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Dieudonné et Alain Soral, faux rebelles et vrais antisémites ?

mer 04/06/2014 - 14:06
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L’antisémitisme tue, aujourd’hui, en Europe. Cette ‘idéologie’ a provoqué la torture et  l’assassinat d’Ilan Halimi, en région parisienne, en 2006. Elle a contribué à la mort de trois enfants et d’un enseignant juifs à Toulouse, en mars 2012. Elle a contribué à la mort de quatre personnes, au Musée juif de Bruxelles, fin mai 2014. Que le meurtre d’Ilan Halimi (2006) ait un caractère crapuleux et que les assassinats de Toulouse et de Bruxelles (à l’heure où nous écrivons) se revendiquent plus idéologiques, une influence commune reste détectable. Les fondamentaux d’une idéologie antisémite sont aujourd’hui diffusés de façon protéiforme, souterraine, souvent sans expression politique directe. Certains individus, certains groupes se sont mués en diffuseurs professionnels d’une idéologie criminelle. Agissant en acteurs politiques, même s’ils ne s’appuient pas sur un parti ou un mouvement organisé au sens classique du terme, ils contribuent à la structuration d’une « pensée » qui s’infiltre dans des pans entiers de la société.

Dieudonné : L’histoire d’une dérive

Parmi les salarié-e-s, notamment les jeunes, Dieudonné M’bala M’bala et Alain Soral bénéficient d’une certaine popularité. Certain-e-s voient en Dieudonné avant tout un 'humoriste', d’autres décèlent l’affairiste mais bien peu le voient en militant d’une cause idéologique .Pourtant Dieudonné entretient une relation suivie avec l’extrême droite, depuis une dizaine d’années. Certes, ce fut souvent présenté comme une  « provocation », mais ce stade est dépassé depuis longtemps. L’extrême droite se sert de lui comme d’un 'bélier', pour attaquer les juifs : si c’est un individu, antérieurement connu des engagements antiraciste 'qui le dit', c’est 'au-dessus de tout soupçon'. Et ça ouvre une brèche dans laquelle pourront s’engouffrer les antisémites les plus ou moins classiques…

De quand date la dérive de Dieudonné M’bala M’bala, cette obsession par le prétendu pouvoir des juifs, du 'lobby sioniste', par la Shoah qu’il moque, banalise ou minimise systématiquement ? Difficile de dater les débuts exacts. On se souvient généralement qu’en mai 1997, Dieudonné était candidat aux élections législatives à Dreux, où il s’opposait à la candidate du FN, Marie-France Stirbois [1]. A l’époque, il représentait clairement des valeurs universalistes, celles de l’antiracisme ; personne ne le soupçonnait alors d’antisémitisme. Cela n’allait cependant pas tarder à changer.

En 2001/2002, Dieudonné tente de récolter des fonds pour réaliser un film sur le thème de l’esclavage. Or, il n’arrive pas à réunir suffisamment d’argent, et le CNC (Centre National de la Cinématographie) refuse de financer son projet. Dieudonné a souvent cité cet épisode comme déterminant, l’événement montrant à ses yeux que les victimes de la Shoah bénéficiaient d’un « monopole de la mémoire », et que les « intérêts juifs et sionistes » dominaient l’industrie du film. A ce propos, on peut parler d’une forme de 'concurrence victimaire' – extermination des Juifs et esclavage des Noirs -, un phénomène qui a également suscité d’âpres débats aux Etats-Unis. Il n’est pas impossible, par ailleurs, que le contexte idéologique, après le 11 septembre 2001 (demande sociale forte de (pseudo-)explications complotistes des événements internationaux ), ait contribué à certaines orientations prises par Dieudonné.  

La première sortie publique fracassante de Dieudonné a lieu le 1er décembre 2003. Lors d’une émission télévisée, 'l’humoriste' entre sur le plateau déguisé en juif orthodoxe, levant le bras pour faire le salut hitlérien en s’écriant : « Isra-heil ! » . Dieudonné déclare à l’animateur de l’émission et aux co-invités qu’il s’était « récemment reconverti au fondamentalisme sioniste, enfin, pour des raisons qui me sont purement professionnelles… heum, spirituelles » [2]. Ce propos, tenu sous couvert d’un sketch, sous-entend déjà clairement qu’il existait une domination « sioniste », non plus en Palestine occupée, mais dans certains métiers en France. Par ailleurs, si nombre de voix s’élèvent pour condamner l’assimilation de la politique d’occupation israélienne à la politique d’extermination national-socialiste, Dieudonné trouve un nombre important de défenseurs à gauche et à l’extrême gauche, parce qu’il semble condamner la politique israélienne.

