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Retour sur les élections départementales 2015 : le FN s’installe !

lun 27/04/2015 - 23:21
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Si, lors des élections départementales de mars 2015,  le FN a pu réaliser des scores assez élevés, il a néanmoins raté l’un de ses buts déclarés : conquérir de nombreux sièges de conseillers départementaux et, si possible, des présidences de conseils départementaux pour montrer sa « capacité à exercer le pouvoir ».

C’est surtout la remontée de l’UMP, vainqueur, pour l’essentiel, de ces élections départementales, qui a empêché le FN d’obtenir le nombre de mandats escomptés. Le principal parti de la droite ne s’est, au final, allié nulle part au FN. Dans plusieurs régions et départements en mars 1998, après les élections cantonales et régionales, certains pontes de la droite avaient fait le choix de pratiquer l’alliance, tel François Mancel dans l’Oise, Charles Million en Rhône-Alpes, Jacques Blanc en Languedoc-Roussillon.

Aujourd’hui, la direction de l’UMP n’a pas consenti à des alliances similaires, et le rapport de forces en sièges l’a d’ailleurs dispensé de toute nécessité … au niveau de la constitution des exécutifs départementaux. Mais il faudra attendre la suite : les majorités, au sein des conseils départementaux fraîchement élus, sont souvent des majorités relatives, qui permettent d’introniser un exécutif, mais non pas de voter des décisions. Y aura-t-il des alliances honteuses, implicites ou explicites sur des projets précis concernant la politique concrète dans les départements? Le proche avenir nous le dira.

Par ailleurs, les conseils régionaux seront élus sur la base d'un scrutin mixte à deux tours, en décembre 2015. Avec un tel mode incluant une dose plus importante de représentation proportionnelle, le FN aura plus de facilités à s’ancrer dans les assemblées régionales, que dans les conseils départementaux. La question des alliances honteuses n’est donc pas définitivement écartée..

Sur les résultats des départementales

Avant la tenue du scrutin, certains s’attendaient à un coup de massue absolu, les sondages prédisant jusqu’à 33 % d'intention de vote au FN. Le résultat final a semblé relativiser ces attentes. Le score définitif est légèrement inférieur aux pronostics, et surtout, le parti d’extrême droite n’a pu conquérir aucun exécutif départemental.

Avec 62 conseillers départementaux élu-e-s, sur un total d'environ 4000, la représentation du FN dans les nouveaux conseils départementaux semble rester relativement modeste. En tout cas si on oublie qu’il y a un an et demi encore, l’élection d’un seul conseiller départemental FN (sous les conditions du scrutin majoritaire applicable à ce type d’élection) faisait encore sensation. La France entière avait alors suivi l’élection cantonale partielle de Brignoles (Var), en octobre 2013, remportée par candidat Laurent Lopez. A l’époque, c’était vu comme la rupture d’une digue, alors que le FN réussissait à entrer au Conseil général du Var, en obtenant localement une majorité absolue.

Aujourd’hui, Laurent Lopez a perdu son mandat, suite à sa défaite au second tour. Mais plusieurs candidats FN dans des villes dont le parti contrôle la mairie (à Béziers, au Pontet, à Cogolin …) réussissent à se faire élire conseillers départementaux, arborant ce nouveau mandat comme une preuve de leur légitimité après un an d’exercice municipal.

Les 62 représentant-e-s du parti d’extrême droite fraîchement élus dans les Conseils départementaux, viennent ainsi renforcer l’implantation locale du FN. Mais ce succès doit être relativisé : quatre à cinq élus FN dans le Vaucluse ou l’Aisne, c’est réellement un chiffre inférieur aux propres attentes du FN. Au premier tour, le parti d’extrême droite avait été en tête des résultats dans 43 départements (et 327 cantons).

Niveau record des résultats du FN

Cette représentation moins forte qu’espérée n’est cependant pas due à une faiblesse des résultats. Si la dynamique électorale a  rencontré certaines limites au second tour (au moment où les voix auraient pu se traduire par des mandats), cela ne doit pas masquer le niveau-record atteint par les scores du FN.

