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"Lumière sur mairies brunes" la chronique trimestrielle de VISA n° 2 - Octobre 2014

lun 06/10/2014 - 23:18
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Se servir des mairies « conquises » en mars 2014 comme autant de vitrines pour démontrer la « capacité à gouverner » du parti et préparer 2017 : tel était le projet du FN, en cherchant à éviter les scandales et les actes susceptibles de créer trop de mauvaise publicité. Mais les actes des maires d’extrême droite, comme en 1995-2001, prouvent que les résultats ne sont pas au rendez-vous : « chassez le naturel, il revient au galop ! »

 Une chose est certaine : le nouveau visage que le FN tente de montrer à travers ses « vitrines » municipales ressemble furieusement à l’ancien.

Marine Le Pen avait promis une politique municipale plutôt « soft » et même juré, en mars dernier, que le FN n’utilisera pas ses futures municipalités comme autant de « laboratoires » pour imposer une idéologie : C’est déjà raté, elle aussi fait des promesse qu’elle abandonne rapidement !

Les maires d’extrême droite seraient moins autoritaires, moins enclins au népotisme, moins sectaires ?

Ce numéro 2 des chroniques de VISA illustre comment ce pari est raté, avec une introduction sur l’élection de 2 sénateurs fascistes.

 

Invitée sur BFM TV le 22 septembre 2014, la présidente du FN déclare : « Je trouve que mes nouveaux maires font des débuts remarquables. […] Mais je sais très bien que durant les six prochaines années, on ira regarder si l'adjoint au maire d'Hayange est mal coiffé ce matin. » 

Hélas, certains élus locaux semblent partager son point de vue. Deux d’entre eux, Stéphane Ravier et David Rachline, viennent d’être élus au Sénat, dimanche 28 septembre 2014. Plusieurs centaines de « grands électeurs » n’appartenant pas au FN ont donc voté pour eux.

Alors que leur parti ne disposait que d’environ 200 conseillers municipaux dans les deux départements concernés, le Var et les Bouches-du-Rhône, chacun des deux maires a engrangé le double de voix de « grands électeurs ». 431 ont été exprimées pour la liste sénatoriale de Ravier à Marseille,  et 401 pour celle de Rachline dans le Var. Au total, le FN dispose d’un bon millier de conseillers et élus municipaux en France, mais ses listes aux élections sénatoriales ont obtenu environ 4.000 suffrages. Signe d’une banalisation ?

 

Abordons maintenant les méfaits notoires des maires d’extrême droite durant ces trois derniers mois.

 

Recrutements « radicaux »…

Depuis le recrutement de dirigeants du Bloc Identitaire à Béziers, d’autres scandales relatifs aux choix de recrutement de cette mairie ont eu lieu. Le 19 septembre 2014, Robert Ménard a inauguré les locaux de la « Mutuelle solidaire », une structure crée par la municipalité et réservée aux habitant-e-s de Béziers… citée en exemple par Marine Le Pen dans des émissions de radio. Or, pour procurer ses services, ladite « mutuelle » passe par la SARL « Tradiata », domiciliée à Bordeaux, sensée proposer des « contrats de base très avantageux » aux Biterrois-es .

 

Parmi les dirigeants de cette société se trouve, depuis le 14 août dernier, un certain Robert Ottaviani, assureur de son état. Dans les années 1990, ce personnage était le chanteur du groupe de musique néonazi « Ultime Assaut », issu de la mouvance skinhead et du « Rock identitaire français » (RIF). Dans l’un de ses textes, le chanteur rendait hommage à la LVF (« Ligue des volontaires français contre le bolchévisme ») qui combattait, au cours de la Seconde guerre mondiale, aux côtés de l’Allemagne nazie.

 

…et favoritisme

Fréjus est, avec 53.000 habitant-e-s, l’une des grandes municipalités actuellement dirigée par le FN (derrière Béziers). Cette ville constitue un bon terrain d’études sur les pratiques de favoritisme idéologique mises en place depuis l’arrivée du FN au pouvoir.

Le 25 avril 2014, soit un petit mois après les élections municipales, une société dénommée « La Patrouille de l’événement » a été créée. Jusqu’ici, la ville de Fréjus constitue son seul et unique client. Pour plusieurs dizaines de milliers d’euros, elle y a organisé la Fête de la musique du 21 juin, puis pris en charge l’ensemble des festivals et spectacles de l’été.

