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Création de l'observatoire de l'institutionnalisation de la xénophobie

jeu 17/01/2008 - 00:00
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L'observatoire de l'institutionnalisation de la xénophobie (Observ.i.x) est un collectif de recherches en sciences de l'humain et de la société créé, face aux amalgames gouvernementaux de l'identité nationale et de l'immigration. Il vise à favoriser l'autonomie de la production intellectuelle, des savoirs scientifiques et de leur diffusion en ce qui concerne l'érosion des perceptions humanistes de l'altérité et la stigmatisation de l'étranger comme problème, risque ou menace dans le fonctionnement ordinaire d'autorités instituées (ministérielles, administratives, judiciaires, médiatiques, scientifiques, intellectuelles, scolaires, économiques, partisanes, associatives...). Il étudie également le développement de la xénophobie dans l'ensemble de la population sous l'effet des discours et des actes de ces autorités. (http://observix.lautre.net/)

A titre de définition préalable nous entendons par « xénophobie », l'ensemble des discours et des actes tendant à désigner l'étranger comme un problème, un risque ou une menace pour la société d'accueil et à le tenir à l'écart de cette société, que l'étranger soit au loin et susceptible de venir, ou déjà arrivé dans ce pays ou encore depuis longtemps installé. Le domaine d'observation inclut l'ensemble des phénomènes qui participent à l'érosion des perceptions humanistes de l'altérité et à la stigmatisation de l'étranger comme problème, risque ou menace dans le fonctionnement ordinaire d'autorités instituées (ministérielles, administratives, judiciaires, médiatiques, scientifiques, intellectuelles, scolaires, économiques, partisanes, associatives...) ainsi que le développement de la xénophobie dans la population sous l'effet des discours et des actes de ces autorités. Les travaux déjà engagés sont présentés sur le site : http://observix.lautre.net/spip.php ?rubrique4.

Thème n° 1 : De la colonisation à la lutte antimigratoire : transferts idéologiques et technologiques

L'institutionnalisation de la xénophobie à la fin du XXème siècle, au vu des derniers travaux de recherches historiques, semble liée à des transferts de différents dispositifs juridiques, politiques, éducatifs, médicaux, sociaux ou urbanistiques - cette liste n'est pas exhaustive - élaborés et mis en oeuvre dans les colonies puis appliqués en métropole aux "colonisés immigrés" puis, après les indépendances, aux immigrés. L'une des hypothèses de recherche étant, par exemple, que certaines dispositions du droit des étrangers aujourd'hui en vigueur aurait des origines coloniales. Une autre hypothèse concerne les effets sur les systèmes politiques métropolitains des retours et réaffectations administratives, notamment dans les services et organisations en charge des immigrés, de fonctionnaires engagés dans les administrations civiles, policières et militaires durant la colonisation et les guerres de libération. Ces transferts de la colonisation à la lutte antimigratoire, semblent d'autant plus efficients qu'ils prennent place dans une culture politique façonnée, dans son rapport aux étrangers, par des décennies de justifications intellectuelles et politiques de la colonisation ainsi que des rapports symboliques très dévalorisant avec les populations colonisées. Ces hypothèses amènent en outre à réexaminer les conditions historiques, motivations politiques et intérêts sociaux de la « fermeture des frontières » dans les Etats occidentaux au début des années 1970 ainsi que la genèse des premières politiques antimigratoires à cette époque. A cela s'ajoute aujourd'hui l'étude de la circulation et de la promotion/diffusion, à l'intérieur même de l'Union européenne, associant plusieurs Etats colonisateurs, des savoirs et des savoir-faire acquis en matière de contrôle des "flux migratoires", et, in fine, des techniques répressives employées contre les "clandestins", les immigrés ou ceux qui sont perçus comme tels.

Thème n° 2 : Les formes ordinaires et actuelles de la xénophobie institutionnalisée (délations organisées, délits de solidarité, rafles...)

