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L’ogre Sarko se casse les dents

mer 06/09/2006 - 02:00
defaut
Episode I : les faits (Communiqué de RESF du 5 septembre)

Siaka, petit malien de deux ans, est placé à l’orphelinat par la volonté du ministre de l’Intérieur. Expulsés le 17 août du squat de Cachan, ses parents avaient accepté l’hébergement provisoire à l’hôtel Ibis d’Orly que leur proposait la préfecture du 94. Le 1er septembre, nouvelle évacuation, les ex-squateurs en situation régulière sont envoyés vers d’autres hôtels, plus éloignés encore de leurs lieux de vie et de travail. Les sans papiers sont raflés et placés en garde à vue puis en rétention. Parmi eux, M. et Mme Doumbia, les parents de Siaka. Le centre de rétention du Mesnil-Amelot n’étant pas équipé pour recevoir des enfants, le petit garçon est arraché à ses parents et placé dans un orphelinat dépendant de l’Aide sociale à l’Enfance. Ces faits (...) ne sont ni un accident, ni une bavure : il s’est trouvé un ministre pour les décider, des hauts fonctionnaires pour les organiser, des fonctionnaires pour les exécuter. Quand, probablement indigné par cette situation, un juge a décidé de libérer les parents pour qu’ils retrouvent leur enfant, (...) un procureur est intervenu pour bloquer sa décision et maintenir les Doumbia en rétention et Siaka à l’orphelinat.

Episode II : les mensonges (Communiqué de RESF du 6 septembre)

Selon un communiqué du ministère de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy « a décidé d’accorder un titre de séjour temporaire à un couple de Maliens expulsés du squat de Cachan et placés en centre de rétention sans leur enfant de deux ans ». M. Sarkozy « a été personnellement informé de la situation des époux Doumbia. Ces ressortissants maliens, [...] ont fait l’objet d’un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière le 31 août dernier et ont été placés dans un centre de rétention administrative. Leur enfant, né en 2004 en France, a alors été accueilli par le service de l’aide sociale à l’enfance, à Vitry », selon le texte. Le ministère a néanmoins relevé un « élément nouveau » qui amène M. Sarkozy à accorder, « à titre humanitaire, une autorisation de séjour temporaire à M. et Mme Doumbia ». « L’état de santé de leur enfant est d’une exceptionnelle gravité, comme l’atteste l’hôpital Robert Debré. Cette maladie nécessite des soins dont il n’est pas certain qu’ils puissent être correctement assurés, à court terme, au Mali », selon le communiqué. « Dès lors qu’il n’est pas envisageable de séparer la famille, il est préférable d’autoriser M. et Mme Doumbia à séjourner en France, aux côtés de leur enfant, pendant toute la durée nécessaire aux soins de celui ci », estime le ministère.

Le communiqué de M. Sarkozy est mensonger de bout en bout. Il fait semblant de s’alarmer de la séparation des parents et de l’enfant malade. Or, celle-ci a été décidée en toute connaissance de cause par le préfet du Val de Marne (qui dans cette affaire ne prend pas la moindre initiative sans en référer au ministre). Dans la soirée, le Juge des libertés et de la détention de Meaux demandait la libération de la famille Doumbia pour permettre la réunification de la famille. Le Procureur, représentant de l’Etat, s’y opposait, formulant un appel suspensif qui aboutissait à maintenir les parents en rétention et le petit Siaka à l’orphelinat. La cour d’appel de Paris, pourtant une nouvelle fois informée de l’état de santé et des risques encourus par l’enfant par un courrier du docteur Denkerous de l’hôpital Robert Debré entérinait le maintien en rétention des parents et le placement de l’enfant. Ainsi, ce sont l’ensemble des rouages de l’état, le Ministre qui l’a décidée, le préfet qui l’a organisée, la justice (à l’exception du JLD de Meaux) qui l’a entérinée qui ont trempé dans la persécution de Siaka et de ses parents. En réalité, l’opération devait servir d’avertissement aux familles sans papiers qui seraient tentées de cacher leur enfants : le ministre de la chasse à l’enfant entendait montrer qu’il ne se laisserait arrêter par rien. La préoccupation humanitaire ne lui est venue que lorsque l’affaire s’est ébruitée, que des journalistes ont demandé des explications, que des citoyens alertés ont envoyé des mails, expédié des fax, passé des coups de téléphone, que des personnalités connues ont dit leur dégoût dans les médias. Alors, mais alors seulement, « l’indulgence » est venue à l’ogre des Carpates : il a décidé de restituer l’enfant à ses parents qui seront régularisés.

Happy end ? Peut-être, pour un cas. Mais il en reste des centaines à Cachan et des dizaines de milliers dans le pays.