Il appartient aux syndicats de porter les luttes contre le fascisme et l'idéologie d'extrême droite

Qui sommes nous ?

VISA est une association intersyndicale composée d’une cinquantaine de structures syndicales : la FSU et plusieurs de ses syndicats, l’Union Syndicale Solidaires et plusieurs de ses syndicats, des fédérations et des syndicats de la CGT, de la CFDT, de la CNT, de l’UNEF et le syndicat de la Magistrature.

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En bref

Dans un tract appelant à manifester contre la venue de Marine Le Pen le 19 avril à Marseille, les deux syndicats dénoncent le volet judiciaire du programme de la cheffe du Front National. Un exemple à suivre pour d'autres branches où l'appel nécessaire à faire barrage au Front National ne sera que renforcé par une dénonciation concrète de ses projets pour les salarié-e-s et/ou usagers concerné-e-s.
À Charlottesville (Virginie), samedi 12 août, Heather Heyer, militante antiraciste, est morte, écrasée par un assassin néo-nazi, en manifestant contre le rassemblement “Unite The Right” organisé par l’extrême droite qui voulait honorer la mémoire d’un esclavagiste, le général Lee.  Ce meurtre d’aujourd’hui n’est pas isolé, c’est le dernier d’une longue liste d’agressions et crimes fascistes aux Etats-Unis, comme dans le reste du monde et notamment en Europe (France, Grèce, Espagne). Ce meurtre a suscité l’indignation quasi-générale, comme en France où même le FN, en quête de respectabilité, a été obligé de prendre ses distances avec le président Trump qui renvoie dos à dos néo-nazis et militant-es antiracistes, après en avoir fait un modèle.  Mais au-delà de ces condamnations morales de ce qui s’est passé « outre Atlantique » et qui serait « incompréhensible vu d’ici »,...
Le Syndicat National des Journalistes (SNJ), première organisation de la profession, tient à apporter son total soutien à Julie Hainaut. Cette journaliste subit depuis le 12 septembre un torrent de menaces et d’injures immondes, suite à la publication d’un article critique sur un bar dans l’hebdomadaire lyonnais Le Petit Bulletin.   Sous le titre « Lyon : une pute à nègres féministe veut détruire un bar à rhum ''colonialiste'', mobilisation ! », un organe qui se qualifie lui-même de « site le plus raciste de la fachosphère » n’hésite pas à la traiter de « femelle négrophile » ou de « hyène terroriste » avant de s’en prendre à la « vaginocratie négrophile », de demander l’adresse de cette consœur - une menace lourde de sens - et d’appeler à inonder son mail et son compte twitter.   Admettre qu’une journaliste professionnelle, qui n’a fait que son...
  La CGT 34 et l'UL de Beziers, avec Solidaires et FSU 34 viennent de lancer, avec les organisations féministes locales, une pétition appelant le préfet à retirer les affiches violentes et sexistes placardées partout par Robert Menard. Il semble en effet très important de construire un rapport de force en partant des habitant.es et salarié.es de Beziers et de sa région.   La répression va être rude, surtout pour la camarade de Beziers, il est donc essentiel que cette pétition fasse un tabac.   Une mise à jour ser faite au fur et à mesure pour annoncer les soutiens d'organisations ou d’élu.es.   Merci de signer et de diffuser cette pétition en cliquant ici
"Contre le racisme et la xénophobie, antifasciste tant qu’il le faudra". C’est l’un des chants que scandent, ce mardi depuis 8h, les personnes rassemblées contre le groupuscule identitaire la Ligue du Midi, jugé ce matin pour avoir saccagé, le 30 juin dernier, les locaux de l’association Réseau Accueil Insertion Hérault, une association qui aide les mineurs isolés, pour le compte du Département.   Suite à l’appel d’une quinzaine d’associations - dont la Section de Montpellier de la Ligue des Droits de l'Homme, Amnesty International, Esprit Libre 34, ou encore Sud Santé Sociaux / Solidaires - entre 70 et 80 personnes ont répondu présent à ce rassemblement, selon la Gendarmerie.   Pour Daniel Martin, directeur du Réseau accueil insertion Hérault (RAIH), il s'agit d'un "groupe identitaire, raciste bien évidemment, qui voulait s’attaquer au fait que notre association s’occupent de mineur isolés...
Appel unitaire "Fermons l'Arcadia, local fasciste à Strasbourg" Deuxième manifestation le 20 janvier 2018 L’Arcadia, local/bar du mouvement néo-fasciste "Bastion Social" qui a officiellement succédé au GUD, a été inauguré à Strasbourg le 9 décembre. Le même jour, une manifestation forte de 400 personnes avait alors défilé dans les rues de la capitale alsacienne pour refuser l’implantation de ce local. Nous soulignions alors qu’en prétendant lutter contre la misère sociale, les fascistes entendaient surtout disposer d’un QG pour la préparation d’agressions.    Et nous avions malheureusement raison : le soir même de l’inauguration, un jeune homme d’origine algérienne a été violemment agressé par un groupe de vingt personnes. Deux ont été arrêtées et jugées : l’une d’elle, Thomas Beauffet, une figure de premier plan du Bastion Social à Strasbourg, a été condamné à huit mois de prison ferme.  En...