Radicalisation et fuite en avant

Courant 2004, le conflit entre Dieudonné et ses premiers détracteurs se radicalise. Alors qu’il voulait jouer son spectacle à l’Olympia, à Paris, le 20 février 2004, des appels téléphoniques anonymes terrorisent les employés de la salle. Derrière cette mobilisation radicale, on trouve des groupes de l’extrême droite pro-israélienne et communautaire (notamment la LDJ, « Ligue de défense juive »). A la même époque, Dieudonné se fait frapper par quatre hommes à l’aéroport, alors qu’il se rend en Martinique.  Face à la violence de certains adversaires, Dieudonné réussit à son tour à mobiliser des soutiens qui manifestent devant la salle parisienne le soir où était prévu le spectacle annulé. Cette mobilisation se fait en partie sur des bases communautaristes, et on entend Dieudonné prétendre : « On veut faire taire le seul Noir présent sur la scène humoristique français », ou encore : « 400 ans d’esclavage, et on n’a pas le droit d’en parler ! »

La même année a lieu le premier rapprochement de Dieudonné avec l’extrême droite ; cela passe par l’écrivain Alain Soral. Les deux hommes sont candidats sur la liste « Euro-Palestine » qui se présente en Ile-de-France aux élections européennes de juin 2004. Les animateurs et animatrices de cette liste ne sauraient, en général, être taxés d’antisémitisme, et viennent souvent de la gauche. Ils tolèrent, au moins dans un premier temps, la présence de protagonistes « pas très nets » sur la question de l’antisémitisme, ce qui fera que le candidat Maurice Rajfus démissionnera de cette liste. Lors d’un meeting électoral, le candidat Dieudonné fait huer par la salle des personnalités connues pour leurs origines juives. La rupture sera cependant atteinte quelques mois plus tard. Le 20 septembre 2004, Dieudonné et Alain Soral participent à l’émission ’Complément d’enquête’, au cours de laquelle ce dernier présentera une justification globale de l’antisémitisme : «  Ce n’est pas toujours la faute aux autres ! Si personne ne peut les blairer partout où ils mettent les pieds, depuis 2500 ans, il doit bien y avoir une raison. » Dieudonné,  assis à ses côtés, ne manifeste aucune réaction. Soral prétendra plus tard que « l’animateur l’avait piégé ». Le groupe Euro-Palestine se décidera enfin, et bien tardivement, à exclure Dieudonné et Soral. Ceux-ci continueront leur route ensemble.

Le 14 février 2005, Dieudonné fait à nouveau parler de lui, en déclarant lors d’une conférence de presse que la mémoire de la Shoah était de la « pornographie mémorielle ». Face au tollé général, Dieudonné reçoit d’abord le « soutien » de l’entourage de Bruno Gollnisch. Ce dernier avait fortement relativisé l’existence des chambres à gaz, en octobre 2004, et avait été exclu de l’université Lyon-III pour cela. Ainsi, au nom d’une solidarité entre « persécutés ». Hugues Petit, conseiller régional FN en Rhône-Alpes et président du « comité de soutien » à Gollnisch, déclarait : « Je soutiendrai sans réserve Dieudonné s’il est poursuivi au nom de la loi Gayssot pour ses derniers propos. »

Dieudonné chez Le Pen

Le 11 novembre 2006, Dieudonné entreprend une démarche spectaculaire, en se rendant à la « Convention présidentielle » du Front national (FN), qui se tient au Bourget. Sa visite, mouvementée, impliquera une poignée de main avec Jean-Marie Le Pen. C’est alors que, pour la première fois, l’opinion publique est informée d’un rapprochement, conçu comme une provocation, entre Dieudonné M’bala M’bala et l’extrême droite. A l’abri des grands médias, cette nouvelle alliance a cependant déjà produit des fruits, quelques mois plus tôt. En août 2006, Dieudonné voyage à Beyrouth en compagnie du rouge-brun Alain Soral, du complotiste Thierry Meyssan et d’un journaliste de « Minute », Lionel Humbert. L’hebdomadaire d’extrême droite est d’ailleurs le seul journal français à rendre compte du voyage, organisé par Frédéric Chatillon, un ancien du GUD et proche du régime syrien. A partir de cette période, Dieudonné a clairement arrimé son char à l’extrême droite, et plus exactement aux courants « nationaliste-révolutionnaire » ou « rouge-brun » de celle-ci.

