Aller au contenu principal

A Meru, le maire tient des propos douteux... et attaque en diffamation des syndicalistes qui le critiquent

mer 28/11/2007 - 20:49
defaut
A Méru, petite municipalité en bordure de la région parisienne, située dans le département de l'Oise, quatre syndicalistes sont en attente de leur jugement. La décision du tribunal correctionnel de Beauvais tombera le 6 décembre prochain. Les quatre militants de la CGT et de la FSU, qui militent par ailleurs dans le cadre du « Collectif de solidarité avec les migrants », étaient passés en audience à Beauvais le 24 octobre.

Le maire (UMP, « tendance droite dure ») de la commune de Méru les a attaqués en justice, pour « diffamation publique envers un fonctionnaire » ce qui constitue un délit puni par la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. En cause, un tract du collectif « Solidarité migrants (Oise) » distribué sur les marchés, en mars 2007, dans lequel le collectif critiquait les « fantasmes » du maire en matière d'immigration, et dénonçait le fait que ce dernier se vanterait publiquement de pratiquer « la délation ».

Le maire, Yves Leblanc, n'en est pas à son premier essai. Il avait déjà défrayé la chronique en mai 1996, lorsqu'il transforma une réunion publique de quartier en tribune pour fustiger l'immigration. Devant 80 personnes, il fit des déclarations, dont le « Courrier Picard » du 14 mai. 1996 rendit compte : « En ce qui concerne l'attribution de logements dans le quartier de la Nacre » (note : un quartier de la ville où sont concentrés les logements HLM), « le premier élu a déclaré qu'il ferait tout ce qu'il pourrait pour que ces logements ne soient pas attribués à des familles d'origine africaine. Il a clairement imputé les problèmes du quartier aux populations immigrées. Répondant à une participante à la réunion qui s'indignait de ces propos et demandait , le maire a prétexté que ces familles originaires d'Afrique centrale n'avaient pas la même façon de vivre que nous. »

A l'époque, le comité département du MRAP avait préparé une plainte pour « incitation publique à la haine raciale ou à la discrimination », mais celle-ci fut déposée trop tard par son avocat. A l'époque, le délai de prescription pour des propos d'incitation à la haine raciste était encore extrêmement court ( trois mois). Aujourd'hui, ce délai a été allongé à 12 mois par le législateur, ce qui apparaît comme nettement plus raisonnable. - Par ailleurs, 300 personnes d'origine africaine (venant de la municipalité mais aussi de Beauvais, de Creil et de Sarcelles) soutenus, entre autres, par la Ligue des Droits de l'Homme, le MRAP, le SNUIPP, l'Union des travailleurs sénégalais et l'Union des travailleurs d'Afrique noire avaient manifesté à Méru pour dénoncer ces propos du maire et pour dire « Non à l'exclusion ».

En séance du Conseil municipal du 5 février 2007, consacrée au Contrat Urbain de Cohésion Sociale (CUCS), le maire a récidivé en évoquant « la persistance d'une immigration importante et souvent clandestine » et en prétendant, à en croire le journal « Oise Hebdo », que « 10 % des habitants du quartier de la Nacre » seraient « des clandestins ». Il ajouta : « Quant aux clandestins, je les signale à la Préfecture, et on me répond toujours que ce n'est pas grave. » Par ailleurs, il annonça publiquement, en parlant des mariages impliquant des immigrés du quartier de la Nacre : « Je signale les mariages systématiquement au procureur, qui me répond toujours de les marier. » Selon lui, il y aurait lieu de supposer qu'il s'agit de mariages de complaisance, « pas toujours d'amour » d'après sa formule.

Apparemment, même les représentants des autorités préfectorales et judicaires se montrent fatigués du zèle de ce maire UMP. Le Contrat Urbain de Cohésion Sociale (CUCS) de la ville a d'ailleurs dû être modifié, après avoir été retoqué par le préfet pour son caractère illégal. Le texte affirmait, dans sa première mouture, que les problèmes sociaux que connaît la municipalité seraient dus à « l'immigration ». Dans sa version retravaillée, le texte se contente désormais d'affirmer que lesdits problèmes seraient dus à la persistance « des phénomènes connus ».

Le collectif « Solidarité migrants » avait critiqué l'attitude et les propos de ce maire. Ce dernier a réagi en attaquant en justice, individuellement, les militants associatifs et syndicalistes Philippe Depriester, Martine Depriester, Guy Platel et Mamedi Camara. Lors des débats qui se sont déroulés devant le tribunal correctionnel de Beauvais, fin octobre, la présidente a surtout cherché à déterminer la réalité des propos du maire. Ceux-ci ont été totalement confirmés, quant au fond, par les témoins de la défense, principalement des élus au Conseil municipal, même si des imprécisions persistaient quant aux formules employées. Le maire avait-il dit que « 10 % des habitants » de tel quartier étaient « des clandestins », comme l'affirmait « Oise Hebdo », ou « une centaine de personnes » comme un élu local a cru se le rappeler ? Le maire a-t-il déclaré qu'il saisissait « systématiquement » le procureur des mariages impliquant des immigrés et qu'il supposait être des mariages blancs (toujours selon « Oise Hebdo ») ? Ou « à chaque fois », comme le cita un élu municipal à la barre du tribunal ?

Nous devons affirmer notre solidarité inconditionnelle aux prévenus. Le Réseau éducation sans frontières (RESF) avait massivement mobilisé ses militants locaux au tribunal de Beauvais, lors de l'audience du 24 octobre, pour soutenir les militants accusés. Par ailleurs, le MRAP étudie actuellement les possibilités juridiques de déposer une plainte contre le maire de Méru pour propos racistes.

Verdict attendu pour le 6 décembre ... A suivre