  Communiqué de la fédération Solidaires étudiant-e-s, émanant de sa commission Antipatriarcat, au sujet du harcèlement ciblé dont sont victimes depuis 2 jours des militantEs féministes et antiracistes.   Depuis le matin du 8 janvier 2018, sur les réseaux sociaux (Facebook et Twitter) la page "Memes royalistes" une page d’extrême droite a annoncé "faire des révélations sur l’UNEF", et a publié des captures d’écrans de tweets de militantEs (femmes racisées) de l’UNEF, en citant leurs noms prénoms et pseudo, incitant de ce fait a un harcèlement ciblé sur ces personnes. Depuis, plusieurs autres camarades de l’UNEF et de Solidaires étudiant-e-s ont également fait les frais de cette abjecte méthode militante d’intimidation.   Les propos cités étaient à chaque fois des tweets dénonçant des oppressions qu’elles subissaient et qui ont été qualifiés par des individus, en majorité d’extrême droite, et certains...
Vous pouvez signer la pétition en ligne par ici. Stopper l’extension d’une porcherie sur le site du camp de concentration de Septfonds Monsieur le Président de la République   Nous sollicitons votre intervention pour empêcher  qu’un « crime de lèse-mémoire » soit commis à l’encontre d’un haut-lieu historique du Tarn-et-Garonne : le site du camp de concentration de Septfonds (lieudit de Judes) risque d’être souillé par l’extension d’une porcherie familiale qui prévoit d’élever dorénavant 6 500 animaux par an.           Sur ce terrain, réquisitionné en mars 1939 pour être transformé en camp de concentration, ont été enfermées environ 30 000 personnes, dans des conditions infrahumaines et sans procès ; 90 % étaient des soldats de l’armée républicaine espagnole, d’autres des soldats de l’armée polonaise et d’autres encore des civils juifs. Un certain nombre des...
Communiqué commun CFDT, CFE-CGC, CGT, FO, FSU, Solidaires et UNSA   La conférence de presse qui a suivi la rencontre des chefs d’État français et turc a permis de mettre en lumière les manipulations de l’opinion publique par les détenteurs du pouvoir politique à Ankara afin de parvenir à l’instauration d’un régime autoritaire.   Les purges et les licenciements massifs de salariés et de fonctionnaires, les violations quotidiennes des droits fondamentaux de l’Homme continuent sans relâche en Turquie. L’état d’urgence, en vigueur depuis dix-sept mois dans tout le pays, était l’opportunité pour le président Erdogan de promulguer 30 décrets-lois en contradiction, tant sur la forme que sur le fond, avec la Constitution turque.   Dernier en date, un décret-loi du 24 décembre, a entraîné le limogeage de plus de 2 700 personnes. Toutes sont accusées soit d’appartenir, soit d’être liées à des organisations «...
NON A L’OUVERTURE D’UN LOCAL FASCISTE A CHAMBERY !   Le mouvement néo-nazi « Bastion Social », anciennement Edelweiss Pays de Savoie, inaugurera son local "l’Edelweiss", situé entre le 169 et le 187 Avenue de Lyon à Chambéry, le 3 février prochain.   Ne voulant plus se limiter à être un "club de ratonnade", les fascistes savoyards tentent de se reconvertir dans la "solidarité" entre "bon français" blancs.   Sous couvert de récupérer la lutte contre la misère sociale et le mal- logement, les fascistes entendent surtout disposer d’un lieu pour la préparation d’agressions. Devons-nous rappeler les violences d’extrême droite quasi quotidiennes dans le Vieux Lyon, l’attaque violente sur un concert militant le 20 octobre dernier à Chambéry (par les mêmes personnes qui ouvrent ce lieu), ou encore l’agression raciste LE SOIR MÊME de l’ouverture d’un local du «...
Exclusion des sans-papiers précaires du bénéfice des réductions tarifaires dans les transports : la justice condamne une mesure discriminatoire   Au début de l’année 2016, le Conseil régional d’Ile-de-France [1] puis, dans la foulée, le STIF (désormais "Ile de France Mobilités") [2], ont décidé de refuser toute réduction tarifaire sur les transports aux personnes étrangères bénéficiaires de l’aide médicale de l’État (AME).   Cette mesure, en vigueur depuis deux ans, a rendu encore plus précaires ces personnes déjà parmi les plus vulnérables en leur imposant davantage d’obstacles pour la reconnaissance de leurs droits : comment désormais se déplacer pour aller travailler, pour aller dormir dans les éventuels centres d’hébergement vers lesquels l’orientation est souvent décidée au jour le jour, pour accompagner leurs enfants à l’école, pour se rendre dans les centres de soins ou encore à la préfecture pour accomplir les...
L’extrême droite n’a pas sa place ni dans les cortèges syndicaux   Ni nulle part ailleurs !    L’exigence de justice sociale qui s’exprime partout en France, face à la multiplication des attaques du gouvernement aux ordres du patronat, appelle à la mobilisation massive des salariés, des agents de la fonction publique et des services publics, des retraités, des privés d’emploi et de la jeunesse.  C’est dans ce contexte que du « Front National » aux « Patriotes », en passant par différents mouvements favorables au « Frexit », des organisations identitaires, xénophobes et racistes se travestissent en pseudo-alliés et soutiens des travailleurs en lutte. Leurs ambitions politiques sont en totale opposition avec nos valeurs, notre aspiration de transformation sociale, nos combats syndicaux pour une société plus juste, plus solidaire, accueillante et fraternelle.  Toutes ces organisations ne font...

