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Béziers confiné, Ménard démasqué

mar 26/05/2020 - 17:15
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15 mars. (supplément au résultat des élections municipales. Afin de compléter les résultats électoraux des municipales, il faut souligner que là, où Robert Ménard, s’était déplacé en dehors du département, pour soutenir ses « amis de « l’Union des droites » cela ne leur a pas vraiment porté chance. Ainsi, à Grasse (06) Patrick Isnard n'arrive qu'en quatrième position, avec 8,12%, alors que le maire sortant (LR) est réélu dès le premier tour et à Carpentras, le Général de la Chesnaie n'arrive qu'à la deuxième place, avec 30,89%, derrière le maire (DvG) qui obtient près de 36%. Il réalise un moindre score que le candidat RN en 2014, proche de Marion Maréchal Le Pen, qui avait manqué la victoire de 300 voix seulement. 

16 mars. Au lendemain de la victoire de Robert Ménard aux élections municipales, nous avons appris que des radiations en nombre de la liste électorale avait été effectuées par la mairie de Béziers, notamment sur le quartier populaire de la Devèze. Ainsi le journal La Pieuvre du maquis explique ce qui s’est passé : dans un premier temps, le service des élections de la mairie a établi un relevé des documents électoraux comme les bulletins de vote ou la carte d’électeur, n’étant pas parvenus à leur destinataire. Un courrier recommandé a alors été envoyé à chaque personne de cette liste… Evidemment, si par malheur l’électeur n’a pas répondu au service de la mairie ou avait déménagé, il était radié. Sauf que souvent l’électeur ignorait tout de cette procédure. En effet, «dans le quartier de la Dévèze, plusieurs électeurs contraints de déménager de leur appartement HLM, destiné à la démolition, et relogés à proximité, n’ont pas forcément indiqué, en toute bonne foi, leur changement d’adresse. C’est ainsi que Béziers a gagné en nombre d’habitants, mais a perdu près de 3000 électeurs».

17 mars. ITW de Ménard dans le Midi Libre. Après avoir goûter sa victoire, il dit de ses opposants « ils sont utiles quand ils jouent un minimum de jeu ». Mais ajoute-t’il rapidement « J’ai eu pendant six ans, une partie de l’opposition qui était stérile et qui mentait. Quand je vois, là encore des réactions disant que Béziers s’est donné à l’extrême droite… Mais quel mépris pour cette ville. ». Sur son principal opposant de droite, Pascal Resplandy, il affirme « ce garçon est quelqu’un qui se nourrit des malheurs de notre ville. Qui, sur certains nombres de points, ment. L’autre peut dire des monstruosités pour flatter son électorat mais la ville et les Biterrois méritent mieux que ça… Et les scores, au final, sont sans appel » Pour finir, il aborde la question de la sécurité en parlant du confinement « Je ne voudrais pas que des gens profitent du fait que tous les commerces soient vides pour se servir » (étrange idée de se servir dans des magasins vides ?) et ajoute sans sourciller «  J’ai passé ma vie sur les zones de guerre (?? Sic ?). Qu’est-ce qui accompagne la mort des gens ? Les pillages. On n’en est pas là mais je fais attention à ce que demain, un certain nombre de choses ne soient pas dégradées parce que les gens n’auront rien d’autre à faire que ça » Ce qui souligne une véritable confiance dans ses administrés… Si Robert Ménard avec été américain, il aurait, c’est sûr, déjà acheté plusieurs armes…

20 mars. Battu au premier tour des élections municipales à Sauvian (une petite ville non loin de Béziers) avec seulement 18,33 % des voix, Jacques Nain, suppléant de la députée Emmanuelle Ménard à l’Assemblée Nationale, a annoncé qu'il démissionnait de son mandat d’élu et qu'il ne siégerait donc pas dans l'opposition au sein du nouveau conseil municipal. "Cela n'a pas de sens de rester alors que je ne me représenterai pas dans 6 ans", insiste-t-il.  A travers cette démission, on sent « l’engagement très fort » pour la gestion de sa ville chez cet ancien commandant de police.
 
