Il appartient aux syndicats de porter les luttes contre le fascisme et l'idéologie d'extrême droite

Qui sommes nous ?

VISA est une association intersyndicale composée d’une cinquantaine de structures syndicales : la FSU et plusieurs de ses syndicats, l’Union Syndicale Solidaires et plusieurs de ses syndicats, des fédérations et des syndicats de la CGT, de la CFDT, de la CNT, de l’UNEF et le syndicat de la Magistrature.

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En bref

Dans un tract appelant à manifester contre la venue de Marine Le Pen le 19 avril à Marseille, les deux syndicats dénoncent le volet judiciaire du programme de la cheffe du Front National. Un exemple à suivre pour d'autres branches où l'appel nécessaire à faire barrage au Front National ne sera que renforcé par une dénonciation concrète de ses projets pour les salarié-e-s et/ou usagers concerné-e-s.
À Charlottesville (Virginie), samedi 12 août, Heather Heyer, militante antiraciste, est morte, écrasée par un assassin néo-nazi, en manifestant contre le rassemblement “Unite The Right” organisé par l’extrême droite qui voulait honorer la mémoire d’un esclavagiste, le général Lee.  Ce meurtre d’aujourd’hui n’est pas isolé, c’est le dernier d’une longue liste d’agressions et crimes fascistes aux Etats-Unis, comme dans le reste du monde et notamment en Europe (France, Grèce, Espagne). Ce meurtre a suscité l’indignation quasi-générale, comme en France où même le FN, en quête de respectabilité, a été obligé de prendre ses distances avec le président Trump qui renvoie dos à dos néo-nazis et militant-es antiracistes, après en avoir fait un modèle.  Mais au-delà de ces condamnations morales de ce qui s’est passé « outre Atlantique » et qui serait « incompréhensible vu d’ici »,...
Le Syndicat National des Journalistes (SNJ), première organisation de la profession, tient à apporter son total soutien à Julie Hainaut. Cette journaliste subit depuis le 12 septembre un torrent de menaces et d’injures immondes, suite à la publication d’un article critique sur un bar dans l’hebdomadaire lyonnais Le Petit Bulletin.   Sous le titre « Lyon : une pute à nègres féministe veut détruire un bar à rhum ''colonialiste'', mobilisation ! », un organe qui se qualifie lui-même de « site le plus raciste de la fachosphère » n’hésite pas à la traiter de « femelle négrophile » ou de « hyène terroriste » avant de s’en prendre à la « vaginocratie négrophile », de demander l’adresse de cette consœur - une menace lourde de sens - et d’appeler à inonder son mail et son compte twitter.   Admettre qu’une journaliste professionnelle, qui n’a fait que son...
  La CGT 34 et l'UL de Beziers, avec Solidaires et FSU 34 viennent de lancer, avec les organisations féministes locales, une pétition appelant le préfet à retirer les affiches violentes et sexistes placardées partout par Robert Menard. Il semble en effet très important de construire un rapport de force en partant des habitant.es et salarié.es de Beziers et de sa région.   La répression va être rude, surtout pour la camarade de Beziers, il est donc essentiel que cette pétition fasse un tabac.   Une mise à jour ser faite au fur et à mesure pour annoncer les soutiens d'organisations ou d’élu.es.   Merci de signer et de diffuser cette pétition en cliquant ici
"Contre le racisme et la xénophobie, antifasciste tant qu’il le faudra". C’est l’un des chants que scandent, ce mardi depuis 8h, les personnes rassemblées contre le groupuscule identitaire la Ligue du Midi, jugé ce matin pour avoir saccagé, le 30 juin dernier, les locaux de l’association Réseau Accueil Insertion Hérault, une association qui aide les mineurs isolés, pour le compte du Département.   Suite à l’appel d’une quinzaine d’associations - dont la Section de Montpellier de la Ligue des Droits de l'Homme, Amnesty International, Esprit Libre 34, ou encore Sud Santé Sociaux / Solidaires - entre 70 et 80 personnes ont répondu présent à ce rassemblement, selon la Gendarmerie.   Pour Daniel Martin, directeur du Réseau accueil insertion Hérault (RAIH), il s'agit d'un "groupe identitaire, raciste bien évidemment, qui voulait s’attaquer au fait que notre association s’occupent de mineur isolés...

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Des outils pour lutter
contre l'extrême droite

- Des livres

Les extrêmes droites en France
- édition Syllepse -
Par Jean Paul Gautier
 

 

Dictionnaire de l'extrême droite
- édition Larousse -
Collection "à présent"
 

 

Jacques Leclerq :
" dictionnaire de la mouvance droitiste
et nationale de 1945 à nos jours "

Michel Briganti, André Déchot et Jean-Paul Gautier
" LA GALAXIE DIEUDONNÉ "
Pour en finir avec les impostures.

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Editions Syllepse

AUBE DORÉE. LE LIVRE NOIR DU PARTI NAZI GREC
Auteur: Psarras Dimitris

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Editions Syllepse

- Des vidéos

"Aujourd'hui comme hier, combattre l'extrême droite"

Le documentaire "Aujourd’hui comme hier,
combattre l’extrême droite - Histoire croisée
du syndicalisme et de l’extrême droite"
a été réalisé par l'IHS-CGT, dans le cadre
de la campagne CGT-Solidaires-FSU-Unef-FIDL-UNL
« Combattre l’extrême droite, ses idées, ses pratiques »
initiée le 29 janvier 2014 à la Bourse du travail de Paris.
Ce documentaire de 11 minutes peut être utilisé dans
le cadre de formations, de débats, de réunions publiques
et permet de se réapproprier l'histoire de la lutte
antifasciste d'un point de vue syndical.

 

"LE FN aux affaires"

Une enquête menée dans deux villes du Var :
Fréjus et Cogolin, un an après les élections
municipales de 2014.

 

"Bassin miné"

un documentaire d’Edouard Mills-Affif,
qui suit la scène politique locale de Hénin-Beaumont
depuis plus de dix ans.

http://www.bassinmine.com/

Mains brunes sur la ville

Quand l’extrême droite est au pouvoir

MAINS BRUNES SUR LA VILLE – 90 min
Documentaire de Bernard Richard.

Pourquoi des citoyens accordent-ils leur confiance à l’extrême droite, et comment celle-ci se maintient-elle au pouvoir ?(doc tourné pendant la campagne des cantonales de 2011 à Orange et Bollène)

Pour organiser une projection : Tel : 06 25 52 76 74 - Mail : victor.fuvel@free.fr

Aube dorée, une affaire personnelle

Un doc sur le parti néonazi grec accessible gratuitement en ligne !
 

Le livre de Dīmī́trīs Psarrás 'Aube dorée: Le livre noir du parti nazi grec’ (éditions Syllepse), utile complément à ce documentaire peut être commandé (10 €) à VISA 80/82 rue de Montreuil - 75011 PARIS.

