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Second tour : L’extrême droite n’est pas en mesure de peser sur le scrutin mais des élus représentent toujours ses idées

jeu 20/03/2008 - 01:00
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De façon globale, là où elle s’est présentée sous forme organisée en parti politique autonome - notamment sous les couleurs du Front national (FN), et en moindre mesure du MNR -, l’extrême droite n’a pu peser sur l’issue du scrutin. Absente du second tour dans la plupart du cas, l’extrême droite n’a, en outre, pas su progresser là où elle se maintenait. Néanmoins, des élus, ayant jadis fréquenté les rangs de l’extrême droite ou ayant passé, autrefois, alliance avec celle-ci, restent présents dans certaines mairies, voire à leur tête,. Il est légitime de supposer que ces élus-là ont conservé, au moins en partie, leurs « idées » nauséabondes initiales.

Défaite de Marine Le Pen

Au total, le FN n’a pu se maintenir au second tour que dans sept municipalités, en mars 2008 (à comparer avec les 41 villes où elle était encore présente en mars 2001, et surtout les 103 villes de juin 1995).

Tous les espoirs du FN reposaient sur Hénin-Beaumont où se présentait Marine Le Pen en seconde position sur la liste de Steeve Briois. Mais de victoire électorale, il n’en fut rien : la liste d’extrême droite avait déjà entièrement épuisé ses réserves de voix dès le premier tour, où elle avait totalisé 28,53 % des voix exprimés (contre 43,09 % pour le maire socialiste sortant). Au second tour, la liste FN obtient 28,83 % des voix, soit une progression de 0,3 %, mais une perte de vingt voix en nombre absolu de suffrages. Le maire sortant Gérard Dalongeville est ainsi réélu haut la main (avec 51,94 % des voix), et ceci malgré le maintien - irresponsable - d’une liste « Divers gauche » conduite par un ancien président de la section socialiste locale. Les espoirs électoraux de Marine Le Pen sont ainsi anéantis, et ce revers affaiblit sans doute aussi sa position au sein du FN. Cette défaite vient après son score de 41,7 %, réalisé dans cette même ville au second tour des législatives de juin 2007, qui semblait lui autoriser tous les espoirs (et qui avait été fêté comme un triomphe, le seul dont pouvait alors se targuer le FN). Alors même que ses adversaires au sein de la direction du FN ne se sont, pour la plupart d’entre eux, même pas confrontés aux aléas du scrutin de mars 2008, Marine Le Pen voit néanmoins s’assombrir - pour le moins partiellement - son avenir politique. Ainsi a-t-elle confié, le soir du dimanche électoral du second tour, avoir « parfois marre de cette vie » à l’envoyée spéciale du journal « Le Monde » ...

Reculs au second tour

Dans les autres villes où le FN a été en mesure de se maintenir, il doit - pour la plupart d’entre elles - assister au recul de son score entre les deux tours. Ainsi à Perpignan, où la liste conduite par le secrétaire général du parti d’extrême droite, Louis Aliot, passe, d’une semaine à l’autre, de 12,29 % à 10,42 % des voix exprimées. Si, aujourd’hui, la ville occupe l’actualité ce n’est pas en raison des résultats du FN, mais plutôt à cause du lourd soupçon de fraude qui pèse sur la (courte) victoire électorale du maire UMP sortant, Jean-Paul Alduy... - A Cluses, ville de 18.000 habitants de la Haute-Savoie, les espoirs de la tête de liste du FN, Dominique Martin, auront également été déçus. Allant dans le sens du recul général de son parti, les résultats de sa liste locale passent de 23,6 % au premier, à 20,45 % au second tour. Dans les deux cas ici présentés, la baisse en pourcentage correspond aussi à une perte de voix si l’on mesure en nombre absolu de suffrages.

La fameuse exception qui confirme la règle, aurait pu être la ville de Mulhouse. En effet, dans cette grande ville industrielle du sud de l’Alsace, la liste FN - conduite par Patrick Binder, vieux routier de l’extrême droite alsacienne - obtient 14,27 % des voix au second, après les 10,31 % du premier. En nombre absolu de voix, elle progresse également d’un tiers environ. Cependant l’impression est quelque peu trompeuse, puisqu’il faut tenir compte des 7,75 % réalisés au premier tour par Gérard Freulet. Ce candidat du MPF, mouvement présidé par Philippe de Villiers, avait été un cadre local bien en vue du Front national jusqu’à sa scission (mégrétiste) en 1999. Freulet n’ayant pas donné de consigné de vote pour le second tour, son électorat s’est probable scindé en deux au profit à la fois du maire sortant soutenu par l’UMP - Jean-Marie Bockel (réélu) - et du candidat FN.