23 mars.
Evidemment, comme les maires de Montpellier et de Nice, Robert Ménard n’a pas attendu longtemps pour instaurer un couvre-feu dès la tombée de la nuit. Bien entendu, cette décision est accompagnée d’une amende de 68 euros pour tout contrevenant alors que les rues de la ville sont quasiment désertes surtout la nuit. Cette idée de recourir à la répression s’accompagne dans la fachosphère d’une campagne raciste dans les réseaux sociaux. Ainsi l’identitaire, Damien Rieu (de son vrai nom : Lefèvre), assistant parlementaire du député européen Philippe Olivier (RN), beau-frère de Marine Le Pen, a posté une photo de jeunes assis sur un banc à discuter en attendant le bus, casquettes, capuches, l’un portant un masque de protection. Commentaire de Rieu : «Le confinement des dealers, c’est pas gagné». La photo est partagée des centaines de fois. Même chose avec une vidéo de nuit, où l’on voit un groupe d’hommes à la peau noire devant un restaurant McDo. Certains sont allongés par terre. On est à Lyon. Damien Lefèvre-Rieu interpelle la police nationale, via le réseau social : «Il y a des troupeaux de dealers à dégager place Gabriel-Péri, à l’instant !». Et puis,  en allant dans le sens des Ménard(s), il publie une photo de blindés d'infanterie remorqués sur l'autoroute et Damien Rieu se prend à rêver «si l’armée confine aussi les banlieues, ça serait bien d’en profiter pour rétablir l’ordre définitivement». Ses copains de Génération identitaire ne sont pas une reste car le groupe diffuse une vidéo : «Qui est encore dehors quand toute la France est confinée ? Les Algériens, les Marocains, les Tunisiens, les Maliens…» Même chose avec Jordan Bardella (RN), qui  a partagé sur Twitter un article de Valeurs actuelles titré «Barbès, Château-Rouge, La Chapelle : ces quartiers où l’on se fiche des règles de confinement» avec cette idée que  «les Français n’accepteraient pas qu’il puisse y avoir un confinement à géométrie variable. L’Etat doit mettre les moyens de faire appliquer partout les mêmes consignes !».  Ces vagues de messages ouvertement racistes ne sont pas neuves, mais elles ont redoublé d’intensité avec le coronavirus. Le but, c’est de «mettre en avant le caractère ethnique de certaines personnes qui ne respectent pas les consignes».  Les nombreux promeneurs, au début du confinement, dans les centre-villes ou autour des parcs, jardins et plages, n’ont pas eu autant d’attention par l’extrême droite ! Cherchez l’erreur ?…

24 mars. Et maintenant, il y a en plus, une campagne nauséabonde et antisémite se développe sur les réseaux sociaux contre Agnès Buzyn et son mari Yves Lévy à travers la défense du professeur Didier Raoult de Marseille. Par exemple, le tweet d'un certain Dutertetet affirme  « Pendant que Buzyn refusait de fermer les frontières, son mari Levy empêchait Didier Raoult de publier ses résultats tandis que Jerôme Salomon liquidait notre stock de masques. Mais bon officiellement l'empoisonnement des puits au moment de la peste, relève du mythe », allusion au mythe des Juifs au Moyen-Age, accusés d’empoisonner les puits. Et d’ajouter sa vision complotiste de l’histoire « Comme par hasard, tous ces acteurs agissent en même temps et sans concertation. ». Finalement à chacun son bouc émissaire. Pour Eric Zemmour et une bonne partie de l’extrême droite, ce sont « en particulier des Africains » qui refuseraient d’obtempérer aux forces de l'ordre, affirmant qu’ils se sentent «protégés par Allah» et que « le Coronavirus est une maladie de Blancs ». Mais pour Dutertetet ce sont surtout les juifs, les responsables. Bref, pour la haine, il n’y a pas de confinement. De leurs côtés, les Ménard(s), Robert et Emmanuelle, ont écrit ensemble au ministre, Olivier Véran, pour lui demander de faire des essais cliniques de l'hydroxychloroquine comme le réclame le professeur Raoult, au centre hospitalier de Béziers (cette pratique d’écrire ensemble va sûrement se développer au cours des 6 prochaines années du mandat municipal).  Cela dit, un des arguments avancés dans leur courrier c’est que « le CHU de Montpellier s’apprête à le faire », alors il faut bien « traiter les patients de façon équitable sur l’ensemble du territoire » (comme si ceux de Montpellier agissaient uniquement pour leur ville ?). Une manière de soutenir le professeur Raoult comme une grande partie de l’extrême droite française d’ailleurs, alors que les essais cliniques  portent également sur d’autres pistes de recherche…