Autriche : Un paysage politique toujours marqué par le populisme et le racisme

Automne 2008 en Autriche : Un paysage politique inquiétant car toujours marqué par le populisme et le racisme après les élections et la mort de Jörg Haider

I/ La rupture de la grande coalition et le contexte préélectoral

Moins connu du public, un épisode décisif s’est déroulé au cours de l’été 2008 : le rapprochement insidieux entre une partie de l’appareil du Parti social-démocrate et une partie de l’extrême droite. Cela concerne surtout le FPOe (« Parti de la liberté d’Autriche »), le plus grand des deux partis de la « droite populiste » (ou extrême droite) du pays, divisée depuis 2005. Le point culminant des tractations - menées en public et en cachette - aura été, trois jours et demi avant les élections législatives du 28 septembre, l’adoption de quelques mesurettes sociales au Parlement fédéral… par une majorité de circonstance réunissant surtout députés sociaux-démocrates et députés du parti d’extrême droite FPOe. C’est ainsi, que l’extrême droite aura été crédibilisée dans son rôle de parti occupant une place centrale sur l’échiquier politique, et de « défenseur des intérêts sociaux des plus faibles ».

Si, pour l’heure, le résultat des négociations pour la constitution d’un nouveau gouvernement n’est pas encore explicitement connu, les deux points suivants semblent à peu près certains : L’extrême droite autrichienne, plus forte électoralement que jamais, restera probablement dans l’opposition et, si rien ne change, elle risque de se renforcer. Elle peine cependant, pour l’heure, à dépasser sa division en deux forces concurrentes dont le public et le « style » sont partiellement différents mais il y a des fortes chances pour que cette division ne reste pas éternelle, puisque l’une des deux formations d’extrême droite vient d’être décapitée par la mort de son chef.

Les élections anticipées, sur fond de rapprochements inavoués

Principal événement marquant de cette dernière période, les élections au Parlement fédéral (appelé « Nationalrat », Conseil national) le 28 septembre dernier ont été organisées à une date anticipée. La rupture de la « Grande Coalition » a été rapidement suivie de la démission du chancelier (chef du gouvernement) sortant, le social-démocrate Alfred Gusenbauer. La date des nouvelles élections fut fixée à fin septembre (d’abord au 21 puis au 28), afin de faire en sorte que la majeure partie de la campagne électorale se déroule pendant la période des vacances. Le gouvernement sortant et les dirigeants des grands partis espéraient limiter ainsi les dégâts, sur fond d’un constat d’échec cuisant de leur alliance commune.

Cela ne faisait que 18 mois que les deux grands partis politiques du pays, le SPOe (Parti social-démocrate d’Autriche) et l’OeVP (« Parti du peuple autrichien », de tendance chrétienne-démocrate et surtout pro-européenne), gouvernaient ensemble. La dernière élection, au plan fédéral, remontait au 1er octobre 2006. C’est après cette dernière élection, précisément, que l’OeVP n’a pas renouvelé son alliance précédente avec la « droite populiste » (au gouvernement de 2000 à 2006), préférant renouer avec les sociaux-démocrates comme pendant la période allant jusqu’en 1999.

Au cours de ces 18 mois, les deux principaux partis d’Autriche n’ont guère avancé dans la même direction. L’OeVP, conforté dans sa posture de parti offensif au cours de l’alliance qu’il avait conclu avec la « droite populiste » entre 2000 et 2006, entendait accélérer la marche forcée vers toujours plus de « réformes ». Ainsi ce parti de la droite libérale et conservatrice demandait-il aux sociaux-démocrates de donner leur accord à la privatisation d’importantes entreprises publiques (comme de la compagnie aérienne « Austrian Airlines ») et de services publics tels que les chemins de fer, ce que le Parti social-démocrate refusa. Les deux partis de l’alliance gouvernementale ne parvenaient pas non plus à se mettre d’accord sur une politique d’immigration commune, sur un projet pour le mariage des homosexuels ou encore sur le financement d’une branche « dépendance » de la protection sociale. Le Parti social-démocrate ne suivait pas la cadence des reformes exigées par son partenaire de gouvernement, d’autant plus que c’est sa base qui se voyait exposée à l’augmentation de la vie chère et à la crise financière et économique.

 « L’Europe » comme prétexte de la rupture

L’Europe, qui servait trop souvent d’argument d’autorité pour justifier toutes les coupes sociales, privatisations et autres « reformes », devenait de plus en plus impopulaire auprès de la base électorale du SPOe. Cependant se mêlent, sur ce terrain de contestation sourde de « l’Europe » et de la politique d’intégration européenne de l’Autriche, deux niveaux de plus en plus difficiles à distinguer dans le climat actuel. D’un côté, se trouve une contestation du contenu des politiques libérales mises en place, surtout en matière économique, au niveau de l’Union européenne. De l’autre côté, on tombe sur une tonalité plus ou moins « souverainiste » ou nationaliste, voire « chauvine », rendant l’intégration supra-nationale en tant que telle – le fait de « devoir payer pour les autres » - responsable de tous les maux. Le fait que les centres de décision s’éloignent de plus en plus des populations, justement pour imposer des politiques de « casse sociale », favorise ce genre de confusions. En Autriche, ou la « droite populiste » est particulièrement forte (y compris dans l’électorat ouvrier anciennement acquis aux sociaux-démocrates), ce risque du brouillage des repères politiques est plus élevé encore qu’ailleurs.

C’est précisément sur ce dernier terrain, celui de la contestation – plus ou moins teintée de « populisme » - qu’une fraction de l’appareil social-démocrate choisit de contre-attaquer, pour se dégager de l’étreinte de la droite conservatrice et libérale. Ceci afin d’atteindre deux objectifs : tout d’abord, s’adresser à, et regagner au besoin, des électeurs anciennement sociaux-démocrates tentés de passer à l’extrême droite, puis, repasser à l’offensive face aux conservateurs. Ceci devait impliquer aussi d’empêcher les conservateurs de redevenir majoritaires en changeant d’alliance au profit d’une nouvelle lune de miel avec la « droite populiste ». Que faire alors ? Se rapprocher de cette dernière, afin de rester ou redevenir crédibles auprès des électeurs attirés par elle… … quitte à inclure dans l’opération un rapprochement avec l’extrême droite organisée elle-même.

Le chancelier Alfred Gusenbauer, issu du Parti social-démocrate était de plus en plus contesté dans les rangs de son propre parti. Il était notamment la cible des critiques émanant des sections régionales du parti, y compris là où celui-ci conduisait des gouvernements dans les « Länder » (états-régions), et des syndicats historiquement très liés au Parti social-démocrate. C’était le moment pour son grand rival, Werner Faymann, alors ministre des transports et de l’infrastructure, de prendre l’offensive. Ce dernier força la main au chancelier – d’abord réticent – pour s’adresser, fin juin 2008, au public à travers le grand quotidien populiste « Kronen-Zeitung ».

