toute tentative de démantèlement des statuts sociaux, des mouvements de lutte, des combats pour l'emploi ou l'augmentation des salaires.

En outre, dans la même partie du programme, le FN donne un point de vue plus développé : « Enfin, le syndicalisme français, dévoyé et moribond, est quant à lui une des causes du blocage de notre économie et un des obstacles majeurs aux réformes nécessaires de la société française (retraites, Sécurité sociale, fonction publique, formation professionnelle, Code du travail,…). Partisans presque exclusifs de la stratégie de rupture (grèves et opposition systématique à tout changement), ceux-ci interdisent de fait les négociations collectives par branches d’activité, seuls facteurs réels et concrets de dialogue social. »

Ainsi, non seulement, le FN rend responsables les syndicats de l'absence de compétitivité des entreprises françaises, mais il les désigne comme instigateurs de prétendus « blocages de réformes nécessaires ». Un point de vue que ne démentiraient pas les ultralibéraux, alors que ces derniers aiment parfois  montrer du doigt ce parti pour mettre en exergue les « dangers du populisme ». Un terme sous lequel ils mettent, pêle-mêle, les syndicats et mouvement sociaux, les résistances des travailleurs dans les entreprises, et l’extrême droite raciste, afin de dénoncer toute critique du libéralisme économique qui représenterait « le meilleur des mondes possibles ». Or, sur « les réformes nécessaires » et la dénonciation des « blocages » qui les freineraient, ces deux visions du monde peuvent se rapprocher voire se rejoindre.

Ce que souhaite établir le programme du FN au niveau des branches professionnelles, se dessine de la manière suivante : la mise en place « d’organisations professionnelles par branches, intervenant directement en matière de formation professionnelle, de recherche et émettant des avis sur les grandes questions telles que les délocalisations et les négociations avec la Commission de Bruxelles et l’OMC. ». Cela ressemble beaucoup à des corporations au sens pré-capitaliste ou encore au sens de la « Charte du travail » du 4 octobre 1941, reflétant un prétendu « intérêt général » d’un secteur économique ou « de métier », réunissant patrons et salariés. En tout cas, ça y ressemble beaucoup plus qu’à un syndicat qui représente les travailleurs dans un rapport de forces (pouvant prendre la forme du conflit ou de la négociation) vis-à-vis du patronat. Surtout, ces « organisations professionnelles », ressemblant quand même quelque peu aux « comités de production » instaurés sous le régime de Vichy, seraient là pour défendre un « intérêt national » vis-à-vis des intérêts économiques d’autres pays... puisqu’ils devraient surtout s’exprimer dans le cadre de négociations pouvant opposer les secteurs économiques de différents pays. Nous sommes donc proches, ici, de l’idée d’une représentation organisant la défense nationale dans le cadre de la guerre économique internationale. Ce mode d’organisation, corporatiste, n’est certes pas (ultra-,néo-)libéral, puisqu’il se distingue de cette idéologie sur plusieurs points dont le refus de l’individualisme forcené prôné par l’ultralibéralisme ; mais il est aussi très loin d’être un instrument du progrès social ou de l’émancipation des travailleurs.

En effet, la négociation par branches, avec des syndicats corporatistes, telle que conçue par le programme du FN, conduit nécessairement à des salaires inégaux, des statuts différents, une protection conventionnelle  minima, négociée par des syndicats défendant uniquement des intérêts particularistes au détriment d’une solidarité plus générale entre les travailleurs-euses. Même si la vision du FN (avec sa priorité donnée à la branche professionnelle) se distingue de certaines visions néolibérales, préconisant soit le recours au seul contrat individuel employeur/salarié-e soit la préférence donnée aux seuls accords d’entreprise, il est loin de la défense des intérêts des travailleurs. En effet, en lieu et place d’une solidarité des salariés, cette vision cherche uniquement à promouvoir des intérêts catégoriels, combinés à un soi disant « intérêt national », opposé aux intérêts d’autres pays.

Syndicalistes, nous opposons à cette vision d’une « régulation » par branches, l'harmonisation des statuts et des salaires par le haut, en usant des moyens d'action que nous jugeons nécessaires en fonction du rapport de force à établir.

