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Comment le FN pense mettre ses élus municipaux en ordre et aux ordres

sam 01/03/2014 - 13:37
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A quelques semaines des élections municipales, le FN a mis sur son site un petit guide pratique à l’usage de ceux qui parmi ses candidats seront élus. Il émane du secrétariat national aux élus et est préfacé par Steeve Briois, secrétaire général du FN et tête de liste à Hénin-Beaumont.

C’est un fascicule d’une centaine de pages, qui se veut la présentation des « problématiques administratives, techniques et politiques » qui se poseront à l’élu. Il doit aider l’élu frontiste à réaliser l’ambition du parti qui est « sa progression électorale et son implantation locale ». La confiance en la victoire et la volonté de traduire efficacement dans les communes la doctrine du parti, sont clairement exposées.

Après l’avoir lu, force est de constater que c’est un implacable ordre de mission en huit rubriques, mais pour ces raisons mêmes, c’est aussi une radiographie du comportement du FN au sein du conseil municipal, et des moyens mis en oeuvre pour aller en 2017 à la victoire. Les sept premières rubriques sont accompagnées chacune d’une annexe qui reprend les textes de loi indispensables : le code général des collectivités territoriales le plus souvent et le code des marchés public. Ce guide a sans doute été rédigé par un ou des spécialistes de la gestion municipale, tant est précis par exemple la présentation des compétences du maire et du conseil municipal ; le savoir faire pour lire les différents comptes d’un budget et l’art de comparer plusieurs budgets entre eux et de dégager les augmentations et les ratios.

L’élu frontiste a pour mission de passer au crible les comportements politiques locaux, de trouver matière à scandale en épluchant les budgets, les actes de la mandature précédente. Il doit communiquer par voie de presse et de tract sur les pot aux roses et faute de mieux sur la hausse d’impôt, la présence de gens du voyage ou la construction de mosquées. On voit aux exemples donnés les idées fixes de ce parti. Nous aurons à nous demander si communiquer n’est pas là toute l’action, pour aussi démonstratrice qu’elle soit, tant que les élus frontistes ne sont pas seuls aux commandes. Qu’en est-il du travail de l’élu au sein du conseil municipal et dans les commissions ? Que penser de la belle profession de foi dans la Lettre du front National daté du 21 février 2014 : « Le mandat municipal en particulier est le plus noble qui soit : bénévole la plupart du temps, il implique une disponibilité de tous les instants et une connaissance parfaite des dossiers locaux. »

La première rubrique l’installation du conseil municipal est révélatrice de la trajectoire qui se met en place : ne pas rater une occasion de définir la pensée du FN, ne se compromettre en rien, s’abstenir ou être contre et le faire savoir, par tract et voie de presse. Fournir à la presse la copie dactylographiée de son intervention. La disponibilité et l’amabilité envers la presse est une consigne. L’essentiel est de médiatiser les faits et gestes de ou des élus frontiste. Il s’agit de se porter candidat au poste de maire et faire le premier discours public qui déclinera au local les thèses nationales du FN : préférence nationale, refus de tout communautarisme avec recours s’il le faut au judiciaire, le programme sécuritaire, agir contre toute hausse d’impôts, et tout endettement, projet urbanistique favorisant l’authentique et le refus du bétonnage.  

L’élection des adjoints est le premier exemple d’abstention au motif que de nombreux conseillers grèvent le budget. L’élu frontiste doit s’abstenir lors de l’élection des vice-présidents de commission mais faire un tract, alerter la presse, le préfet le tribunal administratif si la proportionnelle n’est pas respectée et prive le FN de représentativité dans les commissions, si le règlement intérieur du conseil municipal, comparé aux règlements de municipalité précédente est contraire au FN. Le rôle du FN est de s’abstenir pour les délégations aux maires et aux adjoints La présence factuelle de l’élu frontiste est la règle mais il s’abstient dans les commissions obligatoires : commission d’appel d’offre, commission de régie. Si les commissions d’HLM, association culturelle et sportive obéissent au système majoritaire, le FN ne siégeant pas peut lors de la présentation du budget une fois l’an éplucher les comptes, car l’élu FN est un éternel limier qui cherche la faille, celle qui existe forcément, mais qu’il n’a pas encore trouvé.

L’élu frontiste s’interdit de « copiner » hors de son groupe, au nom de l’intérêt des français. Le frontiste ne saurait voter pour un projet municipal, fût-il utile à la commune, au motif que seul le maire et sa majorité en tireraient profit !

Etre au conseil municipal c’est pour l’élu frontiste demander que soit appliqué localement le projet du FN et il est ici décliné dans ses implications concrètes : préférence nationale dans l’attribution des logements sociaux, fermeture pour raison de sécurité des camps de roms, et, au nom du respect de la laïcité, refus d’aménagement des plages horaires pour les femmes musulmanes dans les piscines, refus d’enlever le porc à la cantine et pas de subventions pour le associations cultuelles). La préférence nationale se décline en plus dans les mairies frontistes d’Orange et de Marignane, par la subvention à des associations d’aide aux plus démunis sur présentation de la carte d’identité, et par la suppression de ces mêmes subventions aux associations qui faisaient du rattrapage scolaire, ce dont auraient continué à bénéficier les enfants d’immigrés!