Au FN, ce rapprochement avec Dieudonné ne fait cependant pas l’unanimité. Après coup, la présence de Dieudonné dans la campagne de Jean-Marie Le Pen pour l’élection présidentielle de 2007 – la plus illisible de toutes ses campagnes, aux messages totalement contradictoires, allant du racisme pur aux symboles intégrationnistes (discours de Valmy du 20 septembre 2006, déclaration de Le Pen père sur la dalle d’Argenteuil du 06 avril 2007) – sera même accusée d’être largement co-responsable de la défaite. Au soir du premier tour, le 22 avril 2007, au siège du FN, Dieudonné est présent … mais manque de se faire tabasser par un groupe de hooligans du PSG et Dieudonné doit se faire protéger par le DPS (« Département Protection Sécurité »), le service d’ordre du parti. C’est le journal « Minute » qui relatera, en détails, la scène. L’opinion publique apprendra plus tard[3]que, lors de cette même campagne 2006/2007, le FN, sous la direction de Jean-Marie Le Pen, avait généreusement financé Dieudonné en louant la salle de son Théâtre d’Or, à Paris 11e, pour une réunion de campagne. Au prix fort de 60000 euros, ce qui est cher payé pour un théâtre de 200 places assises…

Le 26 décembre 2008, lors d’un spectacle au Zénith, Dieudonné invite sur scène le négationniste Robert Faurisson  afin de lui délivrer le « prix de l’infréquentabilité » pour avoir nié, depuis 1978, publiquement et avec acharnement l’existence de l’extermination des Juifs par les nazis. Le « prix » sera décerné par un assistant de Dieudonné, habillé dans une tenue rappelant celles des détenus juifs des camps de concentration. Dans le public sont assis Jean-Marie Le Pen, son épouse Jany Le Pen et Bruno Gollnisch, alors vice-président du FN. Les liens personnels entre Le Pen père et Dieudonné, ne s’étaient jamais interrompues. Ainsi, le 11 juillet 2008, Jean-Marie Le Pen est devenu le parrain de Plume, une fille de Dieudonné.

Liste aux européennes

Une rupture apparente, au moins au niveau organisationnel, est consacrée début 2009 : Alain Soral quitte le Comité central du FN (auquel il appartenait depuis 2006) claquant la porte du parti. Dieudonné et Soral présentent alors leur propre liste (soi-disant « antisioniste ») aux élections européennes. Sur celle-ci, l’extrême droite au sens classique est bien présente. On trouve, comme candidat, Mickaël Guérin, à l’époque responsable régional du FNJ (Front national de la jeunesse) en Rhône-Alpes. Il y a également quelques membres du groupuscule néofasciste « Renouveau français » (RF), dont la candidate Emmanuelle Gilli, même si la direction du RF désavouera ce rapprochement. Ces figures voisinent avec des personnages plus ou moins surprenants, venant d’autres horizons. Le plus remarquable est peut-être Yahia Gouasmi, un Français d’origine algérienne, converti de l’islam sunnite au chiisme et grand soutien du régime iranien. Il dirige un « Centre Zahra », en fait une secte de convertis chiites, basé à Dunkerque. Au cours d’une conférence de presse tenu le 24 avril 2009 par la « Liste Antisioniste », ce personnage déclarera : « Derrière chaque divorce en France, il y a un sioniste ! » Antisémitisme classique, et complotisme délirant  se côtoient sans problème.

L’un des moments forts de la campagne de la liste sera la présentation d’une vidéo dans laquelle le terroriste international « Carlos » intervient depuis sa prison de Poissy. « Carlos », condamné à perpétuité pour des attentats commis en 1982/83, s’’est toujours présenté comme un « révolutionnaire » et « anti-impérialiste », alors qu’il n’est en réalité qu’un mercenaire de dictatures arabes, notamment l’Irak et la Syrie. Lors de son premier procès, en décembre 1997, il avait déclaré qu’il était scandalisé par le procès alors fait à Bordeaux contre Maurice Papon – un complot du sionisme international, bien sûr – et qu’il louait le « courage politique » de la « droite nationale ». (Ceci parce que le FN avait voté, à l’Assemblée nationale en 1986, contre la loi « antiterroriste » présentée par Charles Pasqua. Cependant, si le FN avait voté contre, c’est qu’il manquait à ses yeux la peine de mort …) .

