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Le poison du 1er mai : Violences de l’extrême droite et discours de Le Pen

mar 07/05/2013 - 18:12
defaut

De Paris à Reims en passant par Grenoble – selon nos informations du 5 mai, mais peut-être aussi ailleurs – ce 1er mai a été émaillé de provocations et d’agressions de la part de l’extrême-droite. Ce que fait mine d’ignorer la présidente du FN qui continue à distiller la haine antisyndicale.

Reims, 10 heures : Provocation de « patriotes »

Le défilé syndical appuyé par quelques élu-es Front de Gauche « s’élance » mais est vite ralenti « sur ordre de la police »[1] à cause de la présence sur une place de quelques manifestants « patriotes » : une dizaine de personnes menées par Thierry Maillard, responsable local du FN, et animateur d’une association loi 1901 dont les statuts ont été déposés en sous-préfecture de Reims et qui porte le doux nom de « Réseau France Nationaliste – Front Nationaliste – Groupes Nationalistes Révolutionnaires »… un drapeau « GNR » était d’ailleurs agité par un de ces « patriotes ».  Des insultes ont été échangées, une altercation est rapportée par L’Union ; pour éviter l’affrontement, les discours syndicaux seront prononcés devant la Maison des Syndicats.

Grenoble, 10 heures : Agression machiste

Selon un communiqué de presse reçu par VISA, « quelques individus tenant des propos homophobes et très sexistes ont tenté de s'insérer dans les cortèges des collectifs Féministes, de l'Union syndicale Solidaires puis dans d'autres cortèges de la manifestation. (…) Puis ces individus, proches de la mouvance masculiniste, ont agressé violemment des manifestants et délégués syndicaux qui leur demandaient simplement de partir pour que la manifestation se déroule sereinement. Un membre de la CNT a dû être conduit aux urgences suite aux coups qu'il a reçus au visage. »

Paris, 10 heures : Agression et blessures

Comme chaque année depuis l’assassinat de Brahim Bouaram en 1995, une commémoration doit se tenir sur le Pont du Carrousel à 11h. Une manifestation est prévue au départ de Saint-Michel, à l'initiative du Collectif Antifasciste Paris-Banlieue (CAPAB), soutenue par l'Action Antifasciste Paris-Banlieue (AFA) et le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), afin de se rendre au rassemblement. Les militant-es ont été agressé-es par une quarantaine d’individus armés de « bombes d’acide, matraques télescopiques, couteaux, cutters et panneaux de signalisation » a indiqué à l’AFP un des militants, membre du NPA. Plusieurs personnes ont reçu des coups et deux ont été blessées dont une a été hospitalisée. Selon l’AFP, « il n’y a pas eu d’interpellation et le blessé du collectif n’a pas déposé plainte » ; une enquête est en cours.

Paris, 10 heures : Des autocollants nauséabonds

Près de la Place de l’Opéra où Marine Le Pen va prononcer son discours, de petits autocollants placardés sur les murs et des voitures : des slogans ? Non, le nom et l’adresse personnelle de l’essayiste Caroline Fourest, et d’Abel Mestre, journaliste du Monde chargé du suivi du FN. Le quotidien a d’ailleurs annoncé qu’il portait plainte contre X pour « tentative d’intimidation » ; sa directrice et la Société des Rédacteurs du journal ont dénoncé dans des communiqués ces pratiques inacceptables. Quant au FN, il se défend bien sûr d’en être responsable : selon le Journal du Dimanche, ces autocollants « sont "scandaleux" aux yeux de Wallerand de Saint-Just, avocat et trésorier du parti frontiste, "mais c'est tout aussi scandaleux de les associer au Front national". Pour lui, la démarche vise tout simplement à "pourrir les relations du FN avec la presse" »[2]. Au même moment, Marine Le Pen affirmait « quand nous serons au pouvoir (…) nous serons les garants de la libre expression, du libre débat, de la libre pensée, de la diversité des opinions dans les medias et dans la presse ». Nous voilà rassurés !

Le partage des rôles est clair : aux groupuscules « patriotes », « nationalistes » et autres « identitaires » le sale boulot, à la Présidente du FN le discours presque lisse, du moins plus institutionnel et se voulant plus respectable.  Mais à y regarder de plus près…

Paris, 12 heures : Le discours de Marine Le Pen, toujours autant de haine

Le ton se veut rassurant, rassembleur, protecteur… Marine Le Pen montre « la » lumière qui sortira la France des « ténèbres de l’Europe », elle en appelle à la « concorde » entre tous les « patriotes Français »… car le fil directeur, c’est bien la préférence nationale et donc l’exclusion des « autres » : « l’emploi, la protection sociale, le logement doivent d’abord servir les Français » : c’est dit comme une évidence, le seul rempart contre les « totalitarismes du XXIème siècle », à savoir « le mondialisme et l’islamisme fondamentaliste » étant la Patrie que seul le FN défend.

Alors que « le MEDEF et la CGT, une fois de plus alliés, sacrifient les travailleurs sur l’autel de la compétitivité avec la flexibilité, les retraités au nom de l’équilibre budgétaire, les travailleurs français au profit de l’immigration » ! Comprenne qui peut alors que la CGT justement n’a pas signé l’ANI, mais peu importe, l’amalgame est de rigueur tout au long du discours pour faire croire que le seul recours est le FN.

Et de reprendre les principes républicains pour mieux les bafouer : l’égalité « ce n’est pas l’égalité avec tous les citoyens du monde. C’est l’égalité entre les citoyens français » ; la solidarité « se mérite »…

Et la liberté ? « Cette liberté chérie, elle est aussi au cœur de notre projet » affirme haut et fort Marine Le Pen.  Mais une drôle de liberté… « Liberté d’adhérer au syndicat que l’on a choisi et non contraint de s’affilier à des syndicats complices choisis par le système sur une liste bloquée ». Tiens, cela nous rappelle le temps où le FN avait essayé de créer ses pseudo syndicats, en vain d’ailleurs grâce à la résistance syndicale…

Et de fustiger, sans le nommer, le Syndicat de la Magistrature et « ce mur (qui)est donc une menace pour la République » rien de moins… sans toutefois demander cette fois-ci explicitement l’interdiction des syndicats de magistrat-es. --> Communiqué de soutien  de VISA au SM.

 

Ne nous y trompons pas. Même si officiellement le Front National ne soutient pas, voire peut réprouver, les actions violentes de certains groupes vis-à-vis en particulier de militant-es syndicalistes et/ou antifascistes – mais pas seulement, personne ne semble à l’abri – son idéologie d’exclusion, de rejet de « l’autre », agit comme un poison.

VISA condamne fermement toutes les agressions à caractère fasciste perpétrées à l’occasion des défilés syndicaux du 1er mai. Plus que jamais, réaffirmons que l’extrême-droite est le pire ennemi des salarié-es !

 


[1]Selon le quotidien régional l’Union

[2]http://www.lejdd.fr/Medias/Presse-ecrite/Actualite/Suite-au-defile-du-Front-national-Le-Monde-denonce-une-tentative-d-intimidation-605411