Aller au contenu principal

Nouvelle offensive du FN vis-à-vis des syndicats

mer 14/01/2015 - 00:10
defaut

La fin de l'année 2014 a été marquée par une nouvelle offensive du Front National et de ses satellites en direction du mouvement syndical à l'occasion des élections professionnelles au sein des trois fonctions publiques qui ont lieu fin novembre, en particulier le secteur de l'Education Nationale.

Nouvelle application du tournant « républicain » dans l'Education nationale : l'appel du collectif Racine à voter FO et SNALC

On sait que des enseignants FN ont créé en 2013 un collectif dénommé « Racine » affilié officiellement au Rassemblement Bleu Marine. Ce collectif  revendique aujourd'hui plusieurs centaines d'adhérents et s'est structuré dans plusieurs départements.

Ce collectif (voir communiqué de presse de son secrétaire général Alain Avello) est intervenu dans la campagne électorale en appelant à voter pour Force Ouvrière et le SNALC (organisation syndiquant des enseignants de droite). La rhétorique 'raciniste' de ce communiqué est classiquement d'extrême droite dans sa dénonciation du syndicalisme ayant des « fins politiques » auquel est opposé un syndicalisme « indépendant ». Comprendre : face au syndicalisme doté d'un projet de libération du travail exploité par le capital, il faut valoriser un syndicalisme corporatiste, acceptant de fait la collaboration avec le patron (y compris, et surtout, si ce dernier est l'Etat).

Dans ce cadre, l'appel à voter Snalc n'était pas une surprise, d'autant que des contacts humains ont existé dans un passé récent entre cette organisation et la sphère FN. Plus surprenante, en apparence, était la consigne de vote en faveur de FO. Pourtant, elle s'explique parfaitement si on prend en compte le tournant 'républicain' du FN depuis l'arrivée à sa tête de Marine Le Pen et de Florian Philippot. Comme nous l'avions expliqué, les dirigeants du collectif Racine proviennent de la mouvance nationale-républicaine, un moment symbolisé par Jean-Pierre Chevènement, ce qui ne les empêche pas en réalité de se référer au 'meilleur' de la pensée fasciste (Carl Schmitt). Le président du collectif Racine a d'ailleurs été syndiqué à FO.

Un tel appel à voter FO est donc cohérent avec le nouveau discours du FN sur l'école publique. Cette dernière n'est plus le vecteur de l'enracinement d'une République détestée (« ripoublique » disait Jean-Marie Le Pen) pervertissant l'esprit des jeunes Français en leur transmettant ces idées « absurdes » que sont  la liberté, l'égalité et la fraternité. Au contraire, l'école républicaine fondée par Jules Ferry est à défendre, surtout depuis qu'elle est transformée, attaquée par les suppôts des idées de Mai 68. Mis à part ce déplacement chronologique de l'origine du mal, le discours du collectif Racine reprend la thématique classique de l'extrême droite sur l'école, y compris de sa  composante fasciste.

Reste que cette inflexion permet de mieux se faire entendre dans un milieu professionnel particulièrement rétif aux idées d'extrême droite jusqu'à présent. Car, depuis le début des années 80, il est incontestable que, face aux contradictions de la démocratisation scolaire, progresse dans le milieu enseignant un discours nostalgique et même réactionnaire, idéalisant l'école d'avant 1968 (en réalité d'avant 1945 c'est-à-dire du temps où l'école républicaine excluait les classes populaires de l'accès à la culture classique), porté par de nombreux auteurs (Brighelli en est un bon exemple) qui refusent toutes les réformes qui, plus ou moins adroitement, sans en avoir toujours les moyens, veulent dénouer ces contradictions avec la volonté de réduire les inégalités sociales face à la scolarisation.

Il est également évident que la fédération de l'enseignement de FO se positionne depuis maintenant de nombreuses années pour recueillir ce courant idéologique en refusant à priori toute réforme scolaire. De ce point de vue, on ne peut être que surpris de la surprise de Hubert Raguin, secrétaire général de FO-Education à l'annonce de l'appel à voter du collectif Racine pour son organisation telle que la rapporte Abel Mestre et Michel Noblecourt dans leur article du 'Monde' du 9 décembre 2014 ! Il s'agit d'une nouvelle ambiguïté entre FO et le FN, en tout cas entre une sensibilité du syndicat et le parti d'extrême droite.

Incontestablement, ce positionnement a valu à FO d'être le grand vainqueur des élections professionnelles au sein de l'Education Nationale au détriment de la FSU qui a fait les frais de son positionnement hésitant face à la politique gouvernementale depuis 2012 (cependant la FSU reste majoritaire). De ce point de vue, il nous semble important d'affirmer que ce succès doit plus aux inquiétudes du milieu enseignant par rapport à la « refondation » impulsée par le pouvoir socialiste dans le cadre d'une montée depuis 30 ans d'un courant réactionnaire chez les enseignants qu'à la progression dans ce milieu du FN en tant que tel à travers le collectif Racine dont la prise de position n'a pas été massivement diffusée (d'un autre côté ce vote ne traduit pas seulement une réaction à la politique d'austérité du pouvoir car cette politique a été dénoncée par toutes les organisations syndicales).  Ce que l'on peut juste dire c'est que le collectif Racine, et derrière le FN, ont fait le choix de s'intégrer à ce courant réactionnaire républicain relativement puissant dans le but de mieux diffuser leur vision de l'école. Choix gagnant pour l'instant...