De tels profils, « anti-système » et apparaissant souvent délirants, ne sont pas pour plaire à l’extrême droite classique. Cependant, le lien ne sera toujours pas totalement rompu : le 18 mai 2009, Jean-Marie Le Pen raconte ainsi que c’est lui que les leaders de la « Liste Antisioniste » avaient appelé pour demander conseil, lorsqu’ils avaient rencontré des difficultés avec la police[4]. Le soir du scrutin européen du 07 juin 2009 – où la liste de Dieudonné/Soral terminera avec un maigre résultat de 1,83 % en Ile-de-France -, Jean-Marie Le Pen sera applaudi lors de son passage télévisé, par les ‘dieudonnistes rassemblés au Théâtre de la Main d’Or’.

Aujourd’hui, il n’est pas étonnant de voir que c’est encore l’électorat du FN qui est le plus favorable à l’égard de Dieudonné. Alors que (selon les sondages), de 71 % à 81 % des Français-es expriment une opinion négative sur Dieudonné, l’électorat FN est partagé entre 48 % de bonnes et 48 % de mauvaises opinions.[5]

Le mariage entre les deux courants n’est certainement pas pour demain. Mais, vu du FN, le fait qu’il existe une autre force marquée « anti-système » et hautement « politiquement incorrecte» contribue à libérer la parole : tout ce que dira le FN, dans un proche avenir, apparaîtra toujours comme « modéré » à côté de ce voisin-là … Cependant, des jonctions se font parfois ouvertement. En mars 2014, Dieudonné a ainsi appelé, quelques jours avant les élections municipales, alternativement à voter FN ou à s’abstenir.

Quelques repères chronologiques

2004 : Confrontés à des contre-manifestations de milieux combattant l’antisémitisme et/ou pro-israéliens, Dieudonné prétendra que ses détracteurs « … sont tous des gens enrichis dans la banque, la finance ou l'esclavage. » Il déclarera, sur le prétendu rôle des juifs dans le commerce des Noirs que « les commerçants juifs castraient les esclaves et noyaient les enfants ». Le « Code noir », introduit sous la monarchie en 1685 et réglementant le commerce des esclaves, prévoyait pourtant dans son article 1 : « Ce commerce est interdit aux juifs. » (Voir sur ces aspects le livre d’Anne-Sophie Mercier : « La vérité sur Dieudonné », paru en novembre 2005.)

2005 : L'entourage de Bruno Gollnisch (FN) propose un soutien à Dieudonné, en cas de poursuites judiciaires. Auparavant, Bruno Gollnisch avait (de fait) remis en cause l’existence de l’Holocauste en réclamant une « liberté de la recherche historique » qui n’existerait pas, lors d’une conférence de presse du 11 octobre 2004 à Lyon.  

Avril 2007 : Dieudonné voyage avec Jany Le Pen, épouse du président du FN de l’époque, au Cameroun. Cette visite, effectuée au prétexte de sensibiliser le couple Le Pen aux menaces pesant sur les pygmées, fera la Une du journal « National Hebdo », hebdomadaire du FN.

Juillet 2008 : Dieudonné défraie la chronique avec le parrainage de sa troisième fille. Le baptême est célébré par un curé catholique-intégriste, l’abbé Laguérie, présent lors des obsèques du chef de la milice de Vichy,Paul Touvier, en 1996. Laguérie avait alors déclaré vouloir se faire « l’avocat de Paul Touvier auprès de Dieu », contre les communistes, la LICRA, les franc-maçons et la presse …

Mai / juin 2009 : Dieudonné et Alain Soral présentent une « Liste antisioniste »,aux élections européennes. On y notera, entre autres, la présence des négationnistes connues Ginette Skandrani et Marie Poumier (ancienne proche de Roger Garaudy), et celle de Marc Georges. Ce dernier sera un futur soutien de Bruno Gollnisch dans la campagne interne au FN, qui l’opposera à Marine Le Pen en 2010, pour prendre la présidence du parti.

Novembre 2009 : Dieudonné voyage à Téhéran et y rencontre le président de la dictature intégriste, Mahmoud Ahmedinedjad. Alors qu’il revendique le droit de « faire rire sur tout », il n’est pas relaté qu’il aurait tenté d’y faire des blagues à propos de l’islam.

2009 / 2010 : Dieudonné, Alain Soral et le nationaliste-révolutionnaire Philippe Randa animent le journal quinzomadaire « Flash ». Ce dernier recycle, entre autres, des textes d’idéologues du GRECE (« Nouvelle Droite ») et prend la défense de dictatures comme le régime iranien. Ce journal, diffusé en kiosque , fera faillite au bout de deux ans. 