Parmi ses principaux dirigeants figurent Romain Petitjean – un ancien d’ « Europe Jeunesse », une structure satellite du GRECE (« Nouvelle Droite » d’Alain de Benoist) puis de la mouvance identitaire – et Minh Tran Long, un ancien de la Légion étrangère, militant d’extrême droite à la FANE, l’organisation néonazie de Mark Fredriksen (« Fédération d’action nationale et européenne »), dissoute en 1980, mais qui a néanmoins contribué activement à la campagne présidentielle de Marine Le Pen en 2012.

Leur entreprise  est domiciliée dans un immeuble situé rue des Vignes à Paris 16e, qui abrite de nombreuses sociétés de la nébuleuse du GUD (« Groupe union et défense »), groupe étudiant violent d’extrême droite par lequel sont passés de nombreux conseillers actuels de Marine Le Pen. Parmi les actionnaires de la société, on trouve aussi Aymeric Le Gallou-Blanc, le fils de Jean-Yves Le Gallou, passé par le FN et le MNR, actuellement sans parti mais animateur de la fondation « Polémia ».

La ville de Fréjus fait aussi appel à une autre société domiciliée à Paris (8e), « La Financière des territoires », qui a été créée le 21 mars 2014, l’avant-veille du premier tour des élections municipales. Depuis l’élection du maire FN David Rachline et jusqu’en août 2014, cette société a gagné environ 14.000 euros pour des prestations « de conseil et accompagnement ». Mais elle semble surtout très bien placée pour remporter une grosse commande, celle consistant à effectuer l’« audit » des finances de la ville que la mairie FN compte lancer « début 2015 ».

Actionnaire unique, Clément Brieda, âgé de 26 ans, a contribué au programme économique du FN et ferait partie, selon le député européen Bernard Monot, de la « commission économique » du parti d’extrême droite depuis « cinq ans ».

Quand au maire FN de Cogolin, Marc-Etienne Lansade, il a récemment décoré Marine Le Pen en personne de la médaille de la ville…

 

Méfaits antisociaux

L’un des centres sociaux de Fréjus, implanté dans un quartier populaire, est aujourd’hui menacé de fermeture. David Rachline avait lui-même publiquement reconnu que « le bilan des centres sociaux n’est pas mauvais »… tout en réduisant les subventions de trois d’entre eux. Puis, au cœur de l’été, le 1er août, ce maire a traité le centre du quartier de Villeneuve de « faux centre social ».

Ensuite, le 4 septembre, via un réseau social, David Rachline a annoncé unilatéralement qu’il mettait fin à la subvention du centre social de Villeneuve. Celle-ci sera supprimée à partir du 31 décembre 2014, ce qui fait planer une menace quasi irréversible sur l’avenir de ce centre.

Le 25 Juin 2014, Stéphane Ravier avait lui aussi annoncé la couleur : « Je refuse cette politique socialisante qui veut que l'on déverse des millions d'euros vers ces quartiers en nous faisant croire que cela va changer la nature de celles et ceux qui y habitent. Je refuse que les deniers publics soient utilisés dans ces zones criminogènes. » En y ajoutant : « Il n’y a pas beaucoup de Scandinaves dans (ces) quartiers de Marseille. »

En toute logique partisane, les élus FN ont voté contre les subventions de la dizaine de centres sociaux. Certes, ce vote n’a pas de conséquence irréversible car le pouvoir décisionnel appartient à la mairie centrale. Mais le feu contre les dépenses à caractère social est désormais constant. Jusqu’au début de l’été, 23 agents de l’administration du secteur, sur un total de 200, avaient déjà demandé leur mutation.

Pendant ce temps, au Pontet (Vaucluse), autre municipalité FN, les coupes claires dans les dépenses sociales continuent. Nous avions déjà signalé, dans la première de nos chroniques, que le maire Joris Hébrard avait décidé la fin de la gratuité des cantines scolaires pour les enfants issus de familles démunies. Ceci tout en augmentant sa propre rémunération d’élu de 44 %, d’un seul coup… avant que cette mesure soit retoquée par le préfet du Vaucluse. Depuis, d’autres coupes ont été effectuées.

