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Elections municipales et cantonales de mars 2008 : L’extrême droite confirme son recul, mais elle n’est pas morte

ven 14/03/2008 - 01:00
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Recul global et quelques tendances contradictoires : c’est le bilan que présente, pour l’extrême droite, le premier tour des élections municipales et cantonales. Ce bilan confirme que, depuis les élections présidentielles et législatives de 2007 où elle a subi son premier revers sérieux depuis 25 ans, l’extrême droite connaît un reflux au niveau national.

Cependant, même en cette période de basses eaux, elle résiste encore dans certains de ses fiefs et certains quartiers populaires. Par ailleurs, on constate aussi le fort ancrage local de représentants issus de ce courant politique mais ayant changé leur appartenance (et pas nécessairement leurs idées de fond) ce qui tend à démontrer que c’est probablement davantage les expressions partisanes que les idées elles-mêmes qui sont, actuellement, en crise.

Elections cantonales : pas de changement radical

Au niveau national, 2020 cantons étaient renouvelables lors de ces élections. Sur ces 2020 cantons, le Front national (FN) présentait environ 1.100 candidats, contre 1.700 en mars 2001.

Avec cette présence amoindrie, le principal parti d’extrême droite a réalisé un score de 5,01 % en moyenne. Aux cantonales de 2001, il avait obtenu 7 %, mais avec 600 candidats de plus. Ainsi la baisse, si baisse il y a, n’est pas si importante que cela. Le FN avait bien concentré ses forces militantes sur les cantons les plus peuplés et/ou ayant le plus voté extrême droite dans un passé récent. Martial Bild, directeur de campagne pour ces élections, avait déclaré à Libération, fin février, que l’objectif consistait à « permette de voter FN à 80 % de ceux qui avaient voté Jean-Marie Le Pen aux présidentielles ».

La baisse du vote d’extrême droite aux cantonales semble donc plus liée à la diminution du nombre de candidats présentés qu’à un recul des voix obtenues. Il faut ajouter que les élections cantonales de mars 2001 intervenaient peu de temps après la « grande » scission du FN en 99 (lepénistes contre mégrétistes), et donc dans une période où le potentiel militant de ce parti était amoindri.

Les anciens maires du FN

Dans un passé pas si lointain, le Front national avait su « conquérir » des mairies, notamment celles de Toulon, Orange et Marignane en juin 95, celle de Vitrolles en février 97. Aucune de ses villes n’est plus conduite, aujourd’hui, par un maire ou une majorité FN. Cependant le personnel politique alors mis en place se maintient toujours, en partie.

Ainsi, à Orange , Jacques Bompard, entré en « dissidence » politico-idéologique contre la direction du FN au début de la décennie et exclu fin 2005, puis entré au MPF de Philippe de Villiers, connait un triomphe cette année. Avec 60,97 %, sa réélection dès le premier tour est encore plus nette que celle de mars 2001 (59,97 %). Ainsi il se confirme que Bompard dispose d’une certaine base sociale, surtout sur fond de clientélisme et de rénovation du centre-ville historique... au détriment des quartiers périphériques. Est-il nécessaire de rappeler que Bompard n’a pas quitté, en 2005, le FN sur des idées plus « modérées », mais plus « dures » que celles de la direction du parti, reprochant à son chef d’avoir mis beaucoup d’eau dans son vin ?

A Marignane, le maire sortant Daniel Simonpieri a été membre du FN de 74 à janvier 99. Puis le congrès-fondateur du ‘FN-Mouvement national’ de Bruno Mégret, devenu plus tard le MNR, avec 3.000 participants avait eu lieu dans le Palais des congrès de « sa » ville. Mais Simonpieri s’est, entre-temps, éloigné du MNR moribond pour se rapprocher... de l’UMP qui lui a donné son investiture pour les municipales de 2008. Cependant, sa réélection est actuellement loin d’être assurée, Simonpieri se trouvant en situation défavorable face à une « triangulaire » avec un candidat UMP dissident (Eric Le Dissès, 38,2 %) et un candidat de gauche (Vincent Gomez, 25,3 %).