Avril 2011 : Dieudonné voyage à Tripoli, comme la militante négationniste Ginette Skandrani et d’autres figures de la mouvance, pour soutenir le dictateur menacé Muammar Al-Kadhafi. Il interviendra devant une foule de pro-Kadhafi en ébullition, coiffé d’un bandeau vert en référence au drapeau libyen sous ce régime.

Le 30 juillet 2013 : Dieudonné effectue une « interview » complaisante, sept semaines après la mort de Clément Méric, de Serge Ayoub, animateur du groupe fasciste violent « Troisième Voie » . Cette interview sera visionnée sur Youtube plusieurs centaines de milliers de fois.

Le 07 novembre 2013 : Date de parution du livre « Dialogues désaccordés », comportant des entretiens entre Alain Soral et l’écrivain Eric Naulleau. Soral y déclare : « Je ne suis pas d'extrême droite, je suis national-socialiste», y ajoutant : « En tant que national-socialiste français, ça m'agace d'être rangé à l'extrême droite, qualificatif qui désigne pour moi les néoconservateurs, les impérialistes américano-sionistes et le pouvoir bancaire international. » Ultérieurement, il tentera de relativiser la portée de ces propos.

13 novembre 2013 : Cinq livres que vient d’éditer Alain Soral, principal compagnon de route de Dieudonné, sont interdits par le juge des référés de Bobigny. Il s’agit de « classiques » de l’antisémitisme, dont « La France juive » d’Edouard Drumont (1885 ) et « Le juif international » d’Henry Ford, (1935).

19 décembre 2013 : Le propos de Dieudonné sur le journaliste Patrick Cohen (« quand je l’entends, je regrette les chambres à gaz ») devient public. L’employeur du journaliste – Radio France – porte plainte. Cette affaire déclenchera la réaction du ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, et une série d’interdictions de spectacle de Dieudonné en janvier 2014. Le grand public ne prend connaissance de l’affaire que lorsque les médias s’emparent du débat sur l’interdiction des spectacles. Cela permettra à Dieudonné de prendre la posture de la victime d’une mesure d’interdiction étatique, présentée comme arbitraire, tentant de faire oublier le fond de l’affaire.

Le 26 janvier 2014 : La « Journée de la colère » à Paris, manifestation appelée par un rassemblement hétéroclite (Identitaires, catholiques intégristes mouvements poujadistes …), attire près de 20000 manifestants (120000 selon les organisateurs) . En fin de manifestation, plusieurs centaines de personnes  défilent en effectuant des « quenelles », en déclamant leur soutien à Dieudonné. Ce dernier avait appelé à participer à la manifestation, sans s’y rendre personnellement en raison d’une représentation prévue le même jour. Tout au long, cette manifestation, des slogans ouvertement antisémites sont scandés : « Juif, la France n’est pas à toi ! » ou encore : « CRS, police des juifs ! ». Ce soutien bruyant a attiré la réprobation des militants rassemblés autour de la publication « Riposte Laïque » qui voient Dieudonné et Soral comme des suppôts des "islamistes"

Le 28 mars 2014 : Dans une vidéo, Dieudonné déclare : « la grande délinquance, de toute façon, est tenue par le Front républicain : il faut l’éliminer », laissant à ses partisan-e-s le choix entre l’abstention électorale et la participation dans les endroits « où le vote peut contribuer de façon définitive à la destruction du Parti Socialiste et de l’UMP ». Dans cette même vidéo, il s’en prend de façon extrêmement violente à la ministre Christine Taubira la traitant de « traîtresse », de « guenon à jeter des bananes », de « négresse de maison complexée », lui souhaitant une maladie grave (« c’est incontestablement ce qu’elle aurait fait de mieux, choper un cancer ») et lui lance : « Balance-toi de branche et branche jusqu’à l’Elysée », ou encore : « Ferme ta gueule, physiquement et de manière décisive ! » Dieudonné complétera à l’attention de son public : « Là, je vais traduire pour ceux qui ne parlent pas le singe (…) ».