Le 19 septembre 2014, on a appris que la mairie se désengageait financièrement du « Téléthon »  local. Depuis dix ans, avec un soutien financier et une mise à disposition de personnel par la mairie, une course de 24 heures était organisée. L’année dernière, elle avait réuni 400 participant-e-s, ayant versé dix euros chacun-e. S’y ajoutaient des dons du public, pour un total d’environ 20.000 euros. Le retrait de la mairie lui permet de réaliser des économies d’un ordre plutôt symbolique, de l’ordre de 15.000 euros pour un budget d’environ cinquante millions, mais met en péril l’événement caritatif.

A Béziers, c’est vers les fonctionnaires territoriaux que se tourne le maire Robert Ménard, sans carte mais soutenu par le FN, pour chercher à réaliser des économies. Le jeudi 25 septembre 2014, l’élu a réuni le personnel municipal dans la « salle Zinga Zanga », pour un long discours au ton martial : « Je ne dirais pas que tous les fonctionnaires de la ville sont exemplaires ».

Ménard a ensuite annoncé pêle-mêle une chasse aux gaspillages, aux arrêts-maladie (prétendument faux, qui seraient prescrits par des « médecins trop connus ») et au paiement soi-disant abusif d’heures supplémentaires. La CGT a réagi dans les colonnes du « Midi Libre » : « Nous avons le sentiment que nous ne sommes pas respectés et il faut arrêter de dire que nous sommes des nantis. Depuis quatre ans les salaires sont bloqués dans la fonction publique. S’il y a des brebis galeuses, qu’il s’en prenne à eux et pas à l’ensemble du personnel. Nous ne sommes pas responsables de la situation catastrophique de Béziers, ni de la gestion passée, ni de la gestion présente.» 

Cerise sur le gâteau, Ménard s’est livré à un joli lapsus, en confondant dans une phrase « régime indemnitaire » et… « régime identitaire ».

 

Discrimination et racisme

Dans la plupart des municipalités FN, il y a des soupçons de discrimination raciste.

A Beaucaire (Gard), c’est dans une tribune publiée le 1er septembre 2014 sur le site du FN départemental que le maire Julien Sanchez stigmatise les enfants issus de l’immigration qu’il est, à son grand regret, obligé d’inscrire dans les écoles de « sa » ville : « je tiens, en tant que Maire, à alerter le gouvernement et l’opinion publique sur le coût pour les contribuables et la répercussion sur le niveau des enseignements offerts à nos enfants de l’accueil d’élèves dits allophones (autrefois appelés primo-arrivants) dans les écoles françaises. A Beaucaire (16 000 habitants), ce sont ainsi 22 nouveaux élèves étrangers ne parlant pas français que je suis contraint par la circulaire n°2012-141 du 02/10/2012 d’accueillir dans les écoles de ma ville (du CP au CM2) en cette rentrée scolaire, sans compter les 9 élèves de maternelle.» 

Le maire n’hésite pas à désigner ici à la vindicte publique « ces élèves,  pour la plupart originaires du maghreb et/ou de nationalité espagnole grâce à l’Europe passoire et laxiste en matière de naturalisations ou de droit du sol(…) ». L’orthographe étant laissée ici comme dans l’original : c’est bien le « Super-Français » de maire qui écrit « Maghreb » avec une minuscule…

Dans le septième secteur de Marseille, le journal « Le Monde » signalait dès le 29 juin 2014 que le nombre d’attestations d’accueil permettant à une personne résidant sur place d’inviter un ressortissant étranger, et facilitant l’obtention du visa pour ce dernier avait chuté « de 200 à une soixantaine délivrées chaque mois ». Le journal faisait, du même coup, état de « réactions parfois violentes face aux refus aux guichets d’accueil de la mairie. » On imagine, dans ce contexte, les effets sur les conditions de travail des agents municipaux…

Le dimanche 28 septembre 2014, trois Antillais ont déposé plainte contre Robert Hiraux, maire adjoint FN de la municipalité de Villers-Cotterêts (Aisne), pour propos raciste. L’élu municipal leur avait lancé, suite à un différend portant sur une voiture mal garée : « Dégagez de là, vous n’êtes pas dans votre cambrousse ! » Aujourd’hui, l’élu prétend que dans sa bouche, ces mots n’auraient eu aucune signification raciste : il n’aurait utilisé le terme « cambrousse » que dans le sens de « campagne », par opposition à la vie en ville.