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Des outils pour lutter
contre l'extrême droite

- Des livres

Les extrêmes droites en France
- édition Syllepse -
Par Jean Paul Gautier
 

 

Dictionnaire de l'extrême droite
- édition Larousse -
Collection "à présent"
 

 

Jacques Leclerq :
" dictionnaire de la mouvance droitiste
et nationale de 1945 à nos jours "

Michel Briganti, André Déchot et Jean-Paul Gautier
" LA GALAXIE DIEUDONNÉ "
Pour en finir avec les impostures.

Pour commander
Editions Syllepse

AUBE DORÉE. LE LIVRE NOIR DU PARTI NAZI GREC
Auteur: Psarras Dimitris

Pour commander
Editions Syllepse

- Des vidéos

"Aujourd'hui comme hier, combattre l'extrême droite"

Le documentaire "Aujourd’hui comme hier,
combattre l’extrême droite - Histoire croisée
du syndicalisme et de l’extrême droite"
a été réalisé par l'IHS-CGT, dans le cadre
de la campagne CGT-Solidaires-FSU-Unef-FIDL-UNL
« Combattre l’extrême droite, ses idées, ses pratiques »
initiée le 29 janvier 2014 à la Bourse du travail de Paris.
Ce documentaire de 11 minutes peut être utilisé dans
le cadre de formations, de débats, de réunions publiques
et permet de se réapproprier l'histoire de la lutte
antifasciste d'un point de vue syndical.

 

"LE FN aux affaires"

Une enquête menée dans deux villes du Var :
Fréjus et Cogolin, un an après les élections
municipales de 2014.

 

"Bassin miné"

un documentaire d’Edouard Mills-Affif,
qui suit la scène politique locale de Hénin-Beaumont
depuis plus de dix ans.

http://www.bassinmine.com/

Mains brunes sur la ville

Quand l’extrême droite est au pouvoir

MAINS BRUNES SUR LA VILLE – 90 min
Documentaire de Bernard Richard.

Pourquoi des citoyens accordent-ils leur confiance à l’extrême droite, et comment celle-ci se maintient-elle au pouvoir ?(doc tourné pendant la campagne des cantonales de 2011 à Orange et Bollène)

Pour organiser une projection : Tel : 06 25 52 76 74 - Mail : victor.fuvel@free.fr

Aube dorée, une affaire personnelle

Un doc sur le parti néonazi grec accessible gratuitement en ligne !
 

Le livre de Dīmī́trīs Psarrás 'Aube dorée: Le livre noir du parti nazi grec’ (éditions Syllepse), utile complément à ce documentaire peut être commandé (10 €) à VISA 80/82 rue de Montreuil - 75011 PARIS.

