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L'extrême droite montre les dents contre les travailleurs sans papiers en grève

mar 29/04/2008 - 16:29
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Du FN aux Jeunesses Identitaires, ils sont tous très énervés par la lutte des travailleurs sans papiers pour leur régularisation !

 

Selon l'AFP du 21 avril, "le Front National a appelé (...) à des sévères sanctions contre les "patrons voyous" qui ont embauché des salariés sans papiers" et fustige " ces patrons [qui] embauchent des sans papiers (...) non parce qu'ils ne trouvent pas de travailleurs français, mais parce qu'ils veulent une main d'œuvre taillable et corvéable et peser sur les salaires ". " Le gouvernement avait dit qu'il s'attaquerait aux filières d'immigration illégales, aux marchands de sommeil et aux patrons voyous , qu'il le fasse ". Quant aux salariés concernés " ils sont en infraction et doivent être expulsés ". Les Jeunesses Identitaires, pas en reste, ont décliné cette ligne avec des slogans chocs : " RESF = nouveaux négriers” , " RESF patronat même combat" " RESF = esclavagiste” , " RESF fournit de la chair fraîche au patronat ! " ( NDLR : RESF : Réseau Education Sans Frontières). Marine Le Pen, elle, a appelé à la démission de Brice Hortefeux coupable à ses yeux de percevoir des impôts sur les travailleurs clandestins et de vouloir les régulariser massivement. Quant aux syndicats et aux associations, ils sont jugés complices du gouvernement, du patronat et de l'immigration qui " sert à écraser les salaires " !

 

Tous ces discours belliqueux ont au moins trois fonctions :

  • Accentuer la division entre travailleurs " français " et " immigrés " en niant la communauté d'intérêt qui les lient, en faisant croire que la cause de la baisse des salaires c'est l'immigration (et pas la politique du MEDEF et du gouvernement ), en essayant d'accréditer l'idée que la régularisation des travailleurs sans papiers c'est "fournir de la chair fraîche au patronat " alors que, bien évidemment, c'est l'inverse : l'absence de papiers, la menace journalière des rafles, le travail clandestin livrent ces salariés pieds et poings liés aux patrons et font tirer, mécaniquement, l'ensemble des salaires de ces branches vers le bas.
  • Rappeler à l'ordre une frange du patronat (hôtellerie, cafés, restaurants, sociétés de nettoyage) qui a pu être sensible aux discours de l'extrême droite, et lui a, parfois, apporté par le passé un contingent non négligeable de voix. Mais ces patrons ont aussi le sens des réalités économiques. Face à une grève prolongée et qui peut s'étendre à l'ensemble de ces secteurs, ils réagissent en capitalistes soucieux de leurs intérêts immédiats. C'est pour cette raison qu'ils appellent (surtout dans l'hôtellerie où la mobilisation est forte) à la régularisation de "leurs" salariés sans papiers ... A cela s'ajoute la situation politiquement inconfortable où ils se sont mis en niant être au courant de la situation administrative des travailleurs qu'ils avaient recrutés. Des patrons " à l'insu de leur plein gré " en quelque sorte, voilà une défense qui les met en situation défensive à la fois vis-à-vis des travailleurs et du gouvernement.
  • Tenter de regagner l'électorat qui a préféré la copie à l'original en votant Sarkozy à l'élection présidentielle. C'est le sens de la violente diatribe contre le gouvernement et Brice Hortefeux : dénoncer par avance son supposé recul et lui imputer la volonté de régulariser massivement les sans papiers ... Hortefeux, Fillon et Sarkozy ont bien senti ce danger " sur leur droite " et multiplient les déclarations pour expliquer qu'ils ne régulariseront que "cas par cas ". Mais ils sont pris en tenaille entre leur désir d'empêcher l'extension du mouvement (en cédant aux travailleurs sans papiers et au patronat de l'hôtellerie) tout en continuant à donner des gages à leur électorat le plus droitier en assénant, comme l'a dit Sarkozy lors de sa conférence de presse, qu'une régularisation massive serait " une catastrophe"... La voie est étroite ...

Les cris d'orfraie de l'extrême droite et l'embarras de la droite gouvernementale démontrent, s'il est besoin, que les travailleurs sans papiers et les structures qui les accompagnent dans ce combat (UD CGT, association Droits devant !) sont sur la bonne voie, celle de la reconnaissance de leurs droits et, plus largement, celle de l'unité de tous les travailleurs, quelles que soient leurs origines, pour résister aux attaques de ce gouvernement et du patronat, petit et grand.

 

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