A Mantes-la-Ville (Yvelines), c’est le premier adjoint au maire FN Cyril Nauth, un dénommé Laurent Morin, qui a déclenché une polémique. Il s’est exprimé en des termes très durs, repris dans un article du « Parisien » du 22 septembre 14, à propos du « métissage général », qui serait « une sorte d’eugénisme, il dilue les identités ». Bref, presqu’un génocide, à ses yeux. Par ailleurs, il s’est aussi illustré jusqu’ici par une absence quasi-totale de projets municipaux, selon un premier bilan de son mandat tiré par « La Gazette du Mantois » du 24 septembre 2014… sauf un projet qui, lui, a abouti : Cyril Nauth et son équipe ont, en effet, réussi à stopper définitivement la construction d’une mosquée.

A Cogolin, le maire Marc-Etienne Lansade s’est illustré par sa vive opposition, fin septembre 2014, à la présentation d’un spectacle de danse orientale lors d’un Gala des associations. A travers des propos cités le 30 septembre par le journal « Huffington Post », il assène qu’« on est en Provence, pas en Orient ! » Rajoutant même que : « S’ils veulent vivre comme en Orient, les frontières sont ouvertes. »

Le journal informe, à cette occasion, d’une sortie similaire du maire FN d’Hayange, Engelmann, qui a déclaré que « la danse orientale est incompatible avec le Front national ».

Auparavant, le maire de Cogolin s’était fait le chantre de la « promotion de l’identité provençale et chrétienne », comme il l’exprime dans une entretien au nouveau et luxueux journal municipal « Cogolin Terre Mer », numéro 1. Ainsi s’est-il attaqué « au marché du mercredi qui avait, très certainement, perdu son caractère provençal pour devenir un marché tout à fait oriental », selon ses déclarations dans une interview publiée le 19 septembre 2014.

Par la même occasion, il déplore que « le catholicisme était totalement abandonné au profit d’un communautarisme », bien entendu musulman, selon lui. Ainsi, le maire précédent aurait toléré la construction d’une mosquée « sur un terrain mitoyen d’un cimetière chrétien »… qui, évidemment, n’est pas un lieu uniquement « chrétien », mais un cimetière municipal où sont enterrés des individus de différentes confessions !

 

Autoritarisme et volonté de régenter les comportements

Concernant les dérives autoritaires, Robert Ménard fournit là encore un bon exemple. Sa façon de faire commence à attirer les regards au-delà des frontières de sa ville. Surtout, ses tentatives de régenter les consciences de façon autoritaire et dirigiste sont par trop visibles. De son rêve de faire porter une blouse grise aux élèves de « sa » ville (elle leur est distribuée par la mairie) jusqu’à l’interdiction de mettre du linge à sécher aux fenêtres, certaines de ses initiatives malencontreuses étaient déjà connues depuis le printemps 2014.

Plus récemment, il a sorti sa dernière trouvaille : un arrêté, annoncé le 18 septembre 2014 en Conseil municipal et interdisant de cracher par terre, en créant une amende municipale spéciale à cet effet… Il s’agit là, dixit Ménard, d’ « éduquer les gens ». Ceci en réactivant un décret qui avait été adopté… le 22 mars 1942, sous Vichy.

Dans le septième secteur de Marseille, Stéphane Ravier fait avant tout dans la politique symbolique, faute de leviers matériels ou financiers importants. Depuis la fin juin 2014, il exige ainsi qu'un employé municipal défroisse tous les matins le drapeau tricolore ornant la mairie, puis veille pendant le reste de la journée à ce qu'il ne s'enroule pas sur lui-même.

Si ce fait apparaît comme ahurissant, cela ne vaut pas moins pour la circulaire qui interdit aux agents municipaux de parler « une autre lange que le français » ; non seulement avec les administré-e-s, mais aussi « entre eux ».