Werner Faymann  et son chef de gouvernement, Alfred Gusenbauer, rendent publique dans ce journal une « Lettre ouverte ». Dans celle-ci, ils annoncent qu’à l’avenir, à chaque fois qu’une « modification importante des traités de l’Union européenne » toucherait « les intérêts de l’Autriche », celle-ci devra être soumise à référendum devant le peuple. Nous sommes à quelques semaines du « Non » irlandais, lors du référendum sur le traité de Lisbonne. Cependant l’Autriche a déjà ratifié, par la voie parlementaire, ce dernier traité. Il n’y a donc pas d’enjeu immédiat, en termes de « Realpolitik » : il n’y aura probablement pas de sitôt une nouvelle modification « importante » des traités européens, et la question d’un éventuel référendum ne se posera (a priori) pas au cours des cinq années qu’est censé durer le gouvernement de M. Gusenbauer.

L’affaire est surtout symbolique: les deux dirigeants sociaux-démocrates formulent l’expression d’une certaine hésitation à l’encontre de l’Union européenne. Ce faisant, ils ne tranchent surtout pas la question touchant à la nature politique de cette critique  : critique « sociale » et progressiste du néolibéralisme à l’œuvre dans l’UE, ou alors critique « nationaliste », chauvine et opposée à l’entrée de la Turquie ? En France, avant le référendum du 29 mai 2005, la distinction entre le « Non de gauche » et celui « de droite » était a priori suffisamment claire. En Autriche, ce n’est pas le cas. Il est vrai que le tout se déroule sur fond d’un désamour vis-à-vis de l’Union européenne, assez largement répandu en Autriche. Le taux de « satisfaction vis-à-vis de l’Europe », exprimé lors de sondage, est le plus faible de toute l’Union ; il varie entre 23 et 28%.

En même temps, le geste des auteurs de la « Lettre ouverte » est suffisamment fort pour agacer au plus profond les conservateurs, qui partagent alors les postes au gouvernement avec le Parti social-démocrate. Les conservateurs prennent l’initiative de la rupture de l’alliance. Là aussi, il ne s’agit probablement que d’un prétexte : le rythme des « réformes » était par trop ralenti à leurs yeux.

Vote commun avec l’extrême droite, pour lui assurer une « bonne conscience sociale »

Dans les semaines qui suivent la dissolution de la coalition, la démission du gouvernement et la fixation d’une date pour des élections anticipées, l’ancien chef de file Alfred Gusenbauer est supplanté par Werner Faymann. Ce dernier devint tête de liste puis prit la tête du parti en août 2008 (avec plus de 98 % des votes des délégués au congrès convoqué à l’occasion).

Sous la houlette du stratège Faymann, la direction social-démocrate entama des négociations avec d’autres partis,  notamment avec le FPOe d’extrême droite, pour préparer un vote au Parlement fédéral. Ces pourparlers impliquaient au moins une rencontre, début septembre, entre les deux chefs de parti pour fixer les modalités du vote. A trois jours du dimanche électoral (28 septembre), ce vote eut finalement lieu. Plusieurs mesurettes sociales que le Parti social-démocratie n’avait pu faire voter par son partenaire de gouvernement au cours des 18 mois de la législature étaient à l’ordre du jour. Justifiées au nom de l’urgence due à la crise financière (et la menace d’une crise économique), on y trouve une baisse de la TVA sur certains produits, tels qu’aliments et médicaments. Finalement, si la réduction (de moitié) de la TVA sur les médicaments a pu être votée ce jour là, en revanche, celle sur les produits alimentaires ne passa pas. Ici, c’est la « droite populiste » qui était divisée : alors que le FPOe, le plus fort entre les deux partis politiques de cette mouvance, a voté pour, ce n’est pas le cas de la poignée de députés du BZOe (« Bündnis Zukunft Österreich », Alliance Avenir Autriche). Ces derniers avançaient des arguments techniques : la Commission européenne rejetterait éventuellement cette mesure – alors que le même parti ne loupe guère une occasion, autrement, de vilipender les autorités bruxelloises -, et il ne serait pas garanti que les commerçants la répercutent réellement sur les consommateurs… L’alternative proposée par le BZOe était la défiscalisation des heures supplémentaires. Les députés du groupe BZOe, alors encore minuscule (en 2006, « l’Alliance Avenir Autriche » avait obtenu moins de 4 % des voix), faisant défaut, le vote concernant la baisse de la TVA sur les produits alimentaires n’obtint pas de majorité.

D’autres mesures, en revanche, passèrent. On y trouve notamment la suppression des « taxes d’études » (Studiengebühren), les études dans l’enseignement supérieur étant devenues payantes – à hauteur d’environ 1.000 Euros par rentrée – depuis l’année 2000. On nage ici en pleine démagogie : c’est le gouvernement droite / extrême droite (coalition du OeVP avec le FPOe), arrivé au pouvoir en février 2000, qui avait rendu payantes les études. Puis, lors de l’alternance de l’hiver 2006/07 – avec la formation de l’alliance du SPOe et du OeVP -, malgré la promesse électorale des sociaux-démocrates, le nouveau gouvernement dirigé par le social-démocrate Alfred Gusenbauer n’avait pas supprimé ce caractère payant, conformément au « contrat de coalition » entre les deux grands partis. En s’offrant, à trois jours des élections générales, la possibilité d’effacer des mémoires que c’est un gouvernement auquel le FPOe participait, qui avait introduit le caractère payant des études, le SPOe a, du même coup, donné une occasion en or au FPOe de se racheter une « bonne conduite sociale ». Plutôt que d’utiliser cela comme argument contre le FPOe, les sociaux-démocrates ont préféré « réhabiliter » le parti d’extrême droite dans son costume de « défenseur des droits sociaux ». Signalons d’ailleurs, aussi, que la suppression des études payantes (votée le 25 septembre 2008 au Parlement autrichien) ne vaut que pour les étudiants autrichiens et les ressortissants des pays membres de l’Union européenne. Les étudiants étrangers continueront à payer plein pot…