 L’élu frontiste est un censeur qui connaît ses dossiers et qui cherche la faute, qui doit se pénétrer de l’idée que partout en France les charges des villes sont en augmentation par ce que le groupe UMPS est incompétent, fraudeur, profiteur et mauvais gestionnaire et que le FN est là pour débusquer les lièvres, pour éviter que les impôts locaux augmentent et pénalisent le petit contribuable. L’augmentation des impôts et de la dette publique est une hantise du FN, au point de désirer comme à Orange qu’il n’y ait plus d’augmentation d’impôts sinon la baisse au risque que le patrimoine municipal soit laissé à l’abandon, et que meure le tissu associatif. C’est aussi la tentative de faire oublier par cette hantise de la rigueur et de garder la mains propres, les détournements de fond de la part de certains maires frontistes.

La dernière rubrique « l’élu front national : devoirs et droit » affine les conseils de comportement et le maillage serré entre le local et l’organe national dont les élus comme nous l’avons vu plus haut, vont répéter les slogans et transposer à la virgule près les thèmes de la campagne nationale par MLP et les principaux ténors : l’élu frontiste est surtout une courroie de transmission de son parti. Il est utile et compétent à travers une double formation : celle des organes de réflexion institutionnels à la disposition de tout élu et celle que lui donne le parti à travers le secrétariat général aux élus par ses nombreuses publications, l’antenne de conseil pratique au sujet de l’opportunité d’un vote ou d’une abstention. Il y a aussi la formation assurée par l’IFOREL (institut de formation des élus locaux) mis en place par le FN et reconnu par le ministère de l’intérieur ; cette formation des élus est pris en charge par les mairies et donne droit à des congés professionnels dans la limite de 18 jours par an, ce qui est tout bénéfice pour le FN, et va de pair avec sa conquête de la respectabilité. 

Il s’agit après la présentation du travail de l’élu - qui doit, on ne cesse de le lui répéterconnaître ses dossiers pour être crédible - de recentrer sur l’action de groupe car le FN est persuadé que, dans la majorité des cas, il y aura suffisamment d’élus pour constituer un groupe et jouir de moyens utiles à sa propagande, nous ajouterons à sa nuisance : un bureau, l’aide d’un assistant qui lui préparera un condensé de la presse nationale et locale, la création d’un journal et l’utilisation du journal municipal pour faire passer des articles sur le travail du groupe au sein du conseil municipal. Il est demandé à l’élu frontiste de s’en tenir à une consigne de vote groupale, de donner toujours une procuration à son groupe en cas d’absence. Suivent quelques recommandations qui seraient comiques si elles n’étaient pas déjà la préfiguration du traitement à venir.

La culture qui est le meilleur antidote contre toutes les formes de racisme, qui est moteur d’émancipation et connaissance de soi n’apparaît que sous la demande expresse de refuser ces invitations car le champagne et les petits fours sont nuisibles à la santé. Silence abyssal qui cache à peine les avatars de la culture dans les villes frontistes : gel des subventions et la suite de disparitions d’associations et de lieux de culture sauvés parfois par les mânes de l’Etat ainsi les chorégies d’Orange.

Il y a aussi la manière de se comporter avec les employés municipaux pour lesquels il a été conseillé à l’élu de voir lors de la vérification des budgets quelle somme représentent les salaires, les formations et les œuvres sociales dans les dépenses de fonctionnement de la mairie avec sa progression sur trois ans. Les coupes sombres à venir sont dans les non dits. Le personnel territorial est censé se convertir peu à peu aux thèses frontistes. Ayons en mémoire l’appel à candidature du FN auprès des agents territoriaux qui voudraient se rallier aux FN et former les cadres de demain. La politesse est de façade et le mépris ce qui autorise la plaisanterie entre soi : le tout refus d’un cadre d’accéder à ce qui lui est demandé vient de ce qu’il est idiot selon la formule d’Audiard reproduite : « par ce que les cons ça ose tout, c’est à ça qu’on les reconnaît ». S’il est intelligent, il faut être poli mais ferme et lui rappeler que l’élu FN est un élu du peuple. Cette politesse qui cache le temps de la conquête du pouvoir, la violence extrême pour ceux qui s’opposent : harcèlement, hallali jusqu’au suicide, calomnies y compris sur les cadavres comme on l’a vu de la part du maire et de ses adjoints à Orange ...

Voilà le sombre tableau de ce travail de vautour qui fait froid dans le dos et qui est bien loin de la profession de foi du 21 avril 2014, exception faite de la connaissance des dossiers : Il ne s’agit pas de travailler pour le bien public mais d’occuper la place, d’en connaître tous les rouages, de distiller propagande et calomnie, tout en ne faisant rien, ne se mêlant de rien, attendre de concentrer le pouvoir entre leurs mains - opération de second temps - pour détruire et fouler au pied la démocratie et les principes de l’égalité entre les citoyens.