Extrême droite française et guerre à Gaza

Les récentes manifestations, à propos de Gaza, ont mis en évidence les positions multiples et très contradictoires de l'extrême droite française. Ce n'est pas tout à fait nouveau de voir des positions divergentes apparaître au sein de l'extrême droite, dès lors qu'un conflit militaire met aux prises l'Etat d'Israël  et des Etats ou mouvements politiques arabes ou musulmans. Pour l'extrême droite, un tel conflit est lourd de symbole, dans la mesure où l'antisémitisme d'une part, le racisme anti-arabe d'autre part constituent des marqueurs idéologiques très forts. Ces marqueurs se retrouvent tout au long de l'histoire de l'extrême droite française, mais ils peuvent entrer en contradiction (vraie ou apparente) à un moment donné.

Dans un contexte où le Front national - parti dominant de cette mouvance - est très affaibli, les contradictions éclatent et s'exacerbent. Avant, il existait une épine dorsale organisationnelle, un appareil structuré capable d'intégrer les différents courants idéologiques et de leur proposer une « synthèse ». Aujourd'hui, les trajectoires respectives de ces courants peuvent se radicaliser, dans la mesure où ce « centre » organisationnel  a moins de puissance et de force d'intégration.

Petite mise en perspective historique

Une petite mise en perspective s'impose. Historiquement, c'est d'abord l'antisémitisme - contre les juifs, présentés comme « le poison des nations » - qui transforme la « droite révolutionnaire » (pour parler avec Zeev Sternhell, qui a analysé les mouvements préfascistes) et nationaliste en mouvement de masse. Au début du XXe siècle, il fournit une grille de lecture de la société, capable de tenir lieu d'« alternative » à l'aspiration révolutionnaire. La « théorie du complot » antisémite explique que ce seraient les juifs, et accessoirement les francs-maçons, qui possèderaient l'argent et détiendraient - secrètement - le pouvoir. Ils chercheraient à contrôler les nations, pour les détruire et ériger leur « gouvernement mondial ». Cette « théorie » permet aux forces les plus réactionnaires de s'adresser aux couches populaires, paupérisées, pour leur offrir une prétendue perspective de lutte aux allures pseudo révolutionnaires.

A partir de 1945, une telle approche semble désormais interdiie aux forces de droite et d'extrême droite. L'antisémitisme doit faire face au bilan historique des crimes du nazisme. Il est devenu politiquement, moralement, sinon juridiquement périlleux voire impossible de s'en revendiquer ouvertement. En même temps, la période des guerres coloniales (surtout celles des années 1950) ainsi que la construction de l'Etat d'Israël change - au moins provisoirement - la donne. L'Etat d'Israël constitue un allié de poids dans la région, pour la France colonialiste combattant le mouvement de libération nationale en Algérie et l'Egypte de Nasser qui cherche à stimuler les forces indépendantistes. A travers une intervention militaire commune contre l'Egypte, en octobre 1956, la France colonialiste et Israël se trouvent côte à côte. (Jean-Marie Le Pen sert alors comme officier, engagé volontaire, dans le corps d'expédition). De plus, la construction d'un Etat national juif, fortement militarisé, semble rendre possible, aux yeux de l'extrême droite de l'époque, une « solution de la question juive » nouvelle. Au lieu de « se mêler » aux peuples et nations de l'Europe, les juifs devraient partir au Proche-Orient pour y ériger leur propre Etat-nation, ce qui permettrait de possibles alliances (pour des raisons stratégiques), et du même coup l'extrême droite serait disculpée de tout antisémitisme. Cette période constitue un tournant majeur pour les droites nationalistes, en France autant qu'en Allemagne fédérale. Au cours de ces années et même plus tard, Jean-Marie Le Pen, portant à l'époque un bandeau, se compare volontiers à Moshe Dayan, le « héros » militaire israélien notamment pendant la guerre des Six jours en 1967.

A la fin des années 1980, la donne change encore. Jean-Marie Le Pen passe, à un autre registre et remet au centre de son discours un antisémitisme qui avait semblé passé au second plan, sinon quasiment disparu. L'épisode du « point de détail » déclenche une rupture. Le chef du FN, ayant cru qu'il avait donné suffisamment de gages « aux juifs » (après avoir rencontré, entre autres, des représentants du parti droitier Herout - ancêtre du Likoud - à New York en février 1987), ne faisait plus suffisamment attention à dissimuler sa tendance naturelle. Lors d'une émission de TV, en septembre 1987, il professe ses sympathies pour les thèses des « révisionnistes », qu'il convient mieux d'appeler négationnistes puisqu'ils nient une évidence historique : la réalité de la Shoah. Ensuite, sur la défensive, il revendique « la liberté de la recherche historique », avant de se réfugier derrière une formule selon laquelle cette « question » - celle de l'existence, ou non, des chambres à gaz - serait « un détail de l'histoire », sans importance majeure.