II/ La campagne et les élections du 28 septembre

La campagne électorale : racisme et surenchères

La campagne électorale se déroulant majoritairement pendant la période des vacances estivales, le climat général demeurait bien morne et ne mobilisait pas les foules. Or, très tôt, le racisme est apparu dans la campagne. C’est d’abord le BZOe (Alliance Avenir Autriche) et son chef de file, Jörg Haider, qui commençait à attirer l’attention sur des sujets liés au racisme et à l’immigration. En juillet 2008, Haider, « Landeshauptmann » (gouverneur élu par le Parlement régional, chef de l’exécutif régional) de la Carinthie, déclencha une polémique avec le gouvernement fédéral de Vienne. Il se mit à renvoyer des demandeurs d’asile, « délinquants » aux dires de Jörg Haider, hors des frontières de son « Land » (état-région). Cela signifiait concrètement qu’il les faisait mettre dans des bus, en cherchant à les renvoyer dans les régions « à côté ». A charge pour le gouvernement fédéral, et à sa ministre de l’intérieur Maria Fekter (du OeVP), de s’en occuper et de « résoudre le problème », tonnait Jörg Haider. Or, le gouvernement fédéral et sa ministre ne se laissaient pas faire, en faisant arrêter – lors de la deuxième opération - le bus en pleine nuit aux frontières de la Carinthie pour renvoyer les personnes concernées (parmi eux des Tchétchènes et des Africains). Puis la région et l’Etat fédéral jouaient au ping-pong avec ces demandeurs d’asile « indésirables », se renvoyant mutuellement la balle. Précisons que rien ne permettait, en réalité, à Jörg Haider d’affirmer qu’il s’agissait de « délinquants », puisque les intéressés n’étaient condamnés par aucun tribunal. Pour finir, un « compromis » fut trouvé, impliquant – aux dires de Jörg Haider – que « des demandeurs d’asile délinquants, même non condamnés en justice, pourront être expulsés plus facilement ». Il pouvait affirmer cela publiquement alors que la ministre fédérale de l’Intérieur, Maria Fekter, déclara en marge d’une visite à Bruxelles que Haider aurait probablement commis des violations de la loi dans l’exercice de sa fonction… dont le délit de séquestration à l’encontre des malheureux demandeurs d’asile. Par la suite, la Carinthie commença à regrouper les demandeurs d’asile déclarés « indésirables » dans une maison située sur la « Saualm » - un alpage à 1.200 mètres d’altitude, dont le nom signifie « Alpage des cochons » –, loin de toute ville.

Le FPOe, le parti le plus fort des deux formations de l’extrême droite, ne demeurait pas en reste. Il fit ainsi placarder partout des affiches portant l’inscription : « Asylbetrug heisst Heimatflug » (« Une fausse demande d’asile = billet d’avion vers son pays »), pour signifier le retour forcé. Jörg Haider, ancien chef du FPOe qui avait quitté ce parti en 2005 pour créer sa propre formation, fut attaqué par les milieux du FPOe qui le traitaient de « Türken-Jörg » (« Georges, l’ami des Turcs »). Ceci parce que Haider, il y a quelques mois, avait déclaré que – pour des raisons géostratégiques essentiellement – il n’était pas ou plus fondamentalement opposé à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Dans des forums sur Internet, il fut entre autres affirmé qu’aux élections de 2006, le BZOe, la nouvelle formation de Jörg Haider, aurait distribué « des tracts en langue turque à des électeurs d’origine immigrée, à Vienne ». (Vérification faite, cette affirmation s’avérait fausse. Il y avait eu un tract rédigé en turc, mais distribué par les sociaux-démocrates.)

A Vienne, lors d’un débat télévisé entre les candidats tête de liste du SPOe et du FPOe à la mi-septembre, le chef du FPOe – Heinz-Christian Strache (39 ans) qui avait succédé en 2005 à son ancien inspirateur Jörg Haider – attaqua le social-démocrate Werner Faymann comme prétendu ami des étrangers. Alors que Faymann était maire adjoint de Vienne en charge du logement, il aurait pris la responsabilité d’ouvrir les logements sociaux municipaux aux immigrés. En réalité, les logements de la ville étaient longtemps restés fermés aux étrangers. Une des conditions d’accès était, en effet, de posséder la nationalité autrichienne. Seulement, le droit communautaire européen, comportant des règles anti-discrimination, exigeait qu’il soit mis fin à cette situation. Une directive européenne, contraignant l’Autriche à ouvrir son logement social à des ressortissants étrangers régulièrement installés sur son sol, est entrée en vigueur à la fin janvier 2006. Seulement, Faymann, alors responsable du logement à la ville de Vienne, avait décidé d’anticiper cette ouverture (qui reste limitée, pour l’instant, à environ 7 % du parc locatif qui peuvent être proposés « aux étrangers ») d’environ trois semaines. Au lieu d’être effective à la date du 23 janvier, elle eut lieu à partir du 1er janvier 2006. Le FPOe n’hésitait cependant pas à mener campagne sur ce point, tambour battant, ce qui a créé des émotions au cours du débat préélectoral.

Nouvelle percée pour Jörg Haider

Les résultats des élections générales du 28 septembre 2008 ont marqué une « résurrection politique » de Jörg Haider. Jusque-là, son destin public, après qu’il eut quitté le FPOe – suite aux difficultés rencontrées par ce dernier pour gérer sa participation au gouvernement, et les contradictions inhérentes à l’exercice – semblait se réduire à « sa » région de Carinthie.

Cette région au Sud de l’Autriche, aux traditions pangermaniques et nationalistes bien fortes (forgées dans la lutte contre le rattachement de la partie slavophone de son territoire à la Slovénie, en 1920), lui avaient offert des belles victoires électorales à plusieurs reprises. Il avait été le chef du gouvernement régional (alors dans une alliance avec la droite classique), une première fois, entre 1989 et 1991 mais fut contraint de démissionner suite à ses louanges publics sur « la bonne politique de l’emploi sous le Troisième Reich », au cours de l’été 1991. Puis, en mars 1999, il fut triomphalement élu, avec 42 % des voix pour sa liste aux élections régionales. En 2004, il connut une réélection triomphale, le score obtenu par sa liste augmentant encore de 0,5 %. Pendant deux ans, Haider était d’ailleurs soutenu au Parlement régional par les sociaux-démocrates, au nom d’un « accord de coopération technique » (rompu en 2006). La raison en était double : l’appareil social-démocrate voulait conserver les subsides pour les mairies dirigées par des sociaux-démocrates, en Carinthie, mais il souhaitait aussi diviser la coalition droite-FPOe alors au pouvoir à Vienne.

En même temps, à l’échelle nationale (fédérale), l’avenir politique de Jörg Haider apparaissait comme plutôt mince. Son « Alliance Avenir Autriche » (BZOe), issue de la scission du FPOe en 2005, avait continué à siéger au gouvernement fédéral jusqu’aux nouvelles élections de fin 2006 – puisque les ministres du parti avaient quitté l’ancien FPOe ensemble avec Haider. Mais aux élections générales du 1er octobre 06, le nouveau parti faillit se trouver dans l’impossibilité de retourner au Parlement : il dépassait de justesse la barre des quatre pour cent des voix requises, avec 4,1 %.

En 2008, Jörg Haider connut une brusque remontée. Aux élections du 28 septembre, son parti BZOe obtint 10,7 %, alors que le FPOe, lui, passait de 11,0 % (obtenus en 2006) à 17,5 %. (Ces pourcentages sont basés sur le « Résultat définitif consolidé », prenant en compte le grand nombre d’électeurs qui avaient choisi le vote par correspondance. Le vote de ces derniers, non comptabilisé le soir du dimanche 28 septembre, a légèrement fait passer la proportion du vote extrême droite : de 29,5 % au soir des élections, celui-ci est passé à 28,2 % dans le résultat définitif.  Le vote par correspondance est traditionnellement favorable à la droite modérée et aux Verts. Avec cette légère correction du résultat final, le Parti social-démocrate repasse – à 29,3 % - devant l’extrême droite réunie, et redevient la première force politique du pays, immédiatement suivi par le résultat additionné du FPOe et du BZOe.)