Quelques fiefs ...

Avant la tenue des récentes élections, Jean-Marie Le Pen avait annoncé que trois mairies étaient « gagnables » pour son parti : celle d’Hénin-Beaumont dans le Pas-de-Calais où sa fille se présentait en deuxième position sur la liste conduite par Steeve Briois ; puis celle de Cluses en Haute-Savoie, une ville de 18.000 habitants et enfin celle de Noyon dans le département de l’Oise.

A Hénin-Beaumont, le FN disposait depuis plusieurs années de son « laboratoire », où il tentait de pratiquer une « proximité » avec les habitants et un discours social proche des réalités locales et quotidiennes... terrain, de fait, abandonné presque partout ailleurs (cf. Article d’ISA). Si, en juin 2007, Marine Le Pen avait obtenu 41,7 % des voix au second tour des législatives, la liste FN sur laquelle elle figure en deuxième position semble avoir très peu de chances d’emporter la mairie au second tour, après avoir obtenu 28,5 % au premier. Même si ce résultat est supérieur à celui réalisé par Marine Le Pen le 10 juin dernier, au premier tour des législatives (24,5 %), sa liste ne dispose cependant d’aucun réservoir de voix. En juin 2007, l’électorat de la droite classique a semblé se partager entre le candidat de gauche, d’un côté (28 % au premier tour), et Marine Le Pen de l’autre côté, avant le second tour. Mais cette fois-ci, la liste de gauche conduite par le maire sortant Gérard Dalongeville (PS) a déjà rassemblé 43,1 % au premier tour, et dispose d’un réservoir de voix (liste divers gauche ayant récolté 17 % même si cette dernière semble vouloir se maintenir au second tour). Le réflexe républicain devrait fournir des voix contre la liste FN. Le parti d’extrême droite avait annoncé que « la fille du chef » occuperait le poste de maire adjoint à « la sécurité » en cas de victoire sur Hénin-Beaumont. Sa défaite probable affaiblira sa position au sein du parti (et au-delà). Même son père qui parlait au soir du premier tour de « net redressement » du FN, ne cherchait pas à ériger le résultat de sa fille en victoire, en disant que ce n’était « pas un succès mais quand même remarquable ».

A Noyon, dans l’Oise, (sur fond, entre autres, de concentration de populations pieds-noirs établies là après 1962) le FN a souvent réalisé des scores importants. Il obtient 16,98 % des voix au premier tour et peut se maintenir au second. Cependant ces résultats doivent être mis en relation avec ceux récoltés auparavant, dans cette même ville. Le FN avait dépassé les 30 % aux municipales de mars 2001, et les 44 % lors de celles de juin 95. Les deux fois, il était arrivé en première position, alors que cette année, sa liste n’occupe « que » la deuxième position.

A Cluses, en Haute-Savoie, la liste FN a obtenu 23,6 % des voix mais n’occupe que la troisième place. Sa tête de liste, Dominique Martin, âgé de 46 ans, s’était publiquement vanté de faire dans le « populisme » et la « démago » et avait testé des recettes publicitaires souvent très proches du kitsch à l’état pur (Voir l’article du Journal du dimanche). Sa liste ne semble avoir aucune chance de le remporter au second tour.