26 mars. Voulant toujours plus de contrôle, Robert Ménard a décidé de renforcer le couvre-feu en l’avançant d’une heure. On sent que c’est bien l’ordre qui anime le maire de la ville et pas vraiment la santé car plusieurs affiches montrent des policiers municipaux avec ce titre « Couvre-feu coronavirus… Chez soi à 21H et pour toute la nuit »  ( cette dernière phrase est écrite en très gros). D’autres panneaux publicitaires ont fait aussi leur apparition alors que les rues de Béziers sont quasiment désertes depuis le 17 mars, de jour comme de nuit. Si certaines affiches se justifient par une campagne de prévention, d’autres tendent vers le soupçon généralisé  par exemple celle qui affirme « Si vous arrivez à lire cette affiche, c’est que vous êtes peut-être en infraction. Restez chez vous »… A Béziers, il y a aussi cette camionnette de la mairie qui tourne régulièrement dans les rues pour rappeler aux Biterrois « attention au Coronavirus » et les inciter à rester chez eux. Autre aspect étonnant mais très révélateur de la propagande municipale, la mairie a fait une pub importante pour un numéro vert gratuit sur le site de la ville afin de «répondre à toutes les questions sur le confinement… 7 jours sur 7 de 8H à 20H ». Belle initiative, sauf qu’il est précisé (et en tout petit) que pour toute toutes interrogations d’ordre sanitaire, il faut appelez la plate-forme gouvernementale et si on a des signes d’infections et bien il faut appelez son médecin ou le 15…. Autre aspect révélateur, la mairie de Béziers indique que le maire de Béziers a demandé d’assurer une permanence sociale au CCAS afin de donner des « chèques d’accompagnement personnalisés » aux personnes dans la rue (comme si, sans le maire, personne ne faisait rien ?). D’ailleurs, il a demandé à la Croix-Rouge et à l’association Maraudes 34 de reprendre leurs maraudes comme si elles avaient cessé leurs activités. Mais ce qui importe pour ce maire, c’est qu’il dirige, qu’il donne des ordres…

30 mars. En revanche et sans grande publicité, l’association Culture solidaires qui avait attiré les foudres de Robert Ménard, en la dénonçant « d’islamiste » limite terroriste, poursuit son travail de distribution de repas aux plus démunis  (depuis 5 ans maintenant)  dans la ville, malgré les règles de confinement. association. L’association a toutes les autorisations préfectorales pour faire cette distribution des repas sauf que les sans domicile qui viennent n’ont pas toujours leur dérogation et ils peuvent prendre des amendes en venant chercher leur repas… Un soir, rapporte le Midi Libre « Deux voitures de la police municipale sont arrivées pour bloquer la voiture des bénévoles en criant « respectez les distances, que ceux qui sont servis partent ». Les bénévoles sont bien entendus intervenus « Mais c’est ce qu’ils font ! » Et un agent municipal a demandé alors à une des organisatrice, Linda Mendy « Ce n’est pas vous qui avez téléphoné ? » Ambiance !!

2 avril. Dans ce climat, les « bavures » n’ont pas trainé comme en témoigne La Pieuvre du maquis. Ce jour-là, le photographe Daniel Mielniczek est témoin d’une interpellation plutôt musclée de la police municipale, place du Marché au bois. La victime est une femme, qui, selon les dires du photographe, « avait un coup dans le nez » et « les policiers municipaux semblaient attendre leurs homologues de la Nationale pour qu'ils l'embarquent, raconte-t-il. Puis, elle a voulu enlever le masque de l'un d'entre eux… » Et c’est là « Sans sommation aucune, celui-ci lui donne un coup dans le nez assez violent. On voit la dame accuser le coup. Les badauds qui sont sur la place du Marché au bois semblent tout comme moi, surpris et pétrifiés par la situation, choqués par cette violence. » Mais ce n'est pas fini, la victime ayant un peu repris ses esprits se lève et tente à nouveau de tirer le masque du policier. « Et là, un deuxième marron, beaucoup plus lourd que le premier part au point que la dame recule… ». La victime, « à la limite du knock-out », est menottée. Au balcon d'un immeuble voisin, une dame crie pour demander aux forces de l'ordre de cesser cette violence. Le photographe immortalise la scène  au moment où la police nationale arrive mais « les policiers municipaux sont venus faire écran devant moi afin que je ne puisse pas continuer à photographier et m’empêcher de suivre la scène. » Commentaire du photographe « tout le monde est un peu agacé par le côté "shérif" des policiers. En plus, on a réellement l'impression que leurs collègues de la Nationale les laissent faire, car ils les déchargent du "sale boulot" ». 