Cette remontée, parallèle, des deux forces de « droite populiste » ou d’extrême droite s’explique par différents facteurs. Les instituts de sondage ainsi que les médias autrichiens en privilégient surtout deux : le vote de « protestation » (à l’encontre des grands partis), en premier lieu ; ainsi qu’une explication par le racisme, qui suit néanmoins loin derrière le premier facteur, dans les analyses publiées.

Racisme ou « vote protestataire » ?

En réalité, les deux explications sont probablement aussi justes l’une que l’autre. Il est évident que, dans une situation où les deux grandes forces politiques se retrouvent ensemble au gouvernement (SPOe et OeVP) et reflètent une forte image d’immobilisme, engluées dans la gestion du quotidien, les deux partis de l’extrême droite apparaissaient comme nettement plus dynamiques. Incontestablement, ils ont ainsi pu drainer une bonne partie du vote « protestataire », comme d’ailleurs celui d’une très grande proportion de la jeunesse. Les estimations pour le vote des moins de 30 ans pour l’extrême droite vont de 38 % (dont 25 % pour le FPOe, et 13 % s’exprimant pour le BZOe) jusqu’à 43 %. A ce scrutin, pour la première fois, le droit de vote avait été accordé aux jeunes dès l’âge de 16 ans. Il apparaît que ce très jeune électorat a fortement penché pour le FPOe et/ou le BZOe. Ainsi un reportage, publié sur un site d’information local, sur les « jeunes électeurs » (de 16 à 20 ans) de Salzbourg prétend qu’ils auraient « en quasi-totalité » voté pour l’un de ces deux partis (« 18.000 sur 24.000 jeunes électeurs »). Si cette dernière estimation peut éventuellement paraître exagérée, il n’en reste pas moins qu’il apparaît visiblement comme « chic » et comme une preuve de dynamisme, dans une proportion importante de la jeunesse, de pencher pour le FPOe ou le BZOe. En ce qui concerne la protestation sociale, elle est – incontestablement, là aussi – plutôt canalisée par l’extrême droite que par la gauche. 37 % de l’électorat ouvrier aurait voté pour le FPOe, contre 21 % pour le Parti social-démocrate (avec un fort transfert de voix de ce dernier vers le premier, comme il avait déjà eu lieu une première fois dans les années 1990.) - Les forces situées à la gauche du parti social-démocrate ne percent pas en Autriche, une fois de plus, et n’arrivent pas à incarner la protestation sociale (le PC autrichien terminant la course électorale à 0,76 %, en légère baissé, et une liste pluraliste issue de la gauche radicale à… 0,04 % des voix). La confusion politique instaurée sur le thème de l’Europe, où une critique « sociale » et progressiste n’est pas du tout clairement séparée d’une opposition « chauvine » et réactionnaire, y a très certainement contribué. Dans ce contexte, le personnage de Jörg Haider, apparaissant même à 58 ans comme « éternellement très jeune » et dynamique, a joué un certain rôle dans l’« offre électorale » et son attractivité. Chez lui, et dans son parti – le BZOe -, le rôle de communicateur perpétuel et « impertinent » de Haider a quasiment remplacé le programme, et presqu’aussi remplacé le reste des militants. C’est l’annonce de Jörg Haider de revenir sur la scène nationale, en tant que tête de liste de son parti, après avoir effectué un retrait sur sa région de Carinthie au cours des dernières années, qui a semblé redonner des forces au BZOe.

Outre le facteur du « dynamisme » et de l’affichage d’une défiance face aux « partis de l’establishment », on retrouve bien, aussi, la dimension du racisme dans le vote pour les deux partis de « droite populiste » ou extrême droite. « La politique d’immigration » fut reconnue par 40 % des votants comme l’un des « facteurs décisifs » dans leur comportement électoral. Ce chiffre est de 40 % au total, mais supérieur à 70 % dans l’électorat du FPOe . On voit bien que cette dimension-là est très présente, même si elle ne fait que (sur) connoter idéologiquement l’expression d’un malaise social, bien existant lui aussi.

Cette dimension raciste fut d’ailleurs quelque peu dissimulée, juste avant les élections, par un  débat sur le comportement électoral des « Autrichiens de fraîche date » ou « étrangers récemment naturalisés » : un sondage semblait affirmer que 25 % parmi eux, donc davantage que la moyenne de la population, votait pour le FPOe. Certes, ce fameux sondage reflétait bien un petit courant d’opinion qui a existé à un moment dans une population déterminée.

Heinz-Christian Strache s’était découvert, cette année, une grande amitié pour le nationalisme serbe et adopta une opposition fanatique à l’indépendance du Kosovo. Il allait jusqu’à se balader avec un bracelet « orthodoxe » selon ses mots, venant de Serbie, autour du poignet. Pour cela, il aura connu quelques applaudissements dans un certain milieu immigré, notamment de nationalité serbe. Il faut rappeler que la majorité des immigrés vivant en Autriche sont originaires soit des Balkans, soit de Turquie. Cependant ce sondage ne donnait pas du tout une image fidèle de la réalité sociale. Après le vote du 28 septembre, il s’est avéré que les Autrichiens d’origine immigrée avaient surtout voté pour les sociaux-démocrates et les Verts, et en proportion bien moindre que la moyenne nationale (12 % pour FPOe et BZOe réunis) pour la « droite populiste ».

Les électorats de ces deux partis, FPOe et BZOe, ne sont d’ailleurs pas identiques mais plutôt complémentaires. D’abord géographiquement : l’électorat du FPOe se trouve plutôt dans l’Est de l’Autriche (Vienne y comprise), et est davantage masculin que celui du BZOe. Ce dernier, en revanche, est davantage concentré dans le Sud et l’Ouest de la République d’Autriche, ce qui correspond surtout à l’extraordinaire popularité (non démentie jusqu’à la fin) de Jörg Haider dans « sa » région de Carinthie. Par ailleurs, l’électorat du BZOe est aussi plus jeune et plus féminin que celui du FPOe (masculin à environ 58 %, contre 48 % au BZOe,

Si on devait dessiner le portrait-robot de l’électeur du FPOe, il serait plutôt situé à Vienne, souvent issu d’une couche ouvrière ou d’une classe moyenne ayant anciennement voté pour les sociaux-démocrates, se sentant souvent menacés par l’ouverture récente des frontières à l’Est.

III/ Après la mort de J Haider, bilan et avenir de l’extrême droite

Au bout de la résurrection, la mort !

Peu de temps après sa « résurrection » politique (au niveau national), Jörg Haider a cependant trouvé la mort dans un accident de voiture, le 11 octobre 2008 dans « sa » région de Carinthie. Son décès est, depuis, l’objet de multiples spéculations et théories du complot, répandues aussi bien en Autriche qu’en Allemagne (sur le site « Politically Incorrect », dans le journal « National-Zeitung » s’adressant aux vieux nazis et anciens soldats du 17 octobre, …). Un ancien élu du FPOe. Karlheinz Klement, exclu du parti à trois reprises pour des propos  fanatiques contre les homosexuels, avait d’ailleurs cru découvrir l’ultime explication : ce serait le Mossad, le service secret extérieur de l’Etat d’Israël, qui aurait probablement fait assassiner Jörg Haider.  Hélas, il ne doit pas être le seul à croire en de telles « théories » et affabulations.  