Dans sept villes au total (contre 41 en mars 2001 et 103 en juin 95), le FN est en mesure de se maintenir au second tour. C’est le cas à Calais (12,35 %) où le parti d’extrême droite provoque une triangulaire avec la liste conduite par le maire PCF Jacky Hénin (37,7 %) et la liste de l’UMP (36,4 %), sans avoir aucune perspective de l’emporter. De même, la liste FN de Patrick Binder - un ancien cadre de l’extrême droite alsacienne - est en mesure de se maintenir à Mulhouse, (10,3 %). Ce résultat est bien inférieur à ceux obtenus dans cette métropole du sud de l’Alsace dans les années 90, quand son candidat d’alors, Gérard Freulet, réalisait régulièrement des scores autour des 23 / 25 %. Cette année, Freulet (qui a quitté le FN lors de la scission mégrétiste, et est passé ensuite par le MNR) se présentait sous les couleurs du ‘Mouvement pour la France’ de Philippe de Villiers. En tant que candidat MPF, il obtint 7,75 % des voix qui auront en partie manqué an FN. Ainsi il ne sera pas en mesure de se maintenir au second tour, mais essayera probablement de négocier un accord de désistement avec le candidat soutenu par l’UMP, représentée, sur la ville de Mulhouse, par Jean-Marie Bockel, ancien socialiste passé au camp sarkozyste à la faveur de l’ « ouverture » et responsable, au gouvernement, de la politique africaine de la France. Bockel est fondateur et président de son propre parti baptisé « Gauche moderne ». Si l’appellation de cette formation sarkozyste peut bien apparaître trompeuse, aux yeux de l’observateur progressiste, elle doit aussi repousser des électeurs les plus fortement ancrés à droite. Malgré une conjoncture favorable aux partis situés « à la droite de la droite », le FN n’a pas su vraiment se maintenir au niveau de ses anciens scores mulhousiens.

A Perpignan, ville située elle aussi dans une ancienne zone d’influence, la liste FN est également en mesure de se maintenir. Conduite par le secrétaire général du parti, Louis Aliot, elle est cependant placée en quatrième position, après la liste UMP du maire Jean-Paul Alduy (38,88 %) et deux listes de gauche respectivement à 20 et à 15 %. Si Marine Le Pen se vantait, le soir du premier tour, de voir cette liste « doubler » le score du FN sur Perpignan par rapport à 2001, la réalité est différente : après 9,27 % en 2001, la liste perpignanaise du FN obtient cette année 12,29 % des voix. Or, en 2001, une liste mégrétiste était également présente et récoltait 3,65 % des voix. Ainsi, les listes d’extrême droite ont obtenu, ensemble en mars 2001, 12,92 % ou - en suffrages exprimés - 4.113 voix puis, en mars 2008, 12,29 % ou 4.543 voix. La légère augmentation du nombre d’électeurs, s’explique par l’augmentation du nombre d’inscrits (59.000 en 2001 et 69.000 sept années plus tard). Le triomphalisme affiché par Marine Le Pen à la télévision, n’était ainsi pas de mise concernant les résultats de Perpignan.

Le recul

La baisse du FN - en nombre absolu de voix comme en pourcentage - est plus visible, et parfois très marquée, dans certains de ses anciens fiefs. C’est particulièrement le cas à Nice , où deux listes d’extrême droite étaient en présence cette année : celle du FN (4,16 %) et celle des ‘Identitaires’, au profil plus extrémiste (3,03 %). Ils sont bien loin, les scores à plus de 40 % plusieurs fois réalisés par le FN niçois au cours de la première moitié des années 90... Ces deux listes d’extrême droite se sont livrées une bataille à mort, allant jusqu’à une manifestation des ‘Identitaires’ contre la venue de Jean-Marie Le Pen 15 jours avant le premier tour, puis à une expédition punitive de partisans du FN - armés de battes de baseball - contre les ‘Identitaires’ conduits par Philippe Vardon. Le maire sortant de Nice, Jacques Peyrat (militant au FN de 72 à 94, élu maire en 95, adhérent du RPR puis de l’UMP depuis 96 et aujourd’hui exclu de l’UMP pour avoir refusé de s’écarter au profit du candidat officiel) se présentait contre le candidat sarkozyste Christian Estrosi. Si Jacques Peyrat, avec 23,1 % des voix, termine assez loin derrière Estrosi (35,8 %), il pourrait cependant tout à fait drainer des voix FN pour le second tour. Après avoir exclu le 5 mars son ancien chef de groupe au conseil municipal, Gérard de Gubernatis, pour avoir soutenu la candidature de Peyrat avant même le premier tour, le FN niçois a fini par soutenir ce même Peyrat dès le lendemain du premier tour.