7 avril. Toujours préoccupé par la sécurité », et après le couvre feu à 21H, Robert Ménard enlève les bancs des places de la ville. Pour lui, comme les gens « ont tendance à se relâcher, il s’agit de les inciter à respecter le confinement » (sympa pour les personnes âgées et ceux qui vivent à plusieurs dans des petits appartements… ) et il l’ affirme « La place de chacun est à la maison." Pourtant dans les autres villes du département, on voit que les gens ont investi les bancs en se tenant à distance parfois avec un masque. Mais pas à Béziers… Pour le maire, dont l’ordre doit primer sur le reste, « le nombre de verbalisation est trop important » et il avance le chiffre de « 1500 PV pour 11000 contrôles » ce qui fait 7%… Pas énorme, et encore, on a vu que certains policiers interprétaient le délit à leur manière en verbalisant un couple allant faire leurs courses ensemble ou en se promenant avec leur chien… Dans ce chiffre, il y a aussi des SDF, des étrangers, des gens qui n’ont pas d’imprimantes, voir des drogués en manque… Et sur une ville de 78000 habitants, trois personnes seulement se sont retrouvées en garde à vue pour avoir reçu quatre amendes consécutives. (3 personnes sur 78000 ??) on est loin des menaces de guerre civile et de scènes de pillage que le maire nous avait annoncé…

8 avril. (Article sur le site VISA) Et puis c’est le drame. Il est plus de 22H, ce mercredi soir, lorsque des policiers municipaux de Béziers arrêtent un homme dans le cadre du couvre-feu imposé à 21h00 par arrêté municipal. Les témoins du drame l’affirment, l’homme résiste et l’interpellation par les policiers municipaux est très violente avant qu’ils réussissent à lui passer les menottes et le faire entrer à l’arrière de leur véhicule en le maintenant sur le ventre… D’après les policiers, l’homme interpellé (titulaire de l'allocation d'adulte handicapé), Mohamed Gabsi, 33 ans et père de 3 enfants, se serait « calmé » pendant le trajet ; cependant, il est arrivé au commissariat inconscient et est décédé un peu plus tard.  Un témoin de la scène alerté par les cris de la victime au moment où les agents municipaux le plaquaient au sol dans la rue, indique L'homme hurlait : "Vous allez me tuer pour deux grammes de coke, vous allez me tuer.." » Un autre témoin confie :« A l'intérieur du véhicule, il y avait au moins deux personnes sur la victime, une sur le torse, une sur les jambes…». D’autres l’ont vu « vomir à l’arrière du véhicule, il ne bougeait plus.. » Une chose est sûre, les policiers municipaux de Béziers sont connus dans la ville pour jouer les « cow-boys » car ils ont le soutien indéfectible du très « sécuritaire » maire Robert Ménard. On se rappelle tous du contenu des affiches qu’il avait placardé, représentant un pistolet avec ce slogan : « Désormais, la police municipale a un nouvel ami. Armée 24h sur 24, 7 jours sur 7 » ou encore de la propagande de son journal montrant un jeune avec une capuche, accompagné de ce titre « Mauvais nouvelle pour les racailles, Nous allons doubler les caméras de vidéo-surveillance". Même très récemment, dans le cadre de la lutte contre la pandémie, il avait alerté sur d’éventuels « pillages » et sur le danger « que des gens profitent du fait que tous les commerces soient vides pour se servir… ».  Depuis 2014, Béziers vit dans un climat de plus en plus malsain !  Aujourd’hui, les trois policiers impliqués dans le décès de Mohamed Gabsi, vont être de nouveau entendus par le service régional de police judiciaire (SRPJ) de Montpellier dans le cadre de l’enquête ouverte par le parquet pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans l'intention de la donner et non-assistance à personne en danger" ». En attendant, la ville de Béziers accorde la protection fonctionnelle aux agents concernés et mandate un avocat pour les défendre… Bien sûr, pour Emile Fort (responsable du RN à Béziers et élu sur la liste de Robert Ménard) l’homme était «un drogué, camé, shooté, une épave ». Même son de cloche pour le Syndicat des policiers municipaux (SDPM), qui dans un communiqué apporte son soutien aux trois policiers (sans le moindre mot ou la moindre condoléance envers la victime) et insiste sur le fait que « Mohamed Gabsi a déjà été interpellé à de multiples reprises par les forces de police et notamment pour ses excès de violence ». En revanche, la sœur du défunt s'est constituée partie civile sur cette affaire. Pour elle, son « petit frère était quelqu’un de vulnérable et reconnu comme handicapé… Il souffrait de schizophrénie depuis l’âge de 14 ans. » Et elle assure qu’elle se battra « jusqu’au bout pour lui, pour ses enfants afin de connaître la cause exacte de sa mort ». Pour terminer, il faut dire que ce n'est pas la première fois que la police municipale de Béziers est pointée du doigt. Déjà en septembre 2016, un homme de 46 ans est mort dans des conditions semblables à la suite d’un contrôle de la Bac et de la police municipale. En effet, l’homme avait subi, comme Adama Traoré (à Persan dans le Val d’Oise), un plaquage ventral, alors qu’il était déjà menotté, et il est mort, lui aussi, étouffé, sur le trottoir. Pour rappel, en 2018, les Biterrois ont déposé 6,5 fois plus de plaintes contre la police municipale que pour l’ensemble les Français contre la police nationale. 