Il semble, toutefois, utile de préciser que RIEN ne permet de croire que le décès de Jörg Haider serait d’une nature autre que purement accidentelle. Le soir de son accident de circulation, Haider avait – selon le rapport d’autopsie – 1,8 grammes d’alcool dans le sang. Il se trouvait au volant de sa voiture, qui, selon les experts, roulait à 160 voire 170 kilomètres/heure au moment du « crash » fatal pour son conducteur, sur une route limitée à cet endroit à 70 km/h L’homme était connu pour son goût de la vitesse démesurée, en voiture. Rien de tout cela ne trahit quoi que ce soit d’« anormal ». Aucun complot à l’horizon !

L’enterrement de Jörg Haider, le 18 octobre 2008 à Klagenfurt – la capitale régionale qui compte environ 100.000 habitants – devant 25.000 personnes, a bien confirmé la popularité réelle dont jouissait Jörg Haider dans cette région. Haider y a fini par devenir, aux yeux d’un public assez large, une sorte de figure mythique. Une légende, un héros, et – bien sûr – une prétendue victime.  L’arrivée de personnalités étrangères sur laquelle avait glosé la presse autrichienne, n’a pas eu lieu. Cette dernière avait  évoqué une prétendue venue de Jean-Marie Le Pen, fortement improbable puisque les deux hommes se détestaient cordialement depuis au moins 10 à 15 ans : Haider décrivait Le Pen comme un "raciste" dans les colonnes du Figaro, et Le Pen décrivait l’Autrichien en 2000 comme un « traître qui a vendu ses idées pour quelques strapontins ministériels »… - Tout au plus, on constatait la venue d’une délégation des régions italiennes avoisinantes à la Carinthie, dirigées par la Ligue du Nord, un parti autant régionaliste que raciste. Leur coopération était ancienne, Jörg Haider et Umberto Bossi (chef de la Ligue du Nord) avaient cosigné en 1994 un livre sur une « Europe des régions ».

La seule « personnalité étrangère d’envergure » à assister à l’enterrement fut Seïf al-Islam Kaddafi, le fils du dirigeant libyen Muammar Kaddafi, qui s’était lié d’amitié à Jörg Haider au cours de sa période d’étudiant à Vienne. Jörg Haider avait aimé les contacts avec certains dirigeants arabes, notamment Kaddafi et Saddam Hussein (qu’il avait rencontré à deux reprises, en 2002) ; son antisémitisme, n’y serait pas totalement étranger.

En revanche, en ce qui concerne la participation autrichienne, celle-ci se faisait extrêmement imposante. L’ensemble des chefs de gouvernements régionaux d’Autriche (huit sur neuf, Jörg Haider ayant été le neuvième) participa à son enterrement. Le chancelier sortant – toujours chef du gouvernement fédéral puisqu’aucun cabinet n’avait encore été formé -, le social-démocrate Alfred Gusenbauer, tint un discours sur sa tombe au cours duquel il n’insistait quasiment que sur les traits et côtés « positifs » du personnage. Un discours  qui apparaissait à l’unisson du climat reflété par les grands médias publics, et en partie privés. La télévision publique ORF rendait compte du décès de Jörg Haider comme s’il s’était agi d’un homme politique démocratique, ordinaire. Sur fond des mêmes images et des mêmes interviews que celles montrées par la télévision allemande, la quasi-totalité des commentaires étaient positives pour Jörg Haider. Alors que les chaînes de télévision allemandes, émettant les mêmes images, mirent beaucoup plus l’accent sur les « dérapages » du personnage, ses propos sur le passé national-socialiste, etc…

A titre de comparaison, la situation était comme si, en France, un Premier ministre tel Lionel Jospin avait tenu un discours officiel presqu’entièrement positif sur la vie d’un Jean-Marie Le Pen, aux pieds de sa tombe ! Une vision qui apparaît ici comme improbable. Mais, il est vrai que la « droite populiste », en Autriche, s’est rarement trouvée aussi loin aux marges du système politique que le FN français.

Perspectives

Le décès de Jörg Haider a privé « son » nouveau parti, le BZOe, de sa figure de proue. En réalité, ce parti, tout d’abord c’était « lui ». C’est sans ironie de leur part que des représentants de ce parti, situés au premier plan de la politique régionale  en Carinthie, ont affirmé au moment de l’annonce du décès de Jörg Haider : « En Carinthie, les montres se sont arrêtés… » « Aujourd’hui, dans cette région, le soleil est tombé du ciel…. » (Sic) Ces propos, pour outranciers qu’ils apparaissent, reflètent surtout une chose : sans « lui », leur parti ne représente quasiment plus Rien. Le BZOe s’était construit autour de Jörg Haider, essentiellement. D’ailleurs, au lendemain des récentes élections au Parlement fédéral, 49 % des électeurs du BZOe ont affirmé que « la personnalité de Jörg Haider » avait joué un rôle important dans leur décision de vote…

L’homosexualité de Jörg Haider, si elle avait souvent fait l’objet de spéculations, n’avait jamais été confirmée jusqu’à sa mort. En principe, elle relève – bien entendu – de sa vie privée, qui n’aurait dû regarder personne en dehors de lui. L’une de ces conséquences devient un fait politique, par contre, quand on apprend que Jörg Haider avait nommé le jeune Stefan Petzner comme secrétaire général de son parti, surtout parce que c’était son partenaire dans la vie. On s’aperçoit à quel point les nominations au sein du BZOe  étaient une affaire de convenance personnelle. Il y a une quinzaine d’années, on évoquait souvent la « Buberlpartie » (brochette de petits garçons), pour désigner ces très jeunes hommes que Jörg Haider avait bombardés à des postes importants dans le parti. A l’époque, on pensait souvent que c’était dû au fait que ces jeunes sans expérience politique garantissaient surtout une loyauté sans faille au « chef » Jörg Haider, outre une image de « dynamisme » pour le parti qui leur permettait de monter si facilement. Aujourd’hui, on suppose que Haider a dû procéder ainsi aussi pour des raisons liées à des goûts plus personnels. Sa vie privée ne devrait regarder que lui  mais il l’avait lui-même transformée en fait politique.

De son vivant, juste après les élections du 28 septembre, Jörg Haider avait évoqué un modèle de confédération entre les deux partis – FPOe et BZOe – « sur le modèle de la CDU/CSU en Allemagne ».  Le BZOe de Jörg Haider, selon lui, devait se voir « réservée » la Carinthie, alors que le FPOe dominerait librement dans le reste de l’Autriche. Mais ce « modèle » fut rejeté par Heinz-Christian Strache, le nouveau chef du FPOe, qui ne se montrait pas intéressé par un accord de partage : pour lui, le Jörg Haider des années suivant la scission de 2005 était clairement devenu « un traître », et il le faisait savoir.