Quelle politique syndicale du FN ?

Reste que le collectif Racine a été s'intégrer à ce courant jusqu'à assumer une consigne de vote pour certains syndicats, en particulier FO. Ce qui pose le problème de l'existence d'une politique syndicale du FN.

Il semble, cependant, qu'à ce niveau c'est l'empirisme qui domine au sein de la direction du FN. Comme le déclare Philippot : « Nous n'avons pas de stratégie globale ». Il poursuit en précisant que sur le terrain, localement, le FN constate qu'il y a pour ses adhérents davantage de possibilités pour faire du travail au sein de FO  où on sait que les idées du FN ont plus largement pénétré que dans les autres organisations syndicales (voir les sondages post électoraux), réalité connue de la direction du Front.

Mais le responsable du travail en direction des syndicats, Engelmann, a été exclu du Bureau Politique suite au congrès de Lyon et il est en disgrâce auprès de Marine Le Pen. Le Cercle national des travailleurs syndiqués (CNTS) a du mal à se développer et la direction du FN cherche de nouveau à le relancer. Si, donc, le FN semble avoir un espace pour se construire une sphère d'influence au sein du mouvement syndical, il ne semble pas en mesure, aujourd'hui, d'occuper cet espace.

Si le FN n'est pas aussi puissant qu'il a voulu le laisser entendre lors de son dernier congrès, il ne faut pas sous estimer la capacité de sa direction à structurer dans le futur proche un outil d'intervention politique en direction du mouvement syndical, surtout dans la dynamique de construction qu'il connaît aujourd'hui. Toutefois, il devra se poser la question de la cohérence de son discours. En effet, la volonté de Thierry Gourlot, secrétaire départemental du FN de Lorraine, président du CNTS et soutenu par Louis Aliot, de faire de ce dernier une organisation qui rassemblerait salariés et patrons, même petits, si elle correspond pleinement à la tradition de collaboration de classe de l'extrême droite sur la question syndicale, ne se marie pas facilement avec le discours volontiers 'anticapitaliste' de Marine Le Pen. Ceci même si la conscience de classe du salariat n'est plus ce qu'elle était...Ce qui pose le problème de l'attitude de certains syndicats face au FN. A commencer par celle de la CFTC qui n'a toujours pas exclu Gourlot de ses rangs !

Quelle stratégie syndicale face au FN ?

Dans le secteur de l'Education Nationale, si la réaction du responsable FO de l'éducation laisse à désirer (la question du FN ce n'est visiblement pas son affaire et il se réfugie derrière un pseudo apolitisme), ce n'est pas le cas du secrétaire général de FO, Jean Claude Mailly, qui a clairement dénoncé « les idées racistes, xénophobes ou antisémites » dans sa réaction aux prises de position du FN en faveur de sa confédération. On se souvient de sa caractérisation du programme du FN en 2012 : « ma tasse de thé n'est pas le national-socialisme ».

Les autres organisations syndicales représentatives au sein de l'Education nationale ont toutes dénoncé l'intervention du collectif Racine, en particulier Sud Education (il est vrai particulièrement visé) et l'UNSA. Bien évidemment, VISA se félicite de cette condamnation unanime.

Ces réactions dessinent en creux des stratégies syndicales différentes face à la menace que représente pour toutes les organisations syndicales l'extrême droite. Si on ne peut être que d'accord avec l'UNSA pour opposer terme à terme les valeurs progressistes à celles du fascisme, s'il est incontestable que lutter contre l'austérité gouvernementale participe de la lutte contre l'extrême droite tellement la seconde est nourrie par la première, comme l'affirme le secrétaire général de FO, il nous semble que le mouvement syndical ne peut éviter de se poser la question de la nécessité d'une mobilisation unitaire spécifiquement antifasciste face à la montée actuelle, non seulement des idées d'extrême droite, mais aussi d'une force politique capable de les faire accéder aux différents niveaux de pouvoir politique.

C'est à une telle mobilisation que VISA a participé, avec certaines forces syndicales et associatives dont la CONEX, lors du week-end des 29 et 30 novembre 2014 à Lyon alors que le FN y tenait congrès. VISA entend continuer à s'adresser à l'ensemble des forces syndicales pour qu'elles participent, voir impulsent une telle mobilisation, à commencer par les organisations qui ont débattu, avec nous, du danger de l'extrême droite en janvier 2014.

VISA