17 avril. Depuis le début du confinement, on sent bien que le maire de Béziers a dû mal à exister nationalement dans les médias. Faut dire qu’il s’est fait devancer par son homologue niçois, Christian Estrosi qui a été le premier à imposer  un couvre-feu. Mais aussi par le maire de Montpellier ou même encore celui de Sète qui voulait lui, bloquer la ville à toute personne extérieure… Alors, il s’est rabattu sur la ville, en sortant depuis le 6 avril un journal en ligne de 4 pages « Le journal du confinement ». On aurait pu croire que ce journal serait seulement un journal d’information pratique mais c’est méconnaitre le maire de Béziers. En effet, dans ce journal en ligne, on a plus de nouvelles du nombre de contrôles et de PV dressés par la police municipale que de l'évolution de la maladie. Ainsi, chaque jour, juste à côté du nombre de patients hospitalisés par le virus et ceux qui ont été placés en réanimation, on peut lire le nombre de contrôles et de PV dressés chaque jour. Ambiance…Peu importe les situations sociales ou sanitaires, ce qui compte, c’est le nombre.  Et pour bien le montrer, Ménard a établit un « tableau de bord » sécuritaire, accompagné de photos de contrôle de police. Quelques exemples : Journée du 6 avril : Santé : 42 personnes hospitalisées,Autre 12 en réanimation. Sécurité : 948 contrôles, 146 PV.  Journée du 10 avril : Santé : 35 personnes hospitalisées dont 8 en réanimation Sécurité : 1180 personnes contrôlées par la police dont 113 PV et 2 gardes à vue.  Et le 14 avril, le journal de Ménard exulte « Non respect du confinement : les sanctions tombent » Et de donner des exemples individuels de récidivistes comme « Un homme de 42 ans verbalisé à 5 reprises a été placé en détention provisoire en attendant son procès. Un jeune homme de 18 ans, verbalisé à 6 reprises, a été condamné à 105 heures de travail d’intérêt général. Un autre à 6 reprises, condamné à 140 heures de travail d’intérêt général. Un homme de 79 ans, de nationalité croate, verbalisé à 19 reprises, a été convoqué pour être jugé par le tribunal correctionnel de Béziers. Etc. Etc… Sauf que dans tous ces chiffres, il y a, par exemple, celui de «l’homme de 79 ans, de nationalité croate, verbalisé à 19 reprises » que connait bien la Cimade car selon son responsable « il a été placé sous curatelle et vit dans des conditions précaires. Il n’est pas en mesure de comprendre le sens du confinement ni des contraventions».  Autre aspect très important dans ce journal, l’omniprésente du maire et de sa femme. Alors, qu’il demande surtout aux habitants de rester chez eux, on le voit partout dans son journal. Tout y passe : Ménard félicite les agents municipaux, Ménard est aux Halles avec les commerçants, Ménard est à la prison, Ménard est avec les policiers municipaux, Ménard avec la députée de Béziers sont allés voir les équipes de nettoiement de la Ville, au Lidl, au McDo… Le tout accompagné de photos. Ainsi, le 4 mai, il y a pas moins de 5 photos de Robert Ménard dans ce journal qui n’a que 4 pages seulement. Bref, Ménard est partout pour dire j’assure, je contrôle… Ce qui est toujours « drôle » avec lui,  c’est qu’en plus, il s’auto-interview dans son propre journal, du genre : Robert Ménard, qu’avez-vous pensé de l’intervention du Premier ministre et du ministre de la Santé ?  Pour parachever ce véritable culte de la personnalité, il faut dire que selon ce journal, toutes les réunions sont à son initiative  « Autour du maire de Béziers et de la députée, s’est tenue à l’hôtel de ville entre des élus et responsables de l’Agglo, de la Chambre de commerce et d’industrie …  ». Ou encore «A l’initiative du maire de Béziers et en lien avec l’Agglo, la Ville de Béziers travaille à la mise en place d’une cellule de soutien… » Mais ce journal en ligne ne s’arrête pas à l’auto-promotion du maire, il est aussi idéologique. Ainsi, il fait de la publicité pour une nouvelle radio à Béziers en ces termes « c’est la radio dont vous rêviez tous ! 100 % chanson française, avec des infos régulières sur notre ville ». On y retrouve aussi, « ses amis » comme Alain de Benoit (le chantre de la nouvelle droite extrême) avec des citations du style « Les bobos des grandes métropoles s’enfuient comme des lemmings pour se mettre à l’abri dans cette France périphérique qu’ils méprisent tant par ailleurs » Ou encore celle du commandant putschiste en Algérie, Hélie Denoix de Saint-Marc sur la notion de courage « Celui dont on ne parle pas et qui consiste à être fidèle à ses rêves de jeunesse.» Au moins cela a le mérite d’être clair sur ses engagements contre la République… D’ailleurs, ce commandant qui passa plusieurs années en prison, sera cité une deuxième fois. Pour le 1er mai il y aura bien une photo du traditionnel muguet mais sans les références historiques de cette journée internationale des travailleurs, juste un rappel sur la mort du brésilien Ayrton Senna pilote de formule 1, en 1994. Chacun ses références… Au niveau culture, c’est encore plus affligent. Non seulement, il y a beaucoup de pub pour voir des films sur Amazon prime vidéo, accompagné d’une citation de Bill Gates « La patience est un élément clé de la réussite. », c’est surtout au niveau du « grand roman populaire » (sic !) que cela se révèle. En effet, en regardant de plus près, le lecteur a droit à une page par jour de ce roman de circonstance appelé « La confinée » qui véhicule quelques idées d’un certain maire : « La jeune femme qui, physiquement, rappelait l’actrice Françoise Dorléac, distinguée, très française, invita tout le groupe de sa main gracieuse… Niko n’avait d’yeux que pour les formes tellement féminines de sa DS... Cette voiture, c’était la France en quelque sorte, la France heureuse des années soixante et soixante-dix, qu’on imaginait heureuse, la France des lundis au soleil » Un autre jour, on a droit a « L’ambiance était toute particulière dans la Saragosse pascale… Une immense procession religieuse émerveillait la foule rassemblée…Des hommes en grandes cagoules pointues portaient une statue de la Vierge dorée à l’infini. Des cantiques hors d’âge résonnaient sur les façades des immeubles baroques. Le flux humain se dirigeait vers la basilique. Thierry avait les larmes aux yeux… Paolo lui aussi profitait du moment, son esprit divaguant des jolies filles à l’impressionnant roulement des tambours ». Ou encore : « La Basilique était plongée dans le noir…Puis soudain, à trente mètres environ sur la gauche, ce fut la belle plus chose qu’ils n’avaient jamais vue : une mer de petites lumières qui ondulaient avec la lenteur d’une prière… C’était la messe de Pâques, une messe où enfants, parents et vieillards tenaient un cierge à bout de bras. Paolo, qui ne croyait plus en rien, restait pétrifié devant ce spectacle. Thierry pleurait en silence, à chaudes larmes. Damien pensait aux siens ». 