Cet épisode provoque un tollé. La politique israélienne et la droite pro sioniste, mais aussi de façon plus générale les droites occidentales dominantes rompent les contacts les plus avancés avec le FN. Invité à assister à un congrès du parti conservateur britanniques - des « Torys », nous sommes encore à l'époque de Margaret Thatcher -, Jean-Marie Le Pen voit son invitation annulée en octobre 1987. Il doit aussi faire une croix sur le projet de se rendre en Israël à l'approche des élections présidentielles françaises du printemps 1988. Dès lors, l'extrême droite française peut laisser libre cours à son antisémitisme. En même temps, la donne géopolitique a évolué. C'est l'effondrement du bloc soviétique à la fin de l'année 1989. Jusque-là, l'anticommunisme avait fortement dominé l'orientation du FN en politique internationale, et l'extrême droite avait bruyamment soutenu la réélection du président Reagan en 1984. Mais à la fin de la décennie, la bipolarité entre « communisme » et « monde libre » perd de sa force idéologique. Aux pays de l'Est, c'est « l'éveil des nations ». L'extrême droite  prend - majoritairement - la tangente de l'antiaméricanisme, et la direction du FN défend (non sans beaucoup de mal en interne) une position radicalement opposée à l'intervention militaire des USA en Irak en janvier/février 1991.

A partir de là, l'Etat d'Israël cesse, aux yeux d'une bonne partie l'extrême droite (quasiment en même temps que les USA), d'être vu comme un allié privilégié. C'est désormais le nationalisme radical - y compris des « petites nations » plus ou moins opprimées - qui prime sur l'orientation pro-occidentale classique, aux relents colonialistes. L'antisémitisme pourra plus librement s'exprimer. Ce qui n'empêchera pas Jean-Marie Le Pen, en 2002, de se référer positivement, dans une interview au quotidien israélien « Haaretz » à la politique « de la main forte contre le terrorisme » engagée par Ariel Sharon. Ce dernier n'avait-il pas, dans une interview à « L'Express » à la fin de l'année 2001, comparé sa politique à celle des forces pro-« Algérie française » ? Désormais, les références idéologiques contradictoires coexistent au sein du FN.

Positionnements actuels

Face aux événements de Gaza, l'extrême droite française se positionne de trois façons. Premièrement, une partie (minoritaire) de ses forces applaudit aux opérations militaires d'Israël. Deuxièmement, une bonne partie défend une position « neutraliste », renvoyant dos à dos non seulement les belligérants sur place, mais aussi les manifestations de sympathie pro israéliennes et pro palestiniennes sur le sol français, rejetées comme marque de sympathie pour une « cause étrangère ». Enfin une dernière fraction, professant un nationalisme radical et « révolutionnaire », défend sans retenue des positions ouvertement anti-israéliennes et en même temps antisémites, allant même jusqu'à tenter (sans grand succès) d'infiltrer les manifestations pro palestiniennes, généralement soutenues par des forces de gauche et des immigrés d'origine arabe.

Applaudissements pour les opérations militaires d'Israël

Dans le premier camp, on trouvera notamment Jean-François Touzé, exclu de la NPD pour ses « positions bourgeoises, atlantistes et sionistes » et qui a créé, en septembre 2008, son propre groupement politique : la « Nouvelle Droite Républicaine » (NDR). La NDR, tiendra son premier meeting public à Paris, le 1er mars 2009, sous le titre « Pour une nouvelle alliance occidentale » et avec le symbole de l'OTAN comme drapeau. Fin 2008, Jean-François Touzé, son mini-parti et le site Internet qui lui est proche (Rebelles.info) avaient bruyamment fait campagne pour l'élection de John McCain à la présidence des Etats-Unis.  Dans ce contexte, la NDR défend des positions explicitement favorables à la guerre menée par l'armée israélienne à Gaza, et applaudit bruyamment ses soldats et leurs « victoires » : « La Nouvelle Droite Républicaine soutient sans réserve l'offensive menée par L'Etat d'Israël contre le Hamas. Ce qui est en cause c'est bien sur la sécurité des Israéliens (...). C'est aussi la sécurité de l'Occident tout entier qui, face au terrorisme islamique, doit revendiquer son droit et son devoir à la riposte légitime et à l'emploi de la force juste. La NDR dénonce enfin la désinformation qui tend à faire croire que des centaines de civils ont été tués ces deux derniers jours sur la bande de Gaza. S'il est malheureusement inévitable dans tout conflit que des pertes soient à déplorer au sein de la population, la vérité est que 80% des tués appartiennent aux forces armées du Hamas. » Le site Internet qui soutient la NDR agit d'ailleurs en partenariat étroit avec des journalistes connus proches de la « droite dure » classique, reprenant et publiant leurs articles « avec autorisation de l'auteur », dont Ivan Rioufoul du « Figaro ». C'est le cas des articles de Michel Gurfinkiel, journaliste à l'hebdomadaire « Valeurs actuelles », proche politiquement de la droite dure israélienne et de l'idéologie des colons ; adversaire depuis toujours de toute reconnaissance d'un droit à l'autodétermination des Palestiniens et opposé à l'OLP (selon lui « une fratrie terroriste ») autant qu'au Hamas.