A Calais, la liste FN était en mesure de se maintenir également, avec 12,35 % récoltés au premier tour. Cependant sa tête de liste, François Dubout, a décidé au lendemain du 9 mars de se retirer de la course et de ne pas déposer de liste. Ce retrait était motivé par le souhait de ne pas empêcher l’UMP de battre le maire sortant issu des rangs du PCF, Jacky Hénin. Par la suite, François Dubout a été « suspendu » de sa qualité de membre du FN, et Marine Le Pen a annoncé publiquement que « sa carrière politique [était] finie » dans la mesure où il aurait « trahi les électeurs du FN ». Néanmoins ses électeurs ont probablement suivi le raisonnement de l’ancien chef de file local, puisque le maire a été effectivement battu par la candidate UMP Natacha Bouchart (54 %). Dans le même département, à Harnes (62), la liste FN conduite par Jean-Pierre Kleinpeter a fortement reculé entre les deux tours, perdant la moitié de ses voix et passant des 11,27 % initiaux à 6,13 % au second tour. A Noyon (60), où la liste FN de Michel Guiniot était également en mesure de se maintenir, celle-ci passe de ses 16,98 % initiaux à 9,17 %. En nombre absolu de voix, elle perd environ 40 pour cent de ses électeurs entre les deux tours. (Auparavant, ses résultats de premier tour étaient de 44 % en juin 1995, 30 % en mars 2001,.)

Enfin, à Carpentras (84), où le FN avait totalisé 22,11 % des voix au second tour de mars 2001, il n’obtient, cette année, que 11,58 % au premier tour avant de s’effondrer (toute proportion gardée) à 7,65 % au second.
 

Des élus historiquement marqués à l’extrême droite,
ou (anciennement ?) proches de ses idées

Alors que le FN a visiblement baissé sur la quasi-totalité du territoire national, on observe en même temps que des élus soit issus de ses rangs, soit (un temps) plutôt proches de ses idées tirent bien leur épingle du jeu.

C’est surtout le cas du maire d’Orange, Jacques Bompard, qui fut parmi les co-fondateurs du FN en 1972. Si celui-ci a quitté son ancien parti, en septembre 2005, pour rejoindre les rangs du MPF de Philippe de Villiers en novembre 2005, ce n’était point sur fond d’une « modération » politique... improbable dans son cas. Tout au contraire, Bompard avait fustigé Jean-Marie Le Pen pour avoir mis « trop d’eau dans son vin » puis avait mené une bataille dure contre les « modernisateurs » au sein de son ancien parti : tout d’abord contre Samuel Maréchal, - alors un des gendres de Jean-Marie Le Pen et étoile montante du FN avant d’être marginalisé et de disparaître de la scène politique -, quand celui-ci plaidait en 1999 (après le départ des mégrétistes) en faveur de la reconnaissance du caractère « multi-confessionnel » de la France, ensuite contre Marine Le Pen et son entourage, soupçonnes de dérive « moderniste ». Encore en avril 2006, Bompard mit en ligne un texte intitulé « Le Pen contre le FN », et dans lequel on put lire : « Alors que jamais les réalités quotidiennes n’ont autant donné raison au FN, ce mouvement est incapable de capitaliser les intérêts électoraux de trente ans de combat. » Ce n’était point les « idées » - racistes et nauséabondes - de ce parti qui étaient ici remises en cause par Bompard, mais uniquement le « régime monarchique » prévalant à l’intérieur du FN.