23 avril. De nombreux maires ont entrepris de fournir des masques "grand public" aux habitants de leur commune sans attendre ceux du gouvernement qui semblent d’ailleurs ne jamais vouloir arriver. À Troyes par exemple, la ville de François Baroin (LR), président de l'association des maires de France, et dans les 80 communes de son Agglo, cela se passe depuis le 21 avril. Mais pour Robert Ménard, il faut qu’il soit toujours le premier. Après « Béziers Capitale mondiale du vin », « Béziers, plus vielle ville de France », voici la dernière : « Béziers, 1ère ville de France a avoir distribué des masques à toute sa population »… Sauf que les annonces sur la fabrication de ces masques, ont été plusieurs fois, contradictoires. Ainsi, le journal en ligne de Ménard du 21 avril, parle de la fabrication de « 100 000 masques fabriqué en Chine via le Rotary club biterrois qui possède des contacts sur place à Shangaï et cette commande s’ajoute à 50 000 masques déjà reçus également via le Rotary ». Et puis, on a appris ensuite que, par l’intermédiaire d’un commerçant de la ville, la ville avait commandé 160 000 masques en Espagne pour les distribuer aux Biterrois. Toutefois, le personnel municipal et quelques élus ont mis sous enveloppe deux masques par habitant et des volontaires ont commencé la distribution dans la ville qui s’étalera sur plusieurs jours. D’après certaines informations, les listes des habitants sont les mêmes que celles du journal municipal mais d’autres disent que c’est le fichier des contribuables assujettis à la taxe d'habitation qui aurait été retenue (autant dire que les habitants sont bien répertoriés soit 38000 noms).  Sauf, et c’est là, le petit bémol, ces masques sont dépourvus de la norme "AFNOR" ou l'agrément "DGA ». Ils sont donc réutilisables, après lavage (5 fois à 60° ou 15 fois à 30°) mais il ne faut surtout pas les repasser.  Pour rappel, l’ensemble du milieu médical, nous dit que ce type de masque ne protège pas du virus mais permettent seulement de limiter son développement. 