A Hénin-Beaumont, la municipalité FN s’est jusqu’ici comportée de façon relativement prudente. Elle sait qu’elle est particulièrement observée, constituant en quelque sorte la « vitrine » municipale du FN : ici, le parti d’extrême droite avait obtenu sa seule majorité absolue réalisée au premier tour ; c’est ici que Marine Le Pen a été elle-même candidate à plusieurs reprises.

Le maire FN, Steeve Briois (en même temps secrétaire général du parti jusqu’au prochain congrès, fin novembre prochain à Lyon), a quelque part le jeu facile : il lui suffit de dénoncer sans cesse la gestion désastreuse de la ville par ses prédécesseurs, qui ont effectivement laissé un lourd bilan derrière eux. Les 17 et 26 septembre 2014, la mairie FN a d’ailleurs porté plainte auprès du procureur de Béthune au sujet de neuf marchés publics qui pourraient être truqués, contractés par l’ancienne municipalité.

Cependant, ce fait servira désormais d’argument démagogique pour contrer toute critique de la gestion du FN lui-même, qui prévoit un « grand plan d’économies » pour la période à venir, « 2015 à 2017 ».

En attendant, cette mairie  a de nouveau montré un visage autoritaire, en bannissant en septembre le PCF local des commémorations historiques de la ville. Cela lui avait été notifiée par une Lettre recommandée du maire adjoint « à la vie associative », Christopher Szczurek, reçue le mercredi 24 septembre 2014.

                                                 

Actes idéologiques : OAS et écrivain antisémite

Robert Ménard s’est incliné le 5 juillet 2014, jour anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, devant une stèle glorifiant des terroristes de l’OAS. Ces membres de l’ « Organisation de l’armée secrète » ont été condamnés à mort et fusillés pour leur rôle joué dans les activités criminelles de leur organisation.

Le prétexte du déplacement de Robert Ménard résidait dans la volonté de commémorer des Pieds Noirs tués à Oran, le 5 juillet 1962, par une foule en colère. Cela faisait suite à l’un des innombrables attentats « aveugles » de l’OAS, cette dernière visant régulièrement à tuer le maximum de civils « arabes » possible. Mais le maire de Béziers livrait son discours devant une grande photo, apposée sur la stèle, montrant quatre hommes qui ont été (selon le texte de la légende) « fusillés pour avoir défendu l’Algérie française ».

Robert Ménard, né à Oran et dans une famille pro-« Algérie française », déclara à la presse à propos des critiques : « Je m’en contrefiche. »

Le fait qu’Elie Aboud, député UMP et ex-rival de Robert Ménard aux municipales, se soit lui aussi joint à cette même commémoration, n’améliore en rien les choses.

A Cogolin, c’est la volonté de la mairie de renommer une place en lui donnant le nom de Maurice Barrès qui a provoqué les vives réactions d’une partie des habitant-e-s et le lancement d’une pétition pour s’opposer à ce projet. Maurice Barrès, mort en 1923, était un écrivain de la droite nationaliste, professant non seulement un « nationalisme intégral », mais  aussi des thèses indéniablement antisémites.

Non content de ce fait, le maire Lansade tient aussi à tordre l’Histoire. Lors de la cérémonie commémorant le débarquement des Alliés en Provence, organisée le 15 août (date qu’il présenta dans son discours comme celle de « la fête chrétienne de l’Assomption »), il a fait preuve d’une vision curieuse des faits historiques. Après avoir prétendu que la contribution des USA pour chasser l’occupant nazi n’était que le juste retour un siècle et demi après de la généreuse aide française pour l’indépendance des Etats-Unis, le maire FN développa : « Malgré une situation financière très délicate, la France du Roi Louis XVI n'a pas hésité à engager un milliard de livres dans un combat pour la République, les principes démocratiques, mais surtout la liberté du Peuple américain.» 

Bien entendu, l’Ancien Régime en France n’a pas du tout défendu les principes de la République et de la démocratie, puisqu’il ne les appliquait pas, mais a aidé simplement un adversaire de son concurrent britannique.

A la fin du discours, le maire FN profita aussi de l’occasion pour glisser une référence à « l’Algérie française ».

 

Turbulences à Hayange

Les turbulences créées par la gestion de certains maires FN se concentrent aussi à Hayange. L’autoritarisme du jeune maire Fabien Engelmann commence même à irriter jusqu’à certains membres du FN, et à faire fuir certains de ses proches.