L’opposition de Bompard ne visait donc pas à adoucir les positions de son ancien parti, mais plutôt à les durcir. Ce propos reste valable, même si la tendance générale du « Mouvement pour la France » villiériste - que Bompard a rejoint depuis - va aussi dans le sens de la recherche d’une compatibilité avec la droite UMP, et pourrait donc éventuellement s’avérer décevante aux yeux de Bompard. En tout cas, son adhésion au MPF lui aura permis de maintenir une (petite) machine politique à son service, au moins localement. En même temps, il aura conservé une base sociale dans la ville : cette année, Bompard a été réélu maire d’Orange, dès le premier tour, avec 60,97 % des voix ! C’est légèrement mieux qu’en mars 2001, quand il était passé au premier tour (déjà !) avec 59,97 %. A n’en pas douter, ce maintien d’une base sociale est, avant tout, dû à une gestion clientéliste de la mairie, à la baisse des impôts locaux et à la mise en valeur du centre-ville historique, politique qui se fait au détriment des quartiers périphériques où vivent la plupart des immigrés, (quartiers dont le « pourrissement » total est cependant évité grâce aux fonds de l’Etat, alors que la mairie s’en est en bonne partie désengagée). Pourtant, cette année, Bompard s’était vu opposé une brochette d’adversaires, de la gauche à l’UMP, jusqu’à une liste comprenant d’anciens adjoints et partisans déçus du maire. Son ancien parti, le FN, n’avait de son côté pas réussi à monter une liste, alors même qu’il propageait de fausses informations en faisant croire que Bompard serait favorable à la construction d’une « grande mosquée » dans sa ville. Une semaine après sa réélection, le 16 mars, Jacques Bompard a également été réélu conseiller général du Vaucluse, dans le canton d’Orange-Ouest, avec 59,61 % des voix au second tour. Le canton englobe plusieurs communes. Sur la partie de la ville d’Orange elle-même qui est comprise dans le canton, le score du candidat avoisine même les 70 %. Jacques Bompard détenait déjà ce canton depuis 2001. En même temps, son épouse, Marie-Claude Bompard, a été élue maire « Divers Droite » de Bollène - autre petite ville du département du Vaucluse - avec 47,95 % des voix exprimées au second tour. En mars 2001, alors qu’elle était déjà candidate (FN) à cette même mairie, elle avait été battue par la liste conduite par le maire socialiste sortant, Marc Serein.

Dans un communiqué daté du 17 mars 2008, le « Bloc identitaire », courant ultra-radical de l’extrême droite française (qui dénonce la « mollesse » du FN, sous l’inspiration du clan autour de Marine Le Pen), « salue les victoires de Jacques et Marie-Claude Bompard ». Le groupe fustige le FN pour avoir, selon lui, fait front commun avec l’UMP, le PS, le PC et le MoDem contre la réélection du maire d’Orange. A la fin du communiqué, le groupe ultra-radical poursuit : « Ces victoires sont dues à un enracinement puissant, fruit d’un travail quotidien inlassable. Elles prouvent que les idées dites "nationales" ne peuvent vaincre que lorsqu’elles s’incarnent charnellement, localement, dans des hommes et des femmes. Loin des états-majors parisiens, du jacobinisme des partis, l’avenir est en la constitution de zones de libération où les nationaux ou les identitaires, au delà de leurs différences, pèsent de façon décisive pour la défense des intérêts de notre peuple. »

Jacques Bompard est, aujourd’hui, le seul « survivant » politique de la génération des maires d’extrême droite élus en juin 1995 (Jean-Marie Le Chevalier à Toulon, Jacques Bompard à Orange, Daniel Simonpieri à Marignane) puis en février 1997 (Catherine Mégret à Vitrolles). Les autres trois ont, aujourd’hui, été battus après avoir - tous - quittés le FN, qui au moment de la scission mégrétiste, qui un peu plus tard.

Autre élu du FN de l’époque, Daniel Simonpieri avait conservé « sa » mairie à Marignane jusqu’à cette année. Après avoir co-fondé le « Mouvement national » de Bruno Mégret (aujourd’hui le MNR), Simonpieri a tourné le dos à ce dernier parti en 2001. Pour l’élection présidentielle de 2002, il avait appelé à voter pour Jean-Marie Le Pen. Depuis 2004, il s’est cependant rapproché de l’UMP, siégeant au Conseil général comme élu non inscrit mais membre du groupe du parti sarkozyste. Grand adepte des politiques et pratiques très « sociales », Simonpieri a fait construire, à Marignane, exactement 0,7 % des logements sociaux prévus dans un « plan de rattrapage » (au vu du retard de la municipalité en la matière) pour les années 2001 à 04. (Cf. La ligue des droits de l’homme ) Pour l’élection municipale de mars 2008, l’UMP avait investi Simonpieri (alors qu’il n’était qu’ « apparenté ») pour reprendre la mairie de Marignane. C’est finalement un candidat « dissident » lui-même issu des rangs de l’UMP mais se présentant comme « Divers Droite » etqui ne supportait pas que son parti ait adoubé Simonpieri, Eric Le Disses, qui remporte la mairie, à l’issue d’une triangulaire, avec 51,13 % des voix (contre 25,53 % pour le PS et « seulement » 23,35 % pour le « candidat soutenu par l’UMP », Simonpieri).
 