26 avril. Et puis, voilà que dans son système de « com’ municipale », la belle mécanique « Robert Ménard » s’est coincée. En effet, Yvan Viallettes, responsable CGT de la mairie, répondant à l’appel du bénévolat pour la distribution des masques dès le 24 avril, se retrouve le dimanche 26 avril, vers midi dans la salle de préparation des enveloppes où il croise le regard du maire. Ce dernier va directement trouver la directrice du cabinet de la ville, pressentie comme future DGS qui s'empresse à son tour de demander au responsable de l'opération « masques », de « virer » ce responsable de la CGT sur le champs et sans aucune raison officielle… Même pas  le courage d’aller le dire eux-mêmes ? De retour chez lui, Yvan Vialettes écrit une lettre au maire (et un communiqué de la CGT sort le même jour) où il explique qu’il pensait « que l'heure était à la concorde nationale, et ce, quelles que soient les orientations de chacun. Malheureusement, je ne peux que constater que votre ostracisme prend le dessus, sur toute autre considération. Cette décision de m'écarter de cette opération de solidarité ne vous grandit pas… »  et d’ajouter «Je ne pensais pas que la discrimination syndicale que je subis de votre part pourrait trouver un tel prolongement. Un tel mépris, une telle volonté de m'isoler de mes collègues de travail, la constance que vous avez à ne pas répondre aux différents courriers que je vous adresse sont de véritables actes de harcèlement moral ». Evidemment, gênée aux entournures, la Ville s’est fendue d’un communiqué pour justifier sa décision en s'expliquant que : «  le nombre de volontaires a été multiplié par deux… Et devant un tel afflux de bonne volonté, les organisateurs de la distribution ont donc été contraints de refuser tout un tas de volontaires. » Mensonge évident car une demande pour trouver de nouveaux volontaires avait été envoyé la veille à différents organismes sportifs. Cet acte de discrimination manifeste a suscité quelques réactions pour le moins « surprenantes » dans le courrier des lecteurs du Midi Libre : « Effectivement, ce délégué CGT fait la gue-guerre au maire depuis des années. Imaginer qu'il se soit inséré dans cette opération pour nuire de l'intérieur ne demande pas beaucoup d'effort » ... « Manifestement ce délégué CGT était volontaire pour noyauter la bonne volonté municipale, sans doute pour mieux cracher son venin dans la soupe d'ici quelques jours »… « Faire de l'anti-Menard pour un CGT, c'est l'assurance d'avoir de la promo au sein du syndicat »… « Un délégué CGT faut pas le faire travailler trop longtemps sinon il s’essouffle et appelle à la grève »… « Il faut qu'ils s'incrustent de partout pour prouver qu'ils existent avec les gréves a répétitions !!! Direct au goulag chez Poutine »… « La France est sous la menace permanente de trois fléaux: coronavirus, Daech. et la CGT ! A quand le courage pour les éradiquer ! »

2 mai. A Site, une cérémonie funéraire religieuse et musulmane s’est déroulée dans le stade de la placette en hommage à Ayoub, 25 ans, tué de deux balles par deux jeunes hommes dans le quartier populaire de l’Ile de Thau. Bien entendu compte tenu de ce fait divers dramatique, la police étaient présente lors de la cérémonie. Mais pour le site d’extrême droite Lengadoc « la police de Sète protège une cérémonie musulmane » et en plus « il y avait entre 50 et 100 véhicules présents ». D’ailleurs, le Rassemblement National de la ville n’a pas hésité à dénoncer cette cérémonie « en plein confinement accueillant plusieurs dizaines, voir centaines de personnes » et d’ajouter, histoire d’enfoncer le clous, « des dizaines de Sétois sont morts sans que leurs proches puissent les accompagner ». Toujours aussi ignoble le RN. Cela dit, les extrémistes catholiques du Salon Beige, sont allés encore un peu plus loin en titrant « Obsèques d’un dealer musulman avec de nombreux fidèles, protégées par la police ». Comme s’il y avait un rapport entre le deal et la religion ? En revanche, pour la police nationale qui a sécurisé les lieux et le Midi Libre, « ces obsèques hors normes, se sont déroulées dans le calme malgré le climat tendu qui entoure la mort du jeune homme ».  Et que « les 70 à 80 personnes venues, n’étaient pas présentes en même temps. Même au cimetière, la police a filtré et interdit les entrées au-delà d’une trentaine de personnes ». 