Neutralisme nationaliste : Non aux « intérêts étrangers » des uns et des autres

Une majeure partie de l'extrême droite française défend plutôt une politique du « Ni - Ni », mettant les deux camps dos à dos, refusant du même coup que l'on « se batte dans les rues françaises pour des intérêts étrangers ». Ainsi l'hebdomadaire « Minute », proche du FN sans être sous le contrôle de ses instances, titrait le 14 janvier 2009 : « Qu'ils soient pour le Hamas ou pour Israël : Qu'ils aillent se battre là-bas ! » C'est aussi l'orientation des interventions de la NDP (Nouvelle Droite Populaire), qui a, par exemple, distribué le 26 janvier - avec un groupuscule monarchiste - un tract sous le titre « Ni Israël ni Palestine... Vive la France » où l'on peut lire : « Suite aux manifestations passées et à venir pour soutenir les politiques israélienne ou palestinienne, la Nouvelle Droite Populaire et Génération FA8 s'associent pour rappeler que ce conflit ne concerne ni l'Europe et encore moins la France. De plus, des individus sur notre sol en profitent pour imposer des discours qui sont très éloignés des intérêts politiques de la France et des Français, ceci est inadmissible. (...) La Nouvelle Droite Populaire et Génération FA8 tiennent à rappeler que seuls les intérêts de nos peuples et de notre civilisation doivent guider les choix politiques de la France (et non être animés par une rhétorique gauchiste, droit de l'hommiste et pro islamiste). »

C'est dans une logique similaire qu'à Nice, le « Bloc identitaire » (puissamment implanté) s'est opposé à la tenue de manifestations pro palestiniennes. Allant jusqu'à organiser, le 17 janvier, une contre-manifestation sous les mots d'ordre « Maîtres chez nous ! » et « Ne laissons pas notre ville à la racaille ! » A ses yeux, ceux qui se mobilisaient contre la guerre à Gaza étaient uniquement, soit des immigrés d'origine arabe, soit des traîtres défenseurs d’’ intérêts étrangers ». Les deux manifestations (celle des pros palestiniens, et celle des « Identitaires ») à Nice avaient été interdites, mais ont eu lieu quand même - au moins pendant une courte durée -, les deux publics s'invectivant respectivement en scandant : « Nous sommes d'ici ! ».

Offensive pour le négationnisme et la banalisation de la Shoah

En même temps, certains des protagonistes de l'extrême droite ont profité l'occasion pour repasser à l'offensive sur la question du négationnisme, ou plus précisément sur la banalisation de la Shoah.  Jean-Marie Le Pen, notamment, s'est exprimé à plusieurs reprises en cherchant à assimiler les massacres commis par l'armée israélienne à Gaza au génocide perpétré par les nazis en Europe. Le 8 janvier 2009, il compare la situation dans la bande de Gaza à un gigantesque « camp de concentration ». Cette allusion aux camps de la mort, instrument dans la politique d'extermination de régime nazi, est, bien entendu, une contrevérité historique - alors qu'on pourrait éventuellement analyser la situation des Palestiniens à Gaza à la lumière de celle faite aux Amérindiens parqués dans une « réserve » ou des Noirs mis dans un « Bantoustan » par l'Afrique du Sud sous l'Apartheid (régime soutenu dans son temps par le FN français).  Huit jours plus tard,  Jean-Marie Le Pen compare Gaza au « Ghetto de Varsovie », et les forces politiques agissantes en Palestine occupée (dont le Hamas) à l'insurrection du ghetto en 1943. Une fausse analogie historique, là aussi, bien entendu : la politique d'occupation en Palestine et les assauts militaires doivent bien sûr être condamnés, mais ils ne sont en rien assimilables à la tentative des nazis d'exterminer physiquement tout un peuple jusqu'au dernier nourrisson. Dans le cas de la politique militaire d'Israël (comme dans celui des guerres coloniales menées, entre autres, par la France), il s'agit d'imposer des objectifs politiques (ou parfois économiques). Une fois ceux-ci atteints, la violence à l'état brut peut cesser - même s'il subsiste une violence structurelle - ; et la mort de civils est considérée comme « un prix à payer » ou encore « des dégâts collatéraux », mais non pas comme un but en soi. Les deux logiques ne sauraient être confondues.