(Voir l’article du Figaro)

A Marseille, ville où le FN a longtemps flirté avec les 20 % dans les années 80 / 90, il obtient 8,76 % au premier tour. Ainsi il n’est pas en mesure de se maintenir, alors que le MNR, ayant longtemps laissé plané l’hypothèse d’une candidature marseillaise de son chef Bruno Mégret, a obtenu un score microscopique de 0,12 %. Le FN marseillais a fini par appeler, pour le second tour, à l’abstention (Voir l’article du Figaro).

A Dreux , longtemps « le » fief du Front National qui y a connu son premier véritable succès électoral (en sept 83) puis sa première majorité absolue lors d’une élection partielle à l’Assemblée nationale (en déc 89, avec 61,3 % pour sa candidate Marie-France Stirbois, qui devint alors la seule députée du FN jusqu’en 93), le parti lepéniste était absent de la course électorale de cette année, incapable d’aligner la quarantaine de candidats nécessaires pour former une liste aux élections municipales. A sa place, l’extrême droite a été représentée par une liste « Dreux identité française » constituée par des militants du MNR et des ‘Identitaires’, et qui a obtenu 4,30 % des voix.

Maigre consolation pour Jean-Marie Le Pen et le FN, les listes présentées par les « dissidents », celles à qui le parti avait refusé son investiture (ou, dans un cas - celui de Valenciennes - dont la tête de liste avait refusé de la recevoir), n’obtiennent pas de meilleurs résultats. La liste de Valenciennes termine ainsi lamentablement sa course, à 4,86 %. A Tourcoing , où la liste du FN, conduite depuis deux décennies par Christian Baeckeroot - aujourd’hui opposant à Jean-Marie Le Pen et sa fille - et habituée aux scores autour des 20 %, finit cette année à 7,26 %. Auparavant, Christian Baeckeroot avait signalé à la presse qu’il était prêt (alors qu’il s’opposait aux « modernistes » du FN) à se rapprocher de la droite UMP, représentée par Christian Vanneste, condamné en justice pour des propos homophobes et l’un des principaux inspirateurs de la loi du 23 février 2005 cherchant à réhabiliter la mémoire du colonialisme français et qui n’a obtenu, au premier tour, que 31 % des voix... la liste de gauche l’emportant sans nécessité d’un second tour. L’épouse de Christian Baeckeroot, Myriam, à qui le chef du parti avait également refusé l’investiture, ne brille pas elle non plus avec son résultat de 5,7 % obtenu à Conflans-Saint-Honorine (78).

Violences fascistes au cours de la campagne : A Nice, mais aussi dans le vingtième arrondissement de Paris
 
Si à Nice, les nervis des deux listes d’extrême droite - partisans du FN contre « Identitaires » - se sont « bastonnés » à quelques jours du premier tour, dans le 20eme arrondissement de Paris, ce sont bien des militants antifascistes qui ont dû goûter aux coups assénés à l’aide de barres de fer. Le dimanche 2 mars, des militants anti FN étaient venus protester sur le marché de la rue des Pyrénées contre la venue du candidat local du parti lepéniste, quand 30 à 40 hommes de main d’extrême droite casqués et armés de battes de baseball sont apparus au coin d’une rue. Plusieurs personnes furent tabassées et une, au moins, est grièvement blessée. Le FN a d’ailleurs revendiqué l’action, en prétendant que ses militants avaient été « victimes d’une agression ». Ce qui est véritablement scandaleux dans cette affaire, c’est le silence total de l’ensemble des médias vis-à-vis de cette agression particulièrement grave !

ISA