4 mai. Et voilà que les migrants font encore peur… Dans la petite commune de St Bauzille-de-Putois (au Nord de Montpellier), Michel Issert, le maire sortant vient de démissionner pour protester contre l’implantation d’un centre de 20 à 30 mineurs non accompagnés (jeunes migrants) du droit d’asile). Déjà, ce maire avait fait parlé de lui, en refusant un centre d’accueil de demandeurs d’asile (CADA) durant l’été 2016.  Après plusieurs tractations, le centre pour adultes avait été transformé en CAO (centre d’accueil et d’orientation) temporaire de 35 places et la structure avait bien fonctionné et sans heurts grâce, notamment, au dévouement de bénévoles. Malgré cela, pour ce maire xénophobe « la coupe est pleine » Pour l’instant, le préfet du département lui a refusé sa démission au regard de la crise sanitaire. Donc, histoire à suivre… Mais une ville de 2000 habitants qui a peur d’une vingtaine de jeunes de moins de 18 ans qui ont traversé des situations terribles, pose un véritable problème quant aux valeurs de notre République…

7 mai. Pas de rejet des étrangers pour une fois à Béziers.… Après la Chine, l’Espagne, on apprend que 80 000 masques (dont 10 000 destinés aux enfants) ont été fabriqués en Bulgarie ou en Espagne… Le maire pourrait ajouter « ils arrivent » !! (En référence à l’affiche discriminatoire qu’il avait placardé dans la ville en 2016 pour montrer du doigt les 40 migrants fuyant les guerres, qui se sont installés dans la ville.). Cela dit, Robert Ménard veut toujours tout contrôler dans « sa ville ». Il a dit qu’une fois, tous les masques distribués, les Biterrois devront le porter à chaque sortie. D’autre part, il a demandé au préfet de l’Hérault le maintien du couvre-feu, après le déconfinement, en l’allégeant d’une heure seulement (22H au lieu de 21H) Cela dit, les belles initiatives de la mairie ont visiblement quelques problèmes dans la distribution de ces masques car d’après le journal local, il y a environ 1700 familles qui n’auraient pas reçu leurs masques. En attendant donc, la nouvelle distribution, une autre polémique a éclaté entre le maire qui voulait un dépistage des quelques 800 enseignants et personnels des écoles et crèches avant leur réouverture et l’ARS (l’Agence régionale de santé) qui ne trouve pas cela opportun. Pour le Maire, cette décision est scandaleuse  « Je crois plutôt qu'on s'entête à trouver des excuses pseudo-scientifiques pour cacher notre incapacité à fournir des tests pour dépister la population. Du coup, quand une municipalité trouve les moyens de se débrouiller toute seule, ça ne plaît pas et on l'en empêche ! ». De son côté, l'ARS nie toute polémique. "On ne refuse rien", mais « ces tests ne protègent personne de l'infection… Ce n’est pas comme un vaccin. Ces tests sont des mesures de soin décidées, non pas par une administration, mais par un professionnel de santé ». En effet, un test ne vaut que pour le moment présent mais la personne testée peut-être porteuse du virus, deux jours après. Pendant ce temps, « le journal de confinement » de Béziers annonce à « son tableau de bord » : Sécurité 1403 personnes contrôlées dont 115 PV. Alors qu’il n’y a que 3 personnes hospitalisées à l’hôpital en liaison avec le Covid-19.

8 mai. Nouveau coup de pub du maire de Béziers qui annonce fièrement que grâce « à la formidable mobilisation et à l'efficacité de l'ensemble du personnel municipal (Sic, Yvan Vialettes appréciera) » et « du nombre de masques importants que Béziers a fabriqué » la ville va permettre, le 16 et 17 mai prochain, de donner des masques à tous les habitants des 30 villes qui se trouvent autour de Béziers. Cette initiative fait bondir les maires des communes avoisinantes. En effet, en quelques heures, Frédéric Lacas, président de l’Agglo de Béziers et Alain Caralp, celui de la Domitienne ont réagi vivement "Cela pose le problème, d’une part, de transport pour certains habitants, d’autre part, l’impossibilité de s’y rendre pour d’autres empêchés pour des raisons de santé, d’âge, de handicap, de garde d’enfants, de disponibilité…", écrivent-ils. Et d’autres élus, qui préfèrent garder l’anonymat par peur de représailles après l’élection plus que probable de Robert Ménard à la présidence de l’Agglo, se disent que « l’élu avait forcément prévu son coup bien à l’avance, et que cette annonce publique au dernier moment ne peut être autre chose qu’un calcul »… Et puis,  disent-ils « cela aurait peut-être permis d’éviter de dépenser de l’argent public avec l’opération du Département ». Bref, si, les gens pensent encore que Robert Ménard n’a que pour ambition de gérer une seule ville, ils se trompent.

Par VISA 34