De toute manière, ce que recherche Jean-Marie Le Pen ce n'est pas une explication ou analyse par analogie historique. Son but est bel et bien de banaliser l'horreur des crimes nazis, en les faisant disparaître (avec toute la spécificité qui les caractérise) derrière une chaîne de crimes politiques ou militaires assez différents les uns des autres. Le tout, non pas pour dénoncer tous les crimes, mais pour finir par dire : « Les uns ne valent pas mieux que les autres, donc cessons de nous battre la coulpe. Au final, personne ne fait des omelettes sans casser des œufs, donc cessons de nous en émouvoir. »

Jean-Marie Le Pen n'est pas le seul dans cette logique de banalisation de la Shoah, ni d'ailleurs celui qui va le plus loin. Le MDI (« Mouvement des Damnés de l'impérialisme »), groupuscule radical - inspiré de racialisme noir et d'antisémitisme - qui a pris la succession de la « Tribu K » interdite en 2006, va beaucoup plus loin. Sur son site, ce groupuscule dirigé par le fasciste « Kémi Séba » alias Stellio Capochichi délire : « Gaza est pire que la Shoah ! », ceci alors que, par ailleurs, il n'a jamais reconnu la réalité du génocide perpétré contre les juifs (ces derniers s'érigeant, selon lui, en victimes de façon frauduleuse).

Précisons que dans le contexte actuel, lourd de confusions politiques et historiques, il n'est pas rare de voir dans les manifestations - dénonçant à juste titre l'intervention militaire de l'Etat d'Israël à Gaza et les brutalités qui l'ont accompagnée - des pancartes assimilant Israël à l'Allemagne nazie, la guerre de Gaza à la Shoah, « Gaza et Auschwitz ». Ces pseudos comparaisons historiques ne sont pas toujours l'œuvre de groupes politiques organisés, mais souvent le fruit d'une émotion et colère spontanées. Il n'en reste pas moins que les comparaisons aboutissant objectivement à une banalisation du nazisme ne doivent pas avoir leur place dans le discours politique des forces anti-guerre, pro palestiniennes, humanistes ou anticolonialistes.

Les nationalistes-révolutionnaires et les « Rouges-bruns » pour un combat en apparence pro palestinien

Reste qu'une fraction de l'extrême droite, celle qui se voudrait la plus « révolutionnaire » et/ou qui est, en réalité, la plus antisémite, a tenté de se mobiliser - dans le conflit- pour un combat en apparence « pro palestinien ».

Il s'agit d'une part des « Rouges-bruns », qui adoptent une rhétorique « révolutionnaire » verbalement dirigée contre le capitalisme (décrit de préférence comme « apatride ») et « anti-système ». A leurs côtés, on trouve les « nationalistes-révolutionnaires », qui forment un courant idéologiquement structuré au sein de l'extrême droite. Selon leur idéologie spécifique, ils formeraient un mouvement révolutionnaire ; les sujets des révolutions étant - selon eux - non pas des forces sociales mais des « peuples » conçus au sens ethnique du terme. En faisant cela, ils gomment systématiquement toute différence entre la situation d'un peuple victime d'une réelle oppression nationale (ce qui était, entre autres, le cas des Algériens sous le colonialisme, et est le cas des Palestiniens ou des Kurdes, à l'heure actuelle) et celle des autres nations, y compris les plus dominantes. Ce courant aimerait adopter un schéma de mouvement - par essence nationaliste - qui a pu « fonctionner » et trouver un soutien populaire dans des pays colonisés, en les appliquant aux (anciennes) métropoles elles-mêmes. Or, faute d'oppression nationale - qui n'existe pas , par exemple, pour le peuple français en tant que tel - ils inventent une oppression de ces nations par des forces occultes supranationales, par des « lobbys mondialistes » hyper puissants et (parmi eux) « le sionisme international ». Le chemin pour dire que ce seraient les juifs qui opprimeraient les nations, éventuellement avec un pouvoir « mondialiste » basé aux Etats-Unis - mais opprimant selon eux aussi les « vrais » Américains -, n'est jamais très loin.