Le parti d’extrême droite obtient ainsi 25,2 % en moyenne au premier tour de ces élections. C’est un niveau encore jamais atteint au niveau national, et encore 0,3 % au-dessus du résultat des élections européennes du 25 mai 2014 (même si Paris et Lyon, qui donnent des résultats inférieurs à la moyenne au FN, n’ont pas voté cette fois-ci). En nombre absolu de voix, le FN avait réuni 4,8 millions de suffrages en mai 2014, aux européennes, et 5,1 millions de voix au premier tour des départementales (le niveau de participation étant supérieur aux départementales par rapport aux européennes de 2014, 50% contre 43 % ). Seules les élections présidentielles ont vu – en 2002 puis en 2012 – un nombre supérieur de suffrages exprimés pour le FN (la participation étant toujours plus forte à ce type de scrutin).

 Le second tour

Au second tour des départementales, le FN obtient 4,1 millions de voix, en étant présent dans 1107 des 2054 cantons. Là où il est encore présent au second tour, le FN augmente ses scores du premier tour, de 4,5 % en moyenne.

Il obtient 28 % des voix là où il se présentait dans une « triangulaire », en règle générale face à une candidature de gauche et une de droite. Sur 279 triangulaires, le FN en perd cependant 275 et n'en gagne donc que 4. La raison semble résider dans le fait que les deux forces présentes face à lui mobilisaient alors largement leur potentiel électoral.

En revanche, dans le cadre des « duels », ison score atteint 41 %, en moyenne, là où il fait face à des candidat-e-s de droite, mais à 46 % face à une candidature de gauche. Dans ces cas de figure, c’est l’électorat de la droite « classique » qui s’est scindé, et  une partie est venue renforcer celui du FN.

 La droite

L’électorat de droite avait été invité, par la direction de l’UMP, à ne pas choisir (au second tour) entre le PS et la FN, là où les listes UMP/UDI n’étaient plus en lice. Apparue pour la première fois lors des élections cantonales de mars 2011, après une période où le mot d’ordre du « front républicain » prédominait, la ligne du « ni ni » l’a largement emportée, dans l’appareil de l’UMP.

Néanmoins, l’ensemble de l’électorat de la droite « classique » ne suit pas cette orientation. Selon les chiffres disponibles (sondage IFOP du 29 mars effectué auprès de 2447 personnes), en l’absence de liste de droite « classique » au second tour, 18 % des électeurs/électrices UMP auraient alors voté PS ou pour une candidature de gauche ; mais 22 % pour le FN. A l’évidence, les reports de voix, soit au profit du PS/de la gauche soit au profit du FN, ont été de nature différente selon les endroitsen fonction d'une logique « républicaine » ou d'une proximité des électorats UMP et FN.

L’électorat du PS et de la gauche, en revanche, s’est plutôt massivement reporté sur l’UMP ou l’UDI au second tour, lors de duels droite « classique » / FN. Dans les cas où des candidat-e-s socialistes s’étaient maintenus (etmalgré une consigne contraire de leur parti), alors que des candidat-e-s de droite étaient mieux placés face au FN, les premiers perdent souvent 15 % voire 20 % des suffrages au profit des seconds, entre les deux tours.

 Quels enseignements tirer de ce scrutin ?

Dans l’absolu, c’est un fait que les voix obtenues par le FN se sont plutôt difficilement transposées en sièges. Autrement dit, le nombre de mandats gagnés par le FN ne reflète qu’assez imparfaitement son score (très haut, malgré t) dans ces élections.

Certains exemples locaux sont plus flagrants que d’autres, à cet égard. Dans le département de l’Oise, le FN (4 sièges) a ainsi obtenu 41,5 % des voix au second tour, contre 42,4 % pour la droite (avec 28 sièges remportés).