Le FN contre le droit de grève

Pour finir, le FN est plutôt hostile à l’exercice du droit de grève, arme  importante dont disposent (encore) les travailleurs-euses alors que le rapport de force avec la patronat s’est beaucoup dégradé par ailleurs. Le parti d’extrême droite a régulièrement dénoncé les mouvements de grève, présentés comme des « prises d’otages » (à l’unisson d’un discours pro-gouvernemental ou ultralibéral, d’ailleurs). Ainsi, pendant la grande grève des services publics en novembre/décembre 1995, l’hebdomadaire du FN d’alors (« National Hebdo ») a trouvé ce titre, en décembre 1995 : « (Louis) Viannet et (Marc) Blondel en prison, ça en réjouirait plus d’un ». Même si cela a entraîné par la suite, un débat au sein du parti d’extrême droite, des courriers de lecteurs désavouant la prise de position du journal, et le « délégué général » du FN de l’époque – Bruno Mégret – allant par la suite « draguer », dans « Le Monde » (du 13 février 1996), les salarié-es qui avaient suivi les mouvements sociaux.
Encore très récemment, en avril 2010, le FN a dénoncé un mouvement de grève des  cheminots, en ces termes : « En pleine crise économique, en pleine crise du trafic aérien, en plein retour de vacances de centaines de milliers de Français et de touristes étrangers, une minorité de syndicalistes d’extrême gauche se permet le luxe de paralyser les chemins de fer pendant près de 2 semaines ! Outre le chantage permanent qu’elles constituent, ces grèves à répétition d’une caste de privilégiés et professionnels de l’agitation anarcho-marxiste sont une honte alors que des millions de Français sont au chômage, souffrent de précarité et de pauvreté ! Cette prise d’otages permanente des citoyens et survivants de la crise économique doit cesser immédiatement ! Mais que fait le gouvernement contre ces intolérables atteintes à la liberté de circuler et de travailler dignement ? Rien. » Dans la même déclaration, le FN a émis des conditions à l’exercice du droit de grève, qui le rendraient de fait quasiment inutilisable et soumettraient son exercice à l’appréciation – plus ou moins arbitraire – des juges qui devraient statuer sur la légitimité ou l’opportunité des revendications : « Si le Front National est favorable au droit de grève fondé sur des revendications réalistes et justes d’un nombre conséquent de travailleurs, il refuse par contre les agissements illégitimes et le blocage systématique d’une poignée de gauchistes professionnels ».
Mais lorsqu’il s’agit de promouvoir sa démagogie sécuritaire auprès des salarié-e-s (voir plus haut), le FN n’hésite pas à déclarer « soutenir » des débrayages dans des entreprises de transport, par exemple à Montpellier. Il s’agissait, en effet, de soutenir (ou approuver) des mouvements axés sur des problèmes « de sécurité », tout en les orientant dans un sens idéologique déterminé (« insécurité », prétendument caractéristique de certaines populations) au lieu de soulever prioritairement la question des effectifs et des conditions de travail.

En outre, nous notons que le FN ne se préoccupe pas de la réalité du travail des salarié-e-s : son programme ne comporte en effet pas une ligne sur les conditions de travail ou les accidents du travail, sur lesquelles les syndicalistes se battent au quotidien pour éviter que leurs collègues ne bousillent leur vie à la gagner.

Enfin, nous soulignons que le FN, malgré ses grandes théories sur la négociation de branche, et l'hypothétique convergence patronat-salariés pour l'intérêt supérieur de la nation, ne fait aucun constat ni aucune proposition sur le lot commun de milliers de salarié-e-s : les emplois précaires (temps partiels, contrats à durée déterminée, intérim) qui entraînent pour nombre d'entre nous la chute dans la pauvreté, l'obligation d'accepter des conditions de travail déplorables ou de « la fermer » pour obtenir un prochain emploi.

Nous, syndicalistes, défendons des statuts garantissant la protection des salarié-e-s et leurs salaires, pour conserver des acquis sociaux et la protection sociale, de manière collective, par les moyens que nous jugeons nécessaires. Nous opposons notre conception de la solidarité à la vision corporatiste et pro-patronale du FN.

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