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Nouvelle tentative de regroupement européen de l’extrême droite : Les raisons d’un échec probable

ven 07/03/2008 - 01:00
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Que faire au niveau européen ? Cette question se pose régulièrement aux partis d'extrême droite. S'ils sont ou ont été particulièrement forts dans certains pays et/ou certaines régions du continent (en Italie du Nord, dans la partie flamande de la Belgique, en Autriche avant 2005, en France jusqu'en 2007), les formations racistes ou issues d'une tradition fasciste ont souvent eu du mal à conjuguer leurs forces en s'alliant entre elles. Si le niveau politique de l'Union européenne est devenu celui où se prennent de nombreuses décisions à l'heure actuelle, l'extrême droite a fréquemment rencontré des problèmes à s'organiser à cette échelle. Ses tentatives d'investir ce terrain-là ont souvent été infructueuses non seulement à cause de son refus de principe à l'organisation supra-nationale des pouvoirs publics mais encore en raison de deux facteurs structurels.

D'abord, chacun des chefs des partis les plus importants s'est rêvé en leader incontesté à l'échelle européenne, si bien que la lutte, de pouvoir entre Jean-Marie Le Pen et Jörg Haider notamment, a paralysé les tentatives de regroupement au niveau européen pendant les années 90. Plus tard, dans les années 2000, Jörg Haider (aujourd'hui marginalisé sur la scène autrichien, après avoir été leader d'un des partis les plus importants) a noué des contacts avec le MNR de Bruno Mégret. Ce qui montre, si besoin était, que ses prises de distance avec Jean-Marie Le Pen - qu'il qualifiait publiquement de « raciste » - relevaient davantage de la bataille pour le leadership que de réelles divergences de fond ou de stratégie.

Second facteur important, les « intérêts nationaux » particuliers opposaient parfois différents partis d'extrême droite. Ainsi la querelle autour du « Tyrol du Sud », (partie germanophone de l'ancien Empire autrichien rattachée en 1919 à l'Italie et revendiquée par les pangermanistes), a tôt fait exploser le groupe formé par l'extrême droite au Parlement européen en 1989. Députés d'extrême droite (ouest-)allemands des « Republikaner » et italiens du parti néofascistes MSI - deux formations qui ont aujourd'hui connues des profondes transformations pour l'une, une crise fatale pour l'autre - se livrèrent rapidement une bataille ardue autour de la question. Le groupe parlementaire n'y survit, à l'époque, que quelques mois. Plus tard, le groupe au Parlement européen formé en janvier 2007, baptisé « ITS » (« Identité - Tradition - Souveraineté ») et présidé par Bruno Gollnisch du FN, a explosé à son tour dès le mois de novembre 2007. A l'origine de sa disparition, la querelle entre députés d'extrême droite italiens autour d'Alessandra Mussolini d'un côté, et roumains du « Parti de la Grande Roumanie » (PRM) de Corneliu Vadim Tudor de l'autre côté. Les premiers affichaient un véritable racisme contre les immigrés roumains installés dans leurs pays, et suite à une affaire criminelle impliquant l'un d'entre eux, la « petite-fille du Duce » élue députée pour la liste néofasciste d' « Alternative Sociale » alla jusqu'à revendiquer l'expulsion de l'ambassadeur roumain d'Italie. Les ultranationalistes roumains du PRM s'en révoltèrent à leur tour, et leurs cinq députés européens claquèrent rapidement la porte du groupe parlementaire commun. Ce dernier ne pouvait plus réunir, en conséquence, le nombre de 20 députés nécessaire à la reconnaissance de son statut de groupe (auquel sont attachés des moyens techniques et financiers considérables).

Une nouvelle tentative de regroupement a lieu, aujourd'hui.

Elle a été lancée le 25 janvier 2008 à Vienne lors d'une conférence de presse commune réunissant les dirigeants de quatre partis d'extrême droite. Jean-Marie Le Pen avait fait le voyage. On y croisait aussi Heinz-Christian Strache, qui a repris le flambeau jadis détenu par Jörg Haider à la tête du FPÖ (« Parti de la liberté d'Autriche », que Haider lui-même a quitté en 2005 avec un groupe de fidèles pour former l' « Alliance avenir d'Autriche », BZÖ) et Franck Vanhecke, le chef actuel du parti raciste et séparatiste belgo-néerlandophone Vlaams Belang (« Intérêt flamand »). Volen Siderov, chef du parti bulgare d'extrême droite Atakia et candidat à l'élection présidentielle d'octobre 2006 où il a pu récolter plus de 21 % des voix - alors que la participation était relativement faible -, était lui aussi venu à Vienne.