Le 04 mai 2014 : Dieudonné et Alain Soral sont annoncés, à Bruxelles, comme invités « stars » au « congrès européen de la dissidence », appellation pompeuse qui cache une conférence antisémite. Parmi les autres invités, on trouve le racialiste Stellio Capochichi « Kémi Séba » (ex-leader du groupuscule « Tribu K »), le caricaturiste antisémite Noël Gérard alias « Joe le corbeau » et le militant d’extrême droite Hervé Ryssen. Condamné à plusieurs reprises, notamment pour des écrits antisémites souvent délirants, ce dernier est un ancien militant du FN, du GUD puis du MNR de Bruno Mégret. Auteur d’un livre intitulé « Comprendre le judaïsme – Comprendre l’antisémitisme », Ryssen écrit entre autres : « Les juifs ont toujours encouragé l’immigration dans tous les pays où ils se sont installés, non seulement parce que la société multiculturelle correspond à leur projet politico-religieux, mais aussi parce que la dissolution de l’identité nationale qui en résulte les préserve d’un éventuel sursaut nationaliste. » Ou encore : « L’Empire global, en effet, ne pourra se construire qu’avec des résidus des grandes civilisations, avec la poudre humaine produite par les sociétés démocratiques et le système marchand. La propagande cosmopolite vise ainsi à dissoudre toutes les valeurs ancestrales et toutes les identités (…). Les juifs militent de manière continuelle dans ce sens. Ils sont un peuple de propagandistes, et ce n’est pas sans raison qu’ils sont aussi influents dans les systèmes médiatiques de toutes les sociétés démocratiques. » 

Bien qu’interdit par les autorités belges, environ 400 personnes se réunissent néanmoins à ciel ouvert, à proximité du lieu de réunion initialement prévu. Elles seront dispersées par la police au cours de la journée.

Le 10 mai 2014 : Dieudonné prétend souvent agir au nom de la mémoire des victimes de la ‘traite négrière’ (comparées à celle de la Shoah qui serait surmédiatisée), Pourtant, devant le monument érigé dans le Jardin du Luxembourg en mémoire aux victimes de l’esclavage , Dieudonné se fait photographier… en effectuant une « quenelle ». Cette photo est publiée sur son compte Twitter, avec ce commentaire : « Je soutiens Alain Soral – Mémorial de l’esclavage », se référant à la photo de Soral, devant la Mémorial de la Shoah à Berlin, alors qu’il effectue lui aussi un « salut de la quenelle ». Sur le site du groupe d’Alain Soral, Egalité & Réconciliation (E&R), les deux moments sont d’ailleurs explicitement rapprochés. Le tout accompagné d’un commentaire qui moque le monument du Jardin du Luxembourg, qui serait lié à une « volonté très ‘ni pardon ni oubli’ de culpabiliser les générations actuelles pour les crimes de leurs ancêtres. » Ce faisant, E&R, tout en exprimant son mépris ouvert pour la mémoire de la Shoah ( « Le Mémorial de Berlin envahi par des prostituées et des gays »), soumet la mémoire des victimes de l’esclavage au même traitement : la moquerie, la détestation et le cynisme. Dieudonné et Alain Soral ne s’expriment point au nom des victimes de l’esclavage : ils leurs crachent au visage.

[1] A l’époque, le FN était fortement ancré à Dreux. Lors d’une élection législative partielle, le 3 décembre 1989, Marie-France Stirbois avait obtenu un score de 61,3 % des voix, devenant alors la seule députée du FN élue au scrutin majoritaire. En 1995 et 1996, lors des municipales (et leur répétition suite à une annulation), le FN se situait cependant plutôt à 40 %, et n’arrivait plus à prétendre seul à une majorité. Au premier tour des élections législatives du 25 mai 1997, Dieudonné M’bala M’bala (candidat « sans étiquette ») obtint 7,7 % des suffrages exprimés dans cette circonscription, le score de Marie-François Stirbois du FN étant de 31,4 % au premier puis de 43,8 % au second tour. Aujourd’hui, l’influence du FN dans cette ville s’est tassée et se situe plus proche de la moyenne nationale. Dieudonné sera à nouveau candidat à Dreux aux législatives de juin 2012, mais n’obtiendra cette fois-ci que 1,1 % .

[2] Voir la vidéo de la séquence sous : http://www.dailymotion.com/video/x4w32f_dieudonne-le-sketch-explosif-de-die_news

[3] Voir la source de la révélation : http://www.leparisien.fr/abo-politique/le-genereux-coup-de-pouce-de-le-pen-a-dieudonne-16-09-2008-227722.php

[4] V. http://www.leparisien.fr/politique/le-pen-qualifie-l-attaque-de-la-courneuve-de-banale-18-05-2009-517393.php

[5] V. http://www.leparisien.fr/politique/dieudonne-est-desapprouve-par-83-des-francais-11-01-2014-3483423.php#xtor=EREC-109----1092370@1