Le FN pèse peu sur le second tour, même dans le sud-est de la France

Un autre ancien édile sorti des rangs de l’extrême droite, Jacques Peyrat, maire de Nice pendant treize ans (1995 à 2008), n’avait pas retrouvé le soutien du parti sarkozyste cette fois-ci. L’UMP lui avait opposé un candidat issu du sérail, le secrétaire d’Etat Christian Estrosi, « pur produit sarkozyste »... puis avait exclu Peyrat non pas pour ses idées ou son passé au Front national (de 1972 à 1994, avant de rejoindre le RPR en juin 1996 puis l’UMP), mais pour avoir présenté et maintenu sa candidature contre celle d’Estrosi. En même temps, le FN a fini par soutenir Peyrat avant le second tour. Après avoir « suspendu pour indiscipline » son ancien leader local, Gérard de Gubernatis - qui avait exprimé son soutien à Peyrat dès avant le premier tour -, Jean-Marie Le Pen a adopté la même position, cinq jours plus tard. Alors que le chef vieillissant du FN a l’habitude d’être extrêmement dur avec les « traîtres » qui l’ont abandonné, Peyrat passe toujours pour un ami personnel de Le Pen. A l’issue d’une triangulaire, le maire sortant fut cependant battu, finissant lui aussi en troisième position (avec 25,5 % des voix, derrière Estrosi à 41,33 % et le PS Allemand à 33,17 %). Nous souhaitons « bon débarras »... !

En raison de la non-volonté de l’UMP d’entamer des pourparlers avec le FN pour un soutien éventuel au second tour, la direction du parti d’extrême droite avant demandé de « boycotter les candidats de l’UMP ». Surtout en Provence-Alpes-Côte d’Azur, elle jurait leur perte au second tour. Cependant cette consigné n’a guère eu d’influence sur l’issue de l’élection du 16 mars. Non seulement Estrosi passe devant Peyrat (et le PS) à Nice, Mais à , le candidat UMP Jean-Claude Gaudin est également réélu - même si c’est de justesse -, alors que le FN avait explicitement demandé à tous les électeurs de ne donner « Marseille absolument aucune voix à Jean-Claude Gaudin » (cf. l’article dans Le Parisien). Avec 8,76 % au niveau de la ville au premier tour, le FN - loin de son ancienne score dans la cité phocéenne - n’avait pu se maintenir que dans un seul arrondissement de Marseille sur sept.

C’est donc l’UMP qui attire à elle, aujourd’hui, le plus gros de l’électorat de l’extrême droite, même dans la partie sud-est de la France, alors qu’il y a peu encore celle-ci avait donné quelques-uns de ses meilleurs résultats au parti lepéniste. Le parti sarkozyste peut, pour l’essentiel, se passer du soutien du FN, même sur le plan local. Cela alors que dans un passé pas si lointain, la droite RPR/UDF (déjà conduite par Gaudin) avait, de fait, laissé le Front national - partiellement - co-gérer la région Provence-Alpes-Côte d’Azur pendant quelques années, après l’élection régionale de 1986 en lui accordant des présidences dans plusieurs commissions et en s’appuyant, souvent, sur son vote sur les budgets. Aujourd’hui, le FN jure la perte du maire de Marseille, mais en vain !, alors que celui-ci s’est dépensé cette année pour soutenir le candidat « converti » Simonpieri à Marignane.

Mais les idées restent...