Aujourd’hui, après le décès de Haider, ce sont surtout les dirigeants du BZOe (réunis en congrès le 15 novembre 2008 pour régler la succession de leur ancien chef) qui déclarent bruyamment qu’ils rejettent tout accord avec le FPOe. La raison principale en est probablement qu’ils craignent d’être « happés » et absorbés rapidement par le FPOe, concurrent nettement plus fort, au cas où ils cèderaient à ses avances. Pour l’heure, les dirigeants du BZOe (en dehors du jeune Stefan Petzner, désormais connu du public pour avoir versé des larmes à la télévision sur le décès de« l’homme de sa vie ») n’ont aucun profil et sont méconnus du grand public autrichien. Ils essayeront donc d’abord de consolider leurs positions, afin de ne pas être totalement marginalisés en cas d’ « OPA » de la part du grand frère d’extrême droite. – Elément nouveau, pour la première fois, le FN français et Jean-Marie Le Pen se sont mêlés, fin octobre, des affaires intérieures de l’extrême droite autrichienne en se prononçant pour un rapprochement rapide entre les deux partis. Leur appel risque cependant de ne pas être entendu à court terme. A moyen terme, cependant, c’est plutôt la disparition pure et simple du BZOe qui semble menacer ce dernier, s’il ne trouve pas (rapidement) une solution de remplacement crédible à la perte de sa principale figure.

A court terme, la disparition de Jörg Haider a aussi fermé, pour les prochains mois, la porte à une possible participation de la « droite populiste » au gouvernement fédéral. En effet, pour des raisons de positionnements tactiques, le BZOe (ayant participé au gouvernement en 2005/06, après la scission du FPOe ancien, alors que le FPOe « maintenu » passait dans l’opposition) était situé plus près du centre de l’échiquier politique que le FPOe dirigé par Heinz-Christian Strache. Ce dernier passait, et passe toujours, pour la plus extrémiste et « la moins portée au compromis » des deux forces.

Au lendemain du scrutin, en raison des conflits très forts entre Haider (BZOe) et Strache (FPOe), Jörg Haider avait d’ailleurs suggéré la constitution d’une alliance gouvernementale d’un nouveau type : « noire, orange et verte ». Cela signifiait que l’OeVP (conservateur), les Verts (très centristes en Autriche) ainsi que « son » BZOe devaient se retrouver dans une coalition commune… en excluant le FPOe « extrémiste ». Le FPOe a traditionnellement pour couleur symbolique le Bleu, le nouveau BZOe avait choisi en 2005 l’Orange, en souvenir de la « révolution orange » en Ukraine de l’année précédente. - Cependant, l’une des premières revendications de Jörg Haider, pour participer à des négociations sur la formation d’un futur gouvernement, était d’introduire « des durcissements dans la politique sécuritaire et la politique d’asile ». Une telle alliance hétéroclite, dont le centre de gravité se serait trouvé au centre-droit, semblait cependant impossible à constituer en raison des oppositions de la part des Verts notamment.

Cette position initiale, basée sur l’exclusion et l’excommunication mutuelles en vigueur entre le FPOe et le BZOe, semblait reculer au cours des semaines. Le mercredi 8 octobre, trois jours avant la mort de Jörg Haider, eut lieu la rencontre officielle entre celui-ci et Heinz-Christian Strache. Les deux leaders d’extrême droite semblaient finir par se rapprocher, et par peser en faveur d’une participation commune au gouvernement. La suite de l’histoire, l’issue de cette tentative de rapprochement n’est pas connue : Jörg Haider allait mourir trois jours plus tard.

Après son décès, l’OeVP conservateur resserrait rapidement les rangs autour de l’idée de relancer la « Grande Coalition » avec le Parti social-démocrate. Au cours des premières semaines après les élections du 28 septembre, cette position avait connu une érosion visible, et des « barons » locaux du parti avaient commencé à s’exprimer en faveur d’une possible nouvelle coalition avec l’extrême droite. Cette porte s’est, (provisoirement ?), refermée après le décès de Haider. Visiblement, sa présence semblait rassurer la droite libérale et conservatrice, ou alors son parti était classé comme nettement moins « radical » qu’un FPOe (pour le moment) perçu comme « trop extrémiste ». Les négociations entre conservateurs et sociaux-démocrates reprirent donc de la vitesse, quelques jours après le décès de Jörg Haider. Aujourd’hui, leur conclusion ne serait plus qu’une « question de temps », « de semaines », selon tous les observateurs. Une « droite populiste » désormais dominée par le seul FPOe, sous sa forme actuelle, semble avoir dissuadé la droite classique de tenter, de nouveau, « l’aventure » avec elle.

Tout cela n’a pas empêché, d’ailleurs, les grands partis politiques (sauf les Verts) de réintégrer la « droite populiste », FPOe y compris, dans le jeu institutionnel, et d’en porter des représentants à des hautes responsabilités. Le lundi 27 octobre 2008, le Parlement fédéral autrichien (avec les voix de la « droite populiste », du SPOe social-démocrate et du OeVP conservateur, contre les suffrages des députés verts) a élu le représentant du FPOe Martin Graf comme troisième président de l’Assemblée. Cette élection a fait grand bruit, avant même que les 182 députés ne passent aux urnes : le choix était largement contesté puisque des voix s’élevaient pour dire que cet homme était un extrémiste de droite, voire un « digne » successeur des nationaux-socialistes. Graf a été et reste toujours membre (à titre de « Vieux Monsieur » -« Alter Herr » -, autrement dit en tant que membre de soutien qui a dépassé l’âge d’étudiant), d’une corporation étudiante tristement célèbre : la « Burschenschaft Olympia ». Cette corporation – marquée à l’extrême droite comme d’autres corpos traditionnelles de son style, qui ont formé une partie du noyau dur militant du FPOe – a été interdite et dissoute en 1961 pour « réactivation du national-socialisme » (un délit prévu par le Code pénal en Autriche). Puis elle fut reconstituée en 1971, sans se défaire de ses tendances extrêmes. Graf a rejoint la corpo dans les années quatre-vingt, en raison de ses orientations idéologiques. Il a également considéré publiquement que la loi interdisant toute reconstitution du Parti national-socialiste constituait « une violation des droits de l’homme », et a refusé de dire le 1er octobre 2008 à la télévision autrichienne s’il remettait en cause – ou non – la réalité historique du génocide juif. La communauté juive de Vienne a critiqué ce choix de Monsieur Graf comme troisième président de l’Assemblée, considérait qu’il revenait à « se moquer des victimes de la Seconde guerre mondiale ».

Cela n’a pas empêché son entrée en fonction, à la présidence du Parlement fédéral. Le soir du vote à l’Assemblée, des manifestants antifascistes – environ 150 - furent violemment attaqués dans la rue par des militants d’extrême droite, dont des membres de la corpo à laquelle appartient Graf.