Un tel positionnement a été adopté, dans le récent conflit, bien sûr par le courant « nationaliste-révolutionnaire » lui-même, représenté par le site Internet « VoxNR ». Celui-ci a, très tôt, adopté un langage ultra-violent contre Israël (« Israël, une machine conçue pour tuer ») et un positionnement de soutien - rhétorique - aux Palestiniens. Ce courant trouve des alliés structurels dans le MDI, mais aussi, entre autres, chez les partisans d'un Dieudonné devenu antisémite forcené.

L'intervention d'Alain Soral, un « rouge-brun » faisant partie des conseillers de Marine Le Pen - quoique cette dernière soit sur d'autres positions, concernant notamment l'attitude à adopter vis-à-vis d'Israël et des Etats-Unis -, allait dans le même sens au moment des événements de Gaza. Après « VoxNR », l'association  propre d'Alain Soral, appelée « Egalité & Réconciliation », appelait elle aussi - après une réunion de sa direction, le 12 janvier - à se joindre aux manifestations pro palestiniennes. Dès le 10 janvier d'ailleurs, selon des informations rapportées par « indymedia », un groupe d'une dizaine de partisans d'Alain Soral (reconnaissables par leurs badges) avait infiltré la manifestation pro palestinienne à Bordeaux. Sur le site « Nations Presse Info », proche de Marine Le Pen, c'est plutôt cette ligne-là qui dominait dans les articles publiés pendant la durée du conflit à Gaza. Même si des forces situées dans le proche entourage de Marine Le Pen, comme le groupe « Convergences nationales » (formé par d'anciens du MNR, dont Nicolas Bay, son ancien secrétaire général), soutenaient sur le même site d'autres positions. Ainsi, selon un communiqué de « Convergences nationales », toute la faute de la guerre de Gaza incomberait uniquement au seul Hamas.

La manifestation pro palestinienne parisienne du 24 janvier 2009 devait permettre l'épreuve du terrain pour les partisans d'Alain Soral et de VoxNR. Accompagnés de partisans du MDI de « Kémi Séba », ils étaient environ deux douzaines au total à tenter de rallier la manifestation à Paris. A son début, ils en furent chassés par le Service d'ordre au point de ralliement. Cependant, ils reviendront un peu plus tard, pour se mettre dans le cortège d'un groupuscule politico-religieux d'obédience chiite, le « Centre Zahra » basé en région parisienne (qui vient de fonder un fantomatique « Parti Anti-sioniste »). On y notait aussi la présence de Ginette Skandrani, négationniste connue et anciennement exclue du Parti des « Verts », tiers-mondiste fourvoyée, mais aussi autrefois très proche de Roger Garaudy.

(sur la photo, prise par nos soins,...Ginette Skandrani )

Plus tard, le Service d'ordre et la Police feront sortir les partisans d'extrême droite de la manifestation, la police invoquant les nécessités de « leur protection ».

Sur des tracts, les partisans d'Alain Soral décrivent la situation des Palestiniens de Gaza comme celles de « victimes, depuis 60 ans, de l'immigration illégale ». Les juifs vivant en Israël y sont assimilés à des sans-papiers qui auraient submergé le pays historique des Palestiniens - dessinant la menace que demain, cela pourrait aussi arriver à l'Europe. La propagande ne semble cependant pas extrêmement appropriée au public de la manifestation, pour l'essentiel composée soit d'immigrés (d'origine maghrébine et autres), soit de militants de gauche et d'extrême gauche défendant habituellement les sans-papiers.

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« Lumière sur mairies brunes » tome 2, c'est 236 pages et autant d'arguments contre l'extrême droite. Ce deuxième tome « lumière sur mairies brunes » couvre la période allant de juin 2015 à juin 2017. Il regorge d’informations sur les pratiques municipales plus ou moins radicales de l’extrême droite et illustre ainsi tous les reculs sociaux qu’elle provoque lorsqu'elle exerce le pouvoir.

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Il faut veiller à ce que le combat contre l'extrême droite ne passe pas après les luttes syndicales au prétexte qu'elle a été battue aux présidentielles et qu'elle n'a obtenue «que» 9 députés.

Il faut continuer de lutter, sans relâche et avec la même force, contre les politiques libérales, notre adversaire qui fait aussi monter le FN, et contre le fascisme, notre ennemi historique.

 

Vigilance et Initiatives Syndicales Antifascistes - 80/82 rue de Montreuil - 75011 PARIS

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