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On n’en a jamais fini avec le FN, ses acolytes et ses idées

mar 05/12/2017 - 21:13
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Des 14,39 % (4  377 00  voix) obtenu par Jean-Marie Le Pen aux élections présidentielles de 1988, en passant par les 17,90 % (6 421 426 voix) en 2002 et sa présence au second tour, jusqu’au score de 33,9%  (10 600 000 voix), de Marine Le Pen au second tour des présidentielles de 2017, la montée du Front National, apparaît, depuis bientôt dix ans, irrésistible.

Depuis les dernières présidentielles, l’extrême droite et ses idées, dont le FN est le vecteur le plus visible, mais aussi ses  acolytes, politiciens et idéologues  qui  propagent ce venin, gagnent chaque jour plus de terrain. Pourtant, comme après chaque élection, on assiste au même aveuglement, d’une partie de la presse, des intellectuels et des professionnels de la politique.
« Marine Le Pen a raté son débat d’avant le second tour, c’est fini pour elle », « le Front National est en crise, il ne s’en remettra pas. », a-t-on entendu, de façon récurrente, dans les médias, depuis le deuxième tour des présidentielles. Et pourtant, les sondages, sur le thème : « Si les présidentielles avaient lieu aujourd’hui », ont confirmé, à chaque fois, que la candidate du Front National obtiendrait le même score au premier tour. De plus, d’aucun s’interroge sur le score qu’aurait réalisé la présidente du Front National au second tour si celle-ci n’avait pas « raté » son débat.

Pourquoi cet aveuglement, récurrent après chaque élection présidentielle, une fois qu’une partie de la classe politique a poussé un « ouf » de soulagement ? Les mêmes sont par ailleurs satisfaits, après avoir gagné les élections, de pouvoir imposer leur programme, grâce à un vote anti-Front National, à des électeurs qui ne l’ont pas approuvé majoritairement. Ce sont souvent les même qui enterrent, après chaque élection présidentielle, le Front National, ces partisans d’une tactique politique à court terme qui consiste à faire croire que le FN n’arrivera jamais à accéder au pouvoir grâce à une vote « contre » au deuxième tour de chaque présidentielle. La croissance exponentielle du vote FN depuis dix ans prouve que cette « tactique » va, à long terme, trouver des limites que la société démocratique et le mouvement ouvrier risquent de payer très cher.

Nous, militants syndicalistes de VISA, qui, depuis vingt ans, alertons sur la croissance pour le moment inéluctable du FN et de ses idées, continuons à affirmer que pour stopper l’ascension du FN il faut, en priorité, se mobiliser pour en finir avec les politiques d’austérité et antisociales menées depuis ces trente dernières années. La misère, le chômage et la précarité alimentent depuis des dizaines d’années la montée du FN et il n’y a aucune raison, rationnelle, que l’extrême droite disparaisse comme par enchantement parce qu’un président continuant cette même politique serait « jeune et dynamique ». Certes, aujourd’hui, le Front National apparaît affaibli par les questions stratégiques qu’il n’a pas encore tranchées, mais le départ de Philippot, comme celui, en 1998 de Mégret, sera à court terme cicatrisé. Lors du départ de Mégret, l’hémorragie de cadres avait été tout autre et cependant Jean Marie Le Pen accédait, quatre ans plus tard, au second tour des présidentielles en 2002. Par ailleurs, la « mini-scission » de Philippot s’étant produite après la défaite électorale de Marine Le Pen au deuxième tour, l’analyse erronée d’un FN qui serait face à une crise insurmontable est reprise par de nombreux commentateurs. Pour notre part, ce qui nous inquiète, c’est que ce sentiment puisse être partagé dans les cercles militants, en particulier par des syndicalistes.
Il existera toujours des batailles d’influences (guerre des chefs) au sein du parti d’extrême droite, mais, même s’il change de nom lors de son prochain congrès, ce parti d’extrême droite continuera, grâce à une audience et des résultats électoraux qui, dans le contexte actuel, resteront très élevés, à propager son venin antidémocratique et totalitaire dans la société.
Il faut aussi rappeler que quinze villes sont actuellement dirigées par l’extrême droite. La Ville d’Orange est dirigée depuis vingt deux ans par l’extrême droite. Cela doit faire réfléchir tous ceux qui imaginent que l’avenir du Front National serait un déclin irréversible. Quand l’extrême droite prend le pouvoir, elle le garde et s’y accroche, c’est rarement un « feu de paille ».

Aujourd’hui, le débat stratégique semble sur le point d’être tranché par la direction du FN. Nicolas Bay préconise le retour du triptyque : « Insécurité, immigration, identité », le libéralisme devant être combattu non comme système économique mais comme une idéologie sur les questions de société. Ces prises de position entrent en résonance avec celles de Laurent Wauquiez, sur le point de prendre la direction des Républicains. Pas un meeting sans que ce dernier reprenne l’ensemble de la rhétorique du Front National allant même jusqu’à y développer les arguments nauséabonds de la théorie du « grand remplacement ». Marine Le Pen  fait des appels du pied aux dirigeants et militants des Républicains en leur proposant l’unité. L’hypothèse que ces adhérents et militants LR, chauffés à blanc par Wauquiez, puissent, en masse, sans hésitation, lors de prochaines élections, passer du vote Républicain au vote FN, pour voir appliquer la même politique raciste et liberticides que défend leur mentor est très envisageable.Cet apport de voix qui a manqué  à Marine Le Pen au second tour des présidentielles de 2017, pourrait être déterminant, en 2022, quel que soit la-e candidat-e du parti fasciste.
Une autre hypothèse pourrait être que cette droite extrême, qui est en train de faire une OPA sur le parti « les Républicains », puisse proposer, en cas de victoire aux présidentielles, au parti d’extrême droite, d’intégrer un futur gouvernement. Les exemples dans certains pays européens sont là pour nous rappeler que cette éventualité n’a rien d’irréaliste.
 
Nous, syndicalistes de VISA tenons à affirmer que nous n’en avons pas fini avec le FN, ses acolytes et ses idées.

 Il ne faut pas baisser la garde, car si le FN opère à son prochain congrès, un tournant libéral en économie, mitonné avec ses fondamentaux fasciste et racistes, cela ne l’empêchera pas, aussi, en fonction du milieu auquel il s’adresse, de continuer à asséner un discours pseudo social. Ce discours, mâtiné des fondamentaux racistes et fascistes de l’extrême droite,  continuera à trouver un écho proportionnel au découragement des milieux salariés et populaires qui subissent la dégradation de leurs conditions de vie.

C’est pourquoi, il appartient, plus que jamais, aux militants syndicaux, de se doter d’outils et de matériels pour contrer la propagande de l’extrême droite qui constitue un danger mortel pour le mouvement ouvrier.

Face à « l’avalanche » des mesures prises par le gouvernement qui remettent en cause les acquis obtenus par des années de luttes sociales et syndicales, la priorité du mouvement syndical, est, légitimement, de chercher à construire les ripostes et les résistances nécessaires. Mais cela ne doit pas entraîner la « mise en sourdine » de la nécessaire lutte contre l’extrême droite et son programme. La prise de conscience, ces dernières années, par les organisations syndicales, de la nécessité de ce combat intransigeant, doit perdurer et s’amplifier, de façon permanente, sans être rythmé seulement par les échéances électorales.