 Conclusion

Sauf événement majeur, la « droite populiste » ou extrême droite devrait donc retourner dans l’opposition, et la « Grande Coalition » rester au pouvoir. Pour combien de temps ? C’est la grande inconnue. L’extrême droite autrichienne a célébré, le 28 septembre 2008, le plus grand triomphe électoral de son historie récente. A 28,2 % (les deux partis réunis), elle a encore dépassé son score – déjà qualifié d’ « historique », et ayant conduit à sa participation au gouvernement – du 03 octobre 1999. A l’époque, le FPOe, encore réuni, avait obtenu 26,9 % des suffrages. Entre-temps, et en raison de son incapacité de gérer les contradictions nées de sa participation gouvernementale, cette même extrême droite était tombée à son plus bas niveau (6 % aux élections européennes de 2004), suivi par la scission en 2005. Mais ce déclin a été suivi d’une remontée : 15 % des voix (dont 11 % pour le FPOe, et quatre pour le BZOe) en octobre 2006, puis le résultat de 2008.

Il ne faut donc jamais sous-estimer une extrême droite, même durement frappé par une crise interne, même apparaissant sur le déclin, une fois qu’elle a réussi à s’ancrer dans la société et à acquérir une base sociale réelle. Cette fois-ci encore, la formation du gouvernement devra se faire sans elle. Mais que viendra après ? En cas de fusion (ou de disparition du BZOe, en tant que parti plus faible entre les deux) les deux électorats s’additionneront-ils – ou y aura-t-il une perte importante ?

La « Grande Coalition » semble pour beaucoup d’observateurs constituer un moindre mal par rapport à un gouvernement auquel participerait l’extrême droite. Mais c’est un leurre : L’histoire de ces dix dernières années montre que ce bipartisme -conservateurs / sociaux démocrates - n’isole pas l’extrême - droite. Seule une mobilisation sociale d’ampleur des couches populaires pour défendre leurs véritables intérêts, y compris ceux des immigrés, pourrait à terme changer la donne .  Assurément nous n’en sommes pas encore là…

En septembre 2015, VISA publiait le 1er tome de « Lumière sur mairies brunes ». Il recensait tous les faits et méfaits de la 1ère année de l’extrême droite aux pouvoirs dans les villes qu’elle occupe. Pendant les deux années suivantes, VISA a poursuivi ce travail de « mémoire ».

Pour mettre en pleine lumière les origines véritablement fascistes du Fn et de toute l’extrême droite, rien ne vaut un recensement exhaustif, méticuleux et daté.

Ce deuxième tome « lumière sur mairies brunes » couvre donc la période allant de juin 2015 à juin 2017. Il regorge d’informations sur les pratiques municipales plus ou moins radicales de l’extrême droite et illustre ainsi tous les reculs sociaux qu’elle provoque lorsqu'elle exerce le pouvoir.

« Lumière sur mairies brunes », c'est 236 pages et autant d'arguments contre l'extrême droite.

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Il faut veiller à ce que le combat contre l'extrême droite ne passe pas après les luttes syndicales au prétexte qu'elle a été battue aux présidentielles et qu'elle n'a obtenue «que» 9 députés.

Il faut continuer de lutter, sans relâche et avec la même force, contre les politiques libérales, notre adversaire qui fait aussi monter le FN, et contre le fascisme, notre ennemi historique.

 

Vigilance et Initiatives Syndicales Antifascistes - 80/82 rue de Montreuil - 75011 PARIS

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dal
16.01.2018 - 21:12
EN SOUTIEN A L’UACDDDD / NO-VOX et de la Convergence Malienne contre les Accaparements de Terres ET AUX PAYSANS TUÉS ALORS QU’ILS LUTTAIENT POUR LEURS TERRES AU MALI RASSEMBLEMENT MERCREDI 17 JANVIER 2018 A PARTIR DE 16H30 DEVANT L’AMBASSADE DU MALI...
dal
15.01.2018 - 19:11
Plus de vingt associations saisissent le juge des référés du Conseil d'Etat contre la circulaire du 12 décembre organisant le tri des personnes étrangères dans les centres d'hébergement. A la fin de l'année 2017, le ministre de l'Intérieur et le ministre de la Cohésion des territoires ont édicté,...
gisti
11.01.2018 - 15:25

#BalanceTaRequisition  ! Marche dimanche 14 janvier 15h RV Square Marie Curie Paris 13e 17 Bd de l’Hôpital – M° Gare d...
dal
10.01.2018 - 14:22
Paris, le 9 janvier 2018 Monsieur le Premier ministre, Par un message du 6 janvier, vous avez invité le Gisti à une réunion de concertation sur la politique de l'asile et de l'immigration fixée au 11 janvier, précisant qu'il s'agissait d'une « deuxième réunion pour évoquer l'avant-projet de loi »...
gisti
09.01.2018 - 15:30
  “Je veux que nous puissions apporter un toit à toutes ceux et celles qui sont aujourd’hui sans-abri.“ E. Macron, Président de la République

 

De belles paroles ??? Soyons concrets !

 

Pour accueillir toutes les personnes et familles à la...
dal
06.01.2018 - 19:34
En septembre 2015, les maires de Barcelone, Paris, Lesbos et Lampedusa lançaient un appel pour la constitution d'un réseau de villes-refuge garantissant au niveau local ou municipal des conditions d'accueil décentes pour les exilés, migrants et demandeurs d'asile cherchant refuge en Europe. Dans un...
gisti
03.01.2018 - 12:41
Les régions ultrapériphériques : un atout pour l'Europe L'outre-mer...
gisti
02.01.2018 - 13:22
au parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen, au comité des régions et à la banque européenne d'investissement Un partenariat stratégique renouvelé et renforcé avec les régions ultrapériphériques de l'Union européenne...
gisti
02.01.2018 - 12:51

Paris, le 31 décembre 2017

J-1 Emanuel Macron remet le couvert  : “je veux que nous puissions apporter un toit à toutes ceux et celles qui sont aujourd’hui sans-abri. “ Et bien il le peut et on veut du concret : Au...
dal
30.12.2017 - 22:19

 

COMMUNIQUE Paris le 30 décembre 2017

J-2 : « D’ici la fin de l’année, je ne veux plus avoir des femmes et des hommes dans les rues »,

...

dal
30.12.2017 - 13:24
portant extension et adaptation de la partie législative du code du travail, et de diverses dispositions relatives au travail, à l'emploi et à la formation professionnelle à Mayotte L'outre-mer...
gisti
24.12.2017 - 18:40

COMMUNIQUE Paris le 23 12 17   

Un locataire meurt pour un impayé de loyer, à Épinay sur Seine (93) Tour Michelin – Place Oberursel

 

Droit Au Logement fait part de sa colère après la chute du 30e étage et...

dal
24.12.2017 - 13:51
de programmation relative à l'égalité réelle outre-mer et portant autres dispositions en matière sociale et économique L'outre-mer...
gisti
23.12.2017 - 14:12
Le 21 décembre 2017, l'OIP, La Cimade et le Gisti ont saisi le Conseil d'Etat d'une demande de transmission au Conseil constitutionnel d'une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) visant les dispositions législatives relatives aux délais de recours formés contre les OQTF notifiées en...
gisti
21.12.2017 - 22:59

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