A l’évidence, cela ne signifie pas la mort des « idées », jadis défendues par le FN. A titre de preuve, le score réalisé par Bompard dans sa ville et son canton. Pour preuve également, le déplacement effectué par le président Sarkozy, au surlendemain du premier tour, à Toulon. Dans cet ancien fief de l’extrême droite, ville gérée par le FN de 1995 à 2001 (même si le parti a fini par exploser à la suite de problèmes internes, et même si le FN n’y a obtenu que 6,55 % en mars 2008), Sarkozy était venu parler de « l’immigration ». Accompagné de son ministre de l’immigration et de « l’identité nationale », Brice Hortefeux. Ce n’était très certainement pas un hasard, ni dans le choix du thème ni dans celui du lieu. Alors même qu’il est vrai que sa vision de l’immigration ne recoupe pas exactement celle du FN - ce dernier se situe plutôt dans une logique de défense d’une France « blanche et catholique », Sarkozy défen celle d’une sélection des seuls migrants « utiles » à l’économie française -, c’est bien à cet électorat que la droite de gouvernement entend donner des signes et des gages. Notamment à travers sa politique d’expulsion, exprimée en « chiffrage » annuel occultant tous les drames humains que cela entraîne.

Signe également de la persistance des idées qui faisaient la force - électorale - du FN, la réélection de certains maires non issus du parti de Jean-Marie Le Pen, mais qui se sont illustrés un temps par des propos douteux voire racistes. On pourra ici nommer, parmi d’autres, le maire de Montfermeil en région parisienne, Xavier Lemoine (UMP). Celui-ci, maire de sa commune depuis 2002, avait été choisi comme « dauphin » puis successeur par l’ancien édile local : Pierre Bernard. Ce dernier, condamné à plusieurs reprises - depuis 1989 - pour discrimination raciste, a pendant plusieurs années géré « sa » ville avec le soutien d’élus du FN, du MNR et du MPF. Par ailleurs Pierre Bernard avait participé, en juillet 1996, au défilé d’enterrement de l’ancien chef de la milice du régime de Vichy, Paul Touvier. Si son successeur, Lemoine, montre des angles plus arrondis et a adhéré à l’UMP - en venant du camp des partisans de Philippe de Villiers -, il ne défend pas moins une vision du monde très marquée. Surtout, il se situe dans une logique tendant vers une sorte de guerre froide (voire guerre tout court) avec l’islam, conflit dont il croit fermement qu’une des lignes de front traverse sa propre ville de Montfermeil. (Cf. l’article d’ISA) Xavier Lemoine a été réélu, cette année, avec 60,23 % des voix dès le premier tour.

A également été réélu, à Meru (60), le maire UMP Yves Leblanc. Ce dernier s’était également illustré, dans un passé pas si lointain, par des propos d’une teneur fortement douteuse. Il avait par ailleurs attaqué en justice des militants syndicalistes et associatifs, membres du « Collectif Solidarité migrants » de Méru, qui avaient publiquement dénonce « les fantasmes » du maire et ses appels à « la délation » vis-à-vis d’habitants de sa ville issus de l’immigration. (Cf. l’article d’ISA) Après un procès, en octobre 2007, ces militants ont été acquittés par le tribunal. Cette année, le maire de Méru a cependant, pour la première fois depuis son entrée à la mairie en juin 1995, connu des difficultés électorales. Il était confronté à la fois à une liste de la gauche et une autre, sans étiquette, sur laquelle se présentaient (entre autres) des militants associatifs issus des quartiers défavorisés de la commune. Alors qu’auparavant, les listes concurrentes étaient celle de la gauche d’un côté et celle du FN de l’autre, cette année les deux listes d’opposition pouvaient se réunir face à lui au second tour. Leblanc, dont la majorité sortante comptait aussi des membres réputés proches du FN selon la presse locale - dont un policier à la retraite qui, alors qu’il travaillait dans le 93, aurait été (selon l’opposition municipale) membre d’un syndicat de la police affilié de l’extrême droite - a cependant su faire face à la « menace » en développant une politique clientéliste vis-à-vis de certaines populations d’origine immigrée notamment en se vantant d’avoir « offert, contre un euro symbolique, un bâtiment pour la construction d’une mosquée » en 2002 (alors que l’opposition municipale exhibe, elle, une délibération du conseil municipal qui démontre que ce bâtiment a été vendu, en assez mauvais état, pour au moins de 50.000 euros), puis en promettant « la construction d’une seconde mosquée ». Selon ses détracteurs, le maire a ainsi réussi à diviser les communautés immigrées de la ville et à gagner une nouvelle clientèle électorale, alors qu’une partie de son ancienne base sociale menaçait de lui tourner le dos. L’opération semble avoir réussi, Yves Leblanc ayant été réélu au second tour avec 51,44 % des voix.

ISA