Néanmoins, le discours du FN trompe, quand celui-ci affirme être victime d’un système électoral qui l’aurait privé des fruits de ses succès électoraux. En réalité, le résultat en termes de sièges n’est pas que le produit du mode de scrutin (majoritaire à deux tours), mis en place pour les élections départementales ; bien qu’il soit vrai qu’une représentation à la proportionnelle aurait produit une autre configuration en termes de sièges.

Le problème essentiel du FN ne réside cependant pas dans le mode de scrutin, mais dans son absence d’alliés pour le second tour. Alors qu’il a désormais atteint un niveau dépassant souvent les 20 % des voix, il peut faire des « gros » scores dans certains endroits. Mais dépourvu d’alliés de poids qui pourraient l’accompagner au second tour, la formation d’une majorité reste toujours compliquée pour lui : plus on se rapproche de la marque des 50 % des voix, plus les lois de la « gravité » jouent alors contre le FN.

Mais l’Histoire enseigne que, quelles que soient les différences de situation,l’extrême droite, n’est jamais arrivée au pouvoir toute seule. Sa participation à des positions de pouvoir institutionnel a toujours été rendue possible par une alliance avec une droite conservatrice, réactionnaire ou bourgeoise. C’est vrai, pour choisir des exemples historiques extrêmes, pour l’alliance du parti nazi allemand avec la réaction prussienne, Hindebourg et le parti de droite réactionnaire DNVP. C’est vrai pour l’alliance conclue par Mussolini avec la monarchie italienne et les élites en place. Ainsi, un jour où l’autre, le FN devra opter pour une alliance avec une partie de la droite (et cette dernière pour une alliance avec lui), s’il veut vraiment participer au pouvoir.

Dans cette campagne, la ligne politique de l’UMP a été, une nouvelle fois, de tenter de siphonner les voix du FN en chassant sur ses terres idéologiques : menus de cantine, chasse à la « fraude » sociale et à « l’assistanat » ont été autant de sujets sur lesquels la direction de l’UMP a décidé de s’aligner sur le FN. La porosité des idées entre les 2 formations demeure.

Toutefois, l’UMP et Nicolas Sarkozy ont aussi veillé durant toute la campagne à se démarquer clairement du FN sur les aspects économiques et sociaux. La stratégie de Marine le Pen, visant à recomposer à terme la droite autour d’elle, a été comprise par la direction de l’UMP, à mesure des victoires du FN.

L’UMP n’a ainsi d’autre choix que de s’en démarquer, en excluant les caciques locaux qui optent clairement pour appeler à voter FN, mais aussi en dénonçant le programme du FN, en l’assimilant dans sa partie économique et sociale à celui de la gauche !

La volonté de l’UMP de reconquérir une partie de son électorat passée au FN est manifeste, en optant pour cette ligne à la fois libérale (sur le plan économique) et réactionnaire (sur le plan social). Si une partie de la droite continue de prôner le front républicain, cette nouvelle ligne de l’UMP, devant le danger électoral du FN, a peut-être fait en partie échouer l’élection d’autres conseillers départementaux « bleus marine ».

Il convient aussi de noter que, pour la première fois depuis de nombreuses années, le chef de file politique du parti socialiste, Manuel Valls, a placé une partie des mots d’ordre de sa campagne sous le signe de la lutte contre l’extrême droite.

Mais, pour combattre le FN, les discours enflammés appelant à lui faire barrage ne suffisent pas ! Ceux-ci n’ont pas suffi à convaincre l’électorat et les abstentionnistes de gauche : la politique actuelle du gouvernement n’est pas manifestement suffisante pour une large partie des salarié-e-s du public et du privé et des privé-e-s d’emploi, malgré le danger de l’extrême droite.

Si on en croit les scores, les autres parties de la gauche n’ont pas été non plus la force majoritaire d’opposition à l’extrême droite.

Reste aux syndicalistes de convaincre que les luttes sociales victorieuses pourront amener de l’espoir et démontrer que le FN est une impasse et demeure le pire ennemi des salarié-e-s !

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