Dans le processus historique d'institutionnalisation de la xénophobie, l'action publique joue un rôle majeur dont les effets ne se mesurent pas principalement à l'aune des critères technocratiques d'évaluation des politiques publiques, mais de leurs effets idéologiques produits dans la société : les politiques publiques, en présentant comme « techniques » les solutions à des problèmes posés comme implicitement « évidents », imposent des idéologies aussi fortement que certains partis politiques. Elles imposent notamment certaines définitions de problèmes publiques en particulier celle de l'étranger surnuméraire comme un problème, un risque ou une menace pour la société. Ainsi, l'activisme étatique à l'encontre des étrangers sans papiers l'amène à déborder des garde-fous, à subvertir les tabous et à renier les droits fondamentaux que l'histoire a laissé comme traces des grandes dérives européennes. Dans cette perspective, nous nous intéressons particulièrement aux dispositifs juridiques et administratifs d'organisation de la délation politique : l'enrôlement de corps de fonctionnaires de plus en plus divers, loin de leurs missions initiales, dans le signalement à la police des étrangers « irréguliers ». Nous étudierons également la criminalisation des actes de solidarité avec les étrangers et les processus d'enrôlement des institutions policières et judiciaires dans la répression politique des citoyens venant en aide aux sans papiers. Nous nous intéresserons aussi au retour des phénomènes de rafles d'individus stigmatisés comme nuisibles ou délinquants, les recherches pouvant procéder par comparaison avec les actions policières observées dans les anciennes colonies ou, en métropole, dans d'autres périodes de l'histoire.

Thème n° 3 : Dynamiques de mimétismes et de surenchères européennes

A l'heure où la multiplication des recherches autour du concept d' « européanisation » tend à alimenter l'hypothèse d'une convergence entre les structures, les normes et les pratiques nationales, l'étude du phénomène d'institutionnalisation de la xénophobie conduit à s'interroger sur le sens réel de ces influences mutuelles en matière d'accueil et de traitement des étrangers : plutôt que de raisonner en termes de « convergence », ne peut-on pas parler d'un phénomène de surenchère, conduisant au bout du compte à un durcissement des politiques migratoires ? On analysera les interactions « horizontales » entre les Etats européens mais aussi les interactions « verticales » puisque les représentants des Etats agissent à « Bruxelles » ou à « Strasbourg » pour favoriser l'exportation de leurs pratiques nationales, tout en invoquant les contraintes européennes pour justifier des réformes internes. Sont également bienvenues les recherches s'intéressant aux modalités de la diffusion ou du transfert : comment s'opère la comparaison entre les politiques nationales ? Quels sont les critères et les techniques mis en scène pour identifier les « meilleures pratiques » et étalonner les « performances » respectives ? Pourquoi certains systèmes nationaux sont-ils distingués comme des modèles à imiter, ou au contraire stigmatisés comme des échecs à éviter ? Comment les acteurs nationaux se saisissent-ils du modèle extérieur pour le réinterpréter, le domestiquer ou le transformer ? Enfin se pose la question des effets de ces dynamiques. Dans quelle mesure favorisent-elles l'essor d'un langage commun ou l'adoption d'un agenda commun ? Peut-on déjà constater un rapprochement dans la qualification des « problèmes à traiter » et la délimitation de l'espace des solutions acceptables ?

Thème n° 4 : Constructions intellectuelles et diffusions pédagogiques

L'institutionnalisation de la xénophobie semble dépendre, pour une part au moins, des productions intellectuelles, littéraires, politiques, scientifiques et pédagogiques en ce qu'elles donnent à voir ou au contraire occultent du rapport à l'étranger au cours de notre histoire et dans la participation qu'elles peuvent avoir à la construction de l'étranger comme problème, risque ou menace. A cet égard, les sciences humaines et sociales massivement professionnalisées à la fin du XXème siècle, alimentant les contenus pédagogiques du système scolaire, jouent un rôle dans l'évolution de la culture politique qui mérite d'être examiné au moment où celle-ci se trouve entraînée par la remontée des nationalismes xénophobes. Il conviendra en particulier d'analyser le rôle des travaux scientifiques dans la construction de problèmes publics d'ethnicité, d'intégration ou de risque démographique ou encore de menace économique ou culturelle. Cette analyse pourra se rapporter aux contenus publiés et à leurs modes de production notamment à l'état des relations financières, organisationnelles et symboliques entre les pouvoirs politiques et les chercheurs, ainsi qu'aux conditions politiques et économiques de production des manuels scolaires. On s'intéressera particulièrement aux contenus de ces manuels en ce qui concerne le traitement de certains moments historiques, comme ceux de la colonisation et de la décolonisation ainsi qu'aux silences de l'historiographie académique relative aux liens entre le fait colonial et les questions migratoires. Il serait bon également de voir comment ces thèmes sont présentés dans les curricula prescrits, dans les supports pédagogiques que constituent les manuels, les vidéos, etc. Certaines contributions pourraient mettre en évidence les tensions régnantes entre histoire scolaire et mémoire, à la fois dans les programmes et dans les curricula réels.