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Policiers d’extrême-droite à Amiens : il y a des précédents

mer 13/02/2008 - 00:00
defaut
Non, le "nouvel antisémitisme" n’a pas totalement remplacé l’ancien, celui de l’extrême-droite. Celui-ci existe bel et bien, y compris dans la police. Les trois policiers en poste à Amiens, mis en examen pour avoir, dans la nuit du 1er au 2 février, alors qu’ils se trouvaient après leur service dans un bar de la ville, tenu des propos antisémites, en sont la preuve (voir rubrique "Brèves"). Et leur dérapage pose la question de savoir pourquoi un d’entre eux au moins, connu pour son engagement public au Front national, n’a visiblement jamais attiré l’attention de sa hiérarchie, après avoir été muté, de Paris vers la Somme.

Un ex-candidat du Front national

 

Le brigadier-chef Christophe Lengelé, 39 ans, était en effet, en 2002, candidat suppléant aux législatives sous l’étiquette du Front national dans sixième circonscription de la Somme. Sa sœur portait les couleurs du parti dans le Rhône. Son épouse est actuellement conseillère régionale FN de Picardie. Il serait également membre de la FPIP (Fédération professionnelle indépendante de la police), un petit syndicat très marqué à droite de la droite. Et son militantisme était déjà connu à Paris, quand il y était en poste. A Amiens même, il ne faisait pas mystère de ses idées, puisqu’il était encore candidat aux élections au comité central du FN, en novembre 2007. Ce qui relativise la portée de la réaction de Michel Guiniot, le président du groupe FN au conseil régional de Picardie, qui s’était déclaré "abasourdi" par l’affaire et avait rappelé sa réputation "d’avoir systématiquement fait le ménage dans ma fédération (...)", ajoutant : "chaque fois que je détecte un skinhead, il est écarté". Or, parmi les propos qui sont reprochés au trio, figure une référence explicite au "white power", idéologie raciste primaire prônant la suprématie de la race blanche, et particulièrement propagée par les milieux skinhead.

 

Les exceptions d’une la police majoritairement républicaine

 

Très majoritairement républicaine, la police nationale n’en est pourtant pas à la première affaire mettant en cause des militants de la droite la plus extrême. La dernière "grosse affaire" remonte cependant à la fin des années 80, lorsque des militants néo-nazis du Parti Nationaliste Français et Européen (PNFE) participent, en 1988, à une série d’attentats contre des foyers Sonacotra dans le sud de la France. Atypiques dans leur origine, ces actions n’en sont pas moins meurtrières : commises à Cannes en mai 1988 et à Cagnes-sur-Mer en décembre de la même année contre des foyers de la Côte d’Azur, elles ont fait un mort et des blessés. Se croyant malins, et voulant envenimer les relations entre juifs et musulmans, ils avaient revendiqué l’action au nom d’une organisation juive. Très vite pourtant, l’enquête s’était orientée vers le PNFE, dont l’encadrement s’avéra être largement composé de policiers. Furent ainsi appréhendés quatre policiers, membres de la FPIP, dont le procès eut lieu en 1991et qui furent révoqués de la police. Par Jean-Yves Camus (Chercheur en science politique) Rue89 12/02/2008