Son ancienne première adjointe, Marie Da Silva, elle aussi ancienne syndicaliste CGT (passée à FO) et journaliste locale, a publiquement dénoncé sa façon très personnelle de diriger. Elle en a profité, au passage, pour révéler que les comptes de campagne du printemps 2014 avaient été truqués. Le 3 septembre, une majorité des conseillers FN lui ont retiré ses fonctions de numéro deux de la mairie, mais le vote semble entouré d’irrégularités et de fraudes.

Le 19 septembre 2014, deux autres adjoints au maire, Patrick Hainy et Emmanuelle Springmann, ont été virés de leur poste pour avoir émis des doutes sur le traitement réservé aux critiques de Da Silva.

Le même Fabien Engelmann, proche d’une secte idéologique anti-musulmane dénommée « Riposte Laïque », a imprimé une marque extrêmement idéologique à sa politique locale. Le dimanche 7 septembre, il a ainsi organisé une « Fête du cochon » sur une place publique de la commune. Engelmann, lui-même végétarien et adorateur de Brigitte Bardot dans son rôle de défenseure des animaux, a ainsi chanté les louanges du cochon, « notre cousin », mais aussi de sa viande. L’arrière-pensée est évidente : ni musulmans ni juifs ne consommant de la viande porcine, celle-ci est utilisée comme marqueur d’ « identité » par certains courants d’extrême droite. Des néofascistes de l’Oeuvre française, et aussi Pierre Cassen, chef de file de Riposte Laïque, ont assisté à la « fête ».

Par ailleurs, Engelmann avait auparavant fait repeindre un train de mineurs en bleu-blanc-rouge. Il s’agissait de « franciser » symboliquement la classe ouvrière, de l’ « intégrer dans la nation » dans un sens que Joseph Goebbels n’aurait pas renié. Or, des esprits critiques ont, depuis, planté des drapeaux tout autour du monument, représentants les pays d’où les mineurs de la région étaient souvent réellement originaires : Ukraine, Maroc, Algérie, Tunisie…

Dans l’esprit de nombreux dirigeants FN, Engelmann en fait aujourd’hui trop.

Dans de nombreux domaines, les élus d’extrême droite commencent à « tomber le masque ». ceci est particulièrement vrai en matière de politique symbolique, de discrimination ou de stigmatisation de l’immigration, et d’exaltation d’une « identité » chimérique.

Néanmoins, certains médias n’hésitent toujours pas à banaliser leur façon de gérer « leurs » villes. Europe 1 écrit ainsi sur son site, dans un article daté du 30 septembre 2014 : « À force de scruter les villes FN comme s'ils étaient "au zoo", selon le mots de Marine Le Pen, les journalistes finissent par dénicher certaines mesures sinon critiquables au moins sujettes à controverse.» Ce qui sous-entend qu’il n’y aurait, au fond, rien de particulier à signaler… mais qu’il y aurait une sorte d’acharnement journalistique, qui conduirait à gonfler certains faits somme toute minimes, voire à pousser le FN à la faute.

Au contraire, VISA insiste pour dire qu’il n’y a rien de banal aux discours de haine, à l’exclusion et aux mesures – fussent-elles de prime abord purement symboliques -, qui visent à ancrer celles-ci dans les têtes. Loin de résoudre les crises que nous vivons actuellement, cela ne fera qu’aggraver tous les maux dont souffre notre société.

A Béziers, Fréjus, Marseille, Hénin-Beaumont, Beaucaire, Cogolin, Hayange, Mantes la Ville, Villers Coterêts et au Pontet… les maires d’extrême droite appliquent bel et bien l’idéologie fasciste : Ségrégation, racisme, culte du chef, autoritarisme, népotisme, révision de l’histoire, éloge de l’OAS, collusion avec la galaxie de l’extrême droite… Bref, rien de nouveau depuis la création du FN en 1972 !

-        Rendez-vous début janvier 2015 pour le numéro 3 des chroniques « sous marines » de VISA,

-        Chaque jour sur visa-isa.org,

-        Et les 29 et 30 novembre à Lyon face au congrès du FN