Les présents ont annoncé la constitution, avant le 15 octobre 2008, d'une structure transnationale commune qui devrait être baptisé, au choix, « Parti patriotique européen » ou encore « Parti de la liberté européen » (cette dernière dénomination serait calquée sur celle du FPÖ autrichien). La cheville ouvrière de ce regroupement est Andreas Mölzer, idéologue pangermaniste et antisémite, ancien « conseiller pour les affaires culturelles » de Jörg Haider mais aujourd'hui fâché avec lui, qui figure depuis 2004 comme l'unique député du FPÖ au Parlement européen. Il ne s'agirait pas d'un parti unique dont les partis nationaux ne seraient que des sections. Ce serait, au contraire, un regroupement assez souple dont les partis-membres garderaient une très large autonomie, à l'instar du PPE (Parti populaire européen) qui regroupe des partis conservateurs et du centre-droit, comme l'UMP française ou de la CDU-CSU allemande. Andreas Mölzer a d'ailleurs exclu qu'une campagne commune et unique soit menée avant les élections européennes de juin 2009. Tout au plus s'agirait-il d'une coordination des efforts nationaux respectifs. L'intérêt principal du regroupement résiderait dans la possibilité de toucher un financement de l'Union européenne pouvant aller jusqu'à 200.000 euros annuels, ce qui permettrait de payer un bureau de liaison et un ou quelques permanent(s). En effet, l'Union européenne subventionne les structures politiques transnationales, à condition que des partis-membres d'au moins sept Etats en soient adhérents.

La nouvelle formation d'extrême droite n'y est pas encore parvenue, mais le chef du FPÖ - Heinz-Christian Strache - annonça lors de la conférence de presse viennoise que des pourparlers avec « des partis hollandais, chypriotes, danois, italiens, grecs, anglais ou slovaques » seraient entamés. Ni les néofascistes italiens groupés autour d'Alessandra Mussolini ni les Roumains du PRM, responsables du conflit qui avait fait exploser le groupe parlementaire à l'automne dernier, ne sont associés à la tentative de regroupement actuelle. Le PRM a d'ailleurs subi, quelques semaines seulement après ces mésaventures de l'extrême droite à Strasbourg, une claque électorale énorme. Après avoir dépassé les 20 % des voix dans un passé récent, le « Parti de la Grande Roumanie » n'a récolté que 3,5 % lors de la consultation des électeurs roumains destinée à renouveler les représentants du pays au Parlement européen sur une base élective. (Depuis le 1er janvier 2007, la Roumanie était représentée dans cette Assemblée, mais d'abord par une délégation nommée par le parlement national. Ce n'est qu'un décembre 2007 que les députés européens du pays ont été élus.) Le parti de Corneliu Vadim Tudor, ancien « poète de cour » du dictateur national-stalinien Ceaucescu avant de virer anticommuniste après la chute de l'ancien système, semble ainsi marginalisé de la scène européenne.

Ce nouveau regroupement sera-t-il couronné de davantage de succès que les précédents ? L'avenir le dira. Il reste aussi la question de l'Allemagne, l'extrême droite du pays le plus peuplé de l'Union européenne restant fortement éparpillée en formations concurrentes. Heinz-Christian Strache avait formellement exclu, lors de la conférence de presse du 25 janvier, des négociations avec les partis les plus traditionnels de l'extrême droite allemande, le NPD (trop ouvertement néonazi et ayant un penchant pour la violence) et la DVU. Cette dernière, « l'Union du peuple allemand », constitue un parti-croupion regroupé autour de la seule personnalité de son chef vieillissant, Gerhard Frey. La DVU semble d'ailleurs en train de se marginaliser définitivement sur la scène politique, n'ayant obtenu plus que 0,8 % des voix lors des élections régionales de Hambourg du 24 février 2008 (alors que ce même parti avait connu des résultats électoraux à deux chiffres, à l'échelle régionale, dans les années 90 lors des consultations électorales dans plusieurs ‘Länder'). C'est plutôt le NPD qui reste le pivot central de l'extrême droite allemande, ayant confirmé sa présence lors des élections municipales en Bavière du 2 mars 2008 où des listes d'alliance locales constituées autour du parti néonazi ont obtenu jusqu'à 4 % à Nuremberg (avec deux sièges au conseil de la ville, pour la liste « initiative Halte aux étrangers »). Mais ce parti des petits-enfants d'Hitler est bien trop activiste et extrémiste pour apparaître comme un partenaire « respectable » à des partis dont l'influence électorale, dans leurs pays respectifs, est bien plus importante.

Un autre allié envisageable, en Allemagne, est en revanche le mouvement populiste à connotation raciste (et surtout antimusulman)- « Pro Allemagne ». Mais ce dernier n'est qu'en phase de constitution et ne possède, pour le moment, que quelques rares bastions locaux dont fait partie, notamment, la formation « Pro Köln » (Pro Cologne) qui a obtenu environ 5 % des voix aux élections municipales dans cette ville rhénane d'un million d'habitants. C'est d'ailleurs ce mouvement local, « Pro Köln », qui essaye de prendre à son tour l'initiative d'un regroupement des forces au niveau européen. Les 19 et 20 septembre prochains, il souhaite inviter les dirigeants du FN français, du Vlaams Belang en Belgique et du FPÖ autrichien comme orateurs pour participerà une « Conférence contre l'islamisation de l'Europe ». Cette dernière devrait se tenir sous un chapiteau à Cologne. Jusqu'ici, la municipalité n'a pas encore autorisé ce rassemblement.

ISA