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Municipalités d'extrême droite : Témoignage d’un syndicaliste, employé de la ville de Béziers

mer 21/01/2015 - 00:10
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A l’occasion d’une formation intersyndicale Solidaires – CGT – FSU organisée sur 2 jours et animée par VISA, un employé de la ville de Béziers, dirigée par l’extrême droite, a témoigné du vécu des agents municipaux.

« Robert Ménard a déclaré pendant la campagne municipale qu’il ne sera pas un élu du FN. C’est vrai, il est pire car son projet est de fédérer au plus large l’extrême droite locale. Il communique beaucoup (c’est un journaliste de formation) et mise beaucoup sur les supports « publicitaires » telles que les affichettes promouvant des interventions de Zémour et de De Villiers à Béziers ou vantant la présence de la Police Municipale.

Elu après une gestion UMP très dure, il a récupéré une ville en état de ruine économique et social (4ème ville la plus pauvre de France), un terreau privilégié pour l’extrême droite.
Premières mesures : Doublement des effectifs de la Police Municipale, suréquipement (gilets pare balle digne de CRS face aux manifs), demande d’agrément pour les armer, détachement de policiers de Bollène
 (tenue par l’extrême droite) avec leurs armes car ils ont déjà l’agrément, baisse des impôts locaux de 4% (60% des habitants n’en paient pas, deux millions de recettes fiscales en moins), suppression des lignes de bus en été de la banlieue vers le centre ville, concentration des services publics en centre ville et abandon des faubourgs.

Le Directeur général des services de la ville, parti en retraite 15 jours après les élections, a été remplacé par un lieutenant colonel de gendarmerie arrivé de Nouvelle Calédonie. Il a rencontré les syndicats le lendemain de sa prise de fonction pour leur dire que sa porte était toujours ouverte et que le fait de les recevoir de suite était une marque de respect des syndicats. Quelques jours plus tard, il engageait un grand ménage en virant des contractuels, en déplaçant d’office des fonctionnaires et en en rétrogradant une douzaine.

Yves Beck, nommé directeur de cabinet de Ménard, a un passé sulfureux : En fonction à Orange chez Bompard, combattant en Bosnie, proche de '3ème voie' et d’Ordre nouveau'. Il a viré le directeur de la Police Municipale le lendemain de son installation pour le remplacer par un proche venu de Bollène.

Robert Ménard a reçu l’ensemble du personnel communal le 25 septembre sur un ton martial et solennel en déclarant que les agents devraient travailler plus en étant payés moins (promo et primes au mérite). Sa lettre de cadrage budgétaire est issue des pires politiques d’austérité : Réduction des coûts donc des services publics, pas d’investissements dans les maisons de quartiers…

Lors des élections professionnelles, un syndicat de droite (FAFPT) est devenu représentatif, devant la CFDT, et FO a fait allégeance au maire, tout en perdant 10 %. L’intersyndicale CGT FAFPT CFDT a néanmoins organisé une AG qui a réuni 150 agents (sur 1600) mais la peur s’est installée chez les personnels et la mobilisation est donc très difficile. De plus, les cadres sont divisés : Une petite partie de collabos, une grosse partie qui essaie de passer entre les gouttes et une autre qui cherche à quitter la mairie. Parmi les cadres B, la CGT est devenue majoritaire mais chez les C Techniques, recrutés hors concours par l’ancienne municipalité de droite pendant 20 ans, c’est la FAFPT qui l’a emporté.

Cela dit, le maire craignant un mouvement social qui nuirait à son image, il joue sur la peur pour obtenir l’adhésion des personnels, en tous cas leur soumission. Ainsi, celles et ceux partis à l’Agglo poussent un ouf de soulagement… Par ailleurs, Ménard a réussi à favoriser la délation : des « citoyens » téléphonent au standard de la mairie pour dénoncer des balayeurs qui ne travaillent pas alors qu’ils sont en pause (20 mn en cas de journée continue) ou pour insulter les agents « enfin un maire qui va vous mettre au boulot »

Ménard va également essayer de profiter de la réforme territoriale pour concentre les services publics locaux, en licenciant et en déléguant au privé.

« Un peuple, une ville, un chef » peut être la devise de Ménard : une stèle à la mémoire de l’OAS, installée dans le cimetière, lui permet de s’y recueillir régulièrement. Pour aller plus loin, il a débaptisé la rue du 19 mars 1962 en rue Saint Géours, un proche des putschistes d’Alger mais au passé de résistant… Enfin, derrière sa mutuelle populaire pour les habitants de Béziers se cache une véritable assurance privée installée à Bordeaux et dont l’un des coactionnaires est un ancien néo nazi.

Et pour rédiger un livre sur la ville, il a demandé à Renaud Camus (1), écrivain d’extrême droite et notamment connu par son appel à voter Le Pen en 2012 sur la base d’un texte intitulé 'Nous refusons de changer de civilisation' ».

(1) A propos de Renaud Camus voir l'